SCÈNE PREMIÈRE
MATHEUS , sortant eTun cabinet à gauche ; et parlant à la cantonade.
C'est bon , attendez-moi là . . . dans ce cabinet ; prenez dans ma bibliothèque Sénèque ou Cicéron,et amusez-vous à lire , en attendant que je vous prévienne. Le prince Régent me fait demander, prenez garde surtout que quelqu'un du Palais ne vous aperçoive. . . Conçoit-on une pareille aventure ! . . . moi , Mathéus Colombus , connu dans toute la Toscane pour ma vieille franchise germanique , et Faustérité de mes principes , avoir la faiblesse de me laisser attendrir, de prêter secrètement la main à une intrigue d'amour . . . moi qui jusqu'alors n'avais connu cette désastreuse passion de Tâme que de réputation... mais j'aperçois le prince Régent, qui sort de la salle des Conférences... Remettons-nous , et qu'il ne se doute pas , que par ma permission , un officier est caché dans cette partie secrète du Palais.
SCEi\E II.
IVIATHÉUS, LE REGENT.
LE RÉGENT , en entrant.
Qn^on fasse appeler Prestoletto , mon courenr... Ah! ah ! c'est vous , mon cher Mathéus. . . je sors du Conseil , et j'ai à Vous faire part d^une nouvelle qui vous inte'resse.
MATHÉUS
Il ne peut s'agir alors que de la grande Duchesse de Toscane, Le'opoldine, mon auguste élève.
yl.iit.i; LE REGENT. . i.t.f.i o •
Précisément. . . nous attendons aujourd'hui même, l'arrivée du jeune prince de Parme , que nous lui destinons pour époux ; je sais même qu'il est depuis la nuit dernière à la Villa-Castella , aux portes de cette résidence.
MATHÉUS
Je l'ai appris par un des officief s de sa suite ,( portant les yeux sur le cabinet.) que le hasard m'a fait rencontrer ce matin. Ah ! çà , mais il paraît qu'on veut presser les choses.
■ > '•,\\i.,\,.y^'. . .. LE RÉGENT. '• ' • i i'\-.f\'.<.
Oui.. . je suis instruit que Naples a Fintention de nous proposer la main du jeune duc de Palerme ; un refus nous mettrait avec cette puissance en position d'hostilité, .^-^ ^au lieu que l'alliance avec Parme, conclue avant V<viiv,éc.dii nouvel amhassadenr de Naples, lui ôte tout sujet de reproches : de cette manière , nous conservons la proteclioij dç la maison d'Autriche , et nous assurons l'équilibre ppUt^quç cie l'Italie.
'!,'"'.■ MATHÉUS. , '
l^out cela me parait tort bien raisonne , et suflouttr esclair 5 je n'y comprends rien, par exemple,, mais cela tjeut probablement au peu d'habitude que j'ai du langage fîij)J.9,roatique. i ..h.ml.^'n
AIR : t'audeviùle de la xîoinnanibuix:. , ■ . /
■ I,E RÉG^IÏNT.
II faut , mon' cher ^ hâter cette iïllialioc , Qui se fera sans éclat trop pompeux ,•
Et , pour mieux ôloigner d'avance 'J'ous les soupçons. . . on a choisi ces lieux. . . A votre royale ûcolière.
Donnez , c'est le plus sûr, moyen , Vofre leçon tout comme à l'ordinaire. . . MATHÉUS.
Vous voulez donc qu elle ne sache rien ? LE RÉGENT.
Mais ces précautions ne sont pas prises pour elle , car elle est instruite de tout.
■■■■"I • ■ ' ■ ' MATHÉUS
Elle sait tout? ce n'est pas moi qui le lui ai appris. Mais H propos de leçons. . .je regrette bien que vous ayez refusé de mettre en vigueur mou nouveau système d'éducation , renouvelé du mo3'en âge; , '
L"E RÉëENT. li ^^«.'l'Mt
Réjouissez-vous donc , cher Mathéus , la consulté d'Etht a compris la sagesse de vos vues... votre système est adopté , et fe'est ce que je venais vous annoncer. ';
MATHÉrS. "'^"
Il se pourrait I . . . victoire alors! Il ne s'agit plus que de trouver à la princesse un jeune compagnon d'étude et de bonne volonté; dont l'emploi immédiat est d'être puni des fautes que Fenfant royal aura commises.
LE RÉGENT
Obi nous ne sommes pas embarrassés du chois; le projet avait à peine transpiré que mes secrétaires avaient déjà reçu vingt pétitions.
MATHÉUS
Je le sais. . . et cela se conçoit. . . c'est un emploi, c'est une charge qui donne les entrées à la Cour , mais si elle a son bon côté, il y a bien aussi le revers de la médaille.
Ain : JJe l'artiste.
Le jeune titulaire
Risque plus d'un échec;
Car, pour la moindre affaire ,
Il est mis au pain sec!
Sans conjj)ter le chapitre
Du, . . qu'il lui faut souffrir. . .
- ■'■ { Il fait le geste de fouetter. )
Mais enfin , c'est un titre ,
Çà fait toujours plaisn-.
tE RÉGENT.
Même air.
Que de gens, de tout âçe.
Briguent de tels emplois!
Et, malgré l'esclavage, N'ont pas toujours le choix; Ils portent la livrée , Leur sort est de servir.
Mais leur chaîne est dorée , Çà fait toujours plaisir.
Au surplus , le choix du compagnon d'étude de la princesse est déjà fait; on a jeté les yeux sur son frère de lait.
MATHÉUS
Ah oui... le petit Guilhery, je le connais... c'est on choix d'un bon augure -, c'est moi qui , le premier , avais pensé à luij le petit bonhomme est d'un caractère doux, et d'une constitution robuste.
LE RÉGENT
Je vais envoyer un message pour le prévenir... Ah! voici précisément Prestoletto , mon coureur.