CAVENDISH
d'aucune fortune, en furent-elles les causes déterminantes. Plus probablement ses infirmités naturelles, en le tenant éloigné du monde, décidèrent de sa passion pour l'étude. Grand, mince, gauche d*allures, timide au delà de toute conception, il "était en outre doté d'une voix grêle, extraordioairement aiguë, qui lui faisait redouter la conversation, et d'une sensibilité maladive, qui lui inspirait l'horreur de la société. La présence d'une femme surtout le mettait dans un état de gêne vraiment ridicule et les servantes de sa maison avaient l'ordre de ne pas se laisser voir par lui ; inutile d'ajouter qu'il ne se maria jamais. En 4773, un de ses oncles, vieux général, qui avait fait aux Indes quelques guerres assez lucratives, lui légua trois cent mille francs de rentes pour le dédommager de l'indifférence dédaigneuse que lui avait toujours témoignée sa famille. Devenu subitement le plus riche de tous les savants, Cavendish ne changea rien à ses habitudes d'économie ; il continua de résider dans sa maison de Clapham (banlieue de Londres), où, pendant plus de cinquante années, les moindres détails de l'existence restèrent uniformément et mathématiquement réglés, et il ne toucha guère à ses nouveaux revenus que pour accroître son immense bibliothèque ; il l'avait installée à deux lieues de sa résidence, dans sa maison de Bedford Square, afin de n'être point dérangé par les nombreux amis autorisés à y venir travailler ; lui-même n'y prenait jamais un livre sans en laisser scrupuleusement un récépissé. Cet illustre original, qui avait pris pour règle de ne perdre ni une minute, ni une parole, mourut à soixante-dixneuf ans, faisant un legs d'un demi-million à son ancien secrétaire, sir Ch. Blagden, membre de la Société royale, et donnant le reste de sa fortune, une trentaine de millions, à des parents éloignés. 11 était depuis 4803 associé étranger de l'Institut de France.
Cavendish a été, avec Haies, Scheele, Priestley, un des hommes gui ont le plus concouru à l'œuvre de Lavoisier, la fondation de la chimi« moderne. Il a contribué à introduire dans cette science des habitudes de méthode et de précision à peu près inconnues avant lui et il a puissamment contribué à ses progrès par de mémorables expériences, bien qu'il ne se soit jamais prononcé formellelement contre la théorie du phlogistique. Dès 4764, il paraît s'être occupé du dégagement de chaleur qui accompagne la solidification et la condensation et avoir construit des tables de chaleurs spécifiques, qui n'ont jamais été imprimées. En 4766, il envoya à la Société royale un premier mémoire : On factitious airs (Philosophical transactions, 4766, p. 144) ; il y établit que l'air n'est pas un élément et qu'il existe plusieurs sortes d'airs essentiellement différentes, que l'hydrogène (inflammable air), qu'il a distingué le premier comme un gaz spécial, pèse dix fois moins que l'air atmosphérique (common air), que l'acide carbonique (fixed air) pèse moitié plus, que la présence de i/9 de ce dernier dans l'atmosphère suffit pour empêcher la vie et la combustion, etc. En 4783, il donna un nouveau mémoire d'un grand intérêt : On a new Eudiometer {Philos, Trans,, 4783, p. 406). Scheele et Lavoisier avaient annoncé en 4775 que l'air atmosphérique est constitué par un mélange d*air dé phlogistique (oxygène) et d'air phlogistique (azote) ; Cavendish fit connaître avec plus d'exactitude dans le mémoire précité la proportion volumétrique des deux gaz (20.833 d'O. et 79.467 d'Az.) et posa en principe que la quantité d'air respirable est la même partout. 11 signala encore, vers la même époque, quelques autres particularités relatives à la composition de l'atmosphère. Mais ses deux expériences capitales ont été la synthèse de l'eau et celle de l'acide azotique.
Au commencement de 4781, Priestley et Warltire avaient remarqué, en répétant une expérience de Macquer, que la combustion de l'hydrogène dans l'oxygène par le moyen de l'étincelle électrique produit sur les parois du vase un dépôt de rosée; Cavendish étudia à son tour le phénomène, en se servant de vase clos, pesa soigneuse-
ment les gaz employés et la rosée recueillie, et reconnut, en 4783, que le produit de la combinaison de l'oxygène avec l'hydrogène est de l'eau. Cette découverte fut communiquée à la Société royale dans un mémoire intitulé Experiments on air (Philos. Trans., 4784, p. 449) et lu en séance le 15 janv. 4784. Cependant Cavendish avait remarqué que dans son expérience il se formait, outre l'eau, de l'acide nitrique, substance dont la composition était encore inconnue. Il soupçonna presque aussitôt la cause de ce nouveau phénomène, prit de l'oxygène et de l'azote purs, fit passer dans le mélange une série d'étincelles électriques et obtint de l'acide nitrique; en répétant l'explnsion en présence d'une solution de potasse, il eut du nitrate de potasse (New experiments on air, dans les Philos. Trans., 4785, p. 372).^
Les sciences physiques lui doivent également d'importantes contributions. Il appliqua l'un des premiers le calcul à la théorie de l'électricité et écrivit sur ce sujet deux mémoires (Philos. Trans,, 4774, p. 584, et 4776) et une trentaine de notes manuscrites, qui ont été réunis par M. J. Clerk Maxwell sous le titre : The electrical researches of the hon. H, Cavendish (Cambridge, 4879, in-8). Il publia aussi quelques remarques sur les effets des mélanges frigorifiques et sur leurs limites (Philos. Trans., 1783, p. 303, et 4786, p. 244). Enfin il fit un remarquable emploi de ses profondes connaissances en mathématiques dans l'expérience célèbre où il mesura la densité de la terre et démontra en même temps l'attraction des corps les uns pour les autres (Experiments to détermine the density of the Earth, dans les Philos. Irans.y 4798, p. 469; trad. franc, par Chompré dans le Journal de VEc. polyt.y t. X). Le résultat qu'il obtint avec sa balance à peser le monde, 5,48, diffère peu de celui trouvé récemment par MM. Cornu et Baille, environ 5,50 (V. Attraction, t. IV, p. 532). — La totalité des écrits de Cavendish se compose de nombreuses notes restées manuscrites et d'une quinzaine de mémoires insérés dans les Philosophical Transations. Outre ceux déjà cités, signalons : Account of the meteorolog. instruments îised at the Royal Soc. house (4776, p. 375); Height oftheluminousarchsunfeb. 28, i784(\190, p. 404); On the civil year of ihe Hindoos (4793, p. 383); On an improvement in dividing astronom, instruments (4809, p. 224). Léon Sagnet.
BiBL. : CuviER, Eloge de Cavendish, dans les Mém. de l'Institut, {"^ sér., t. XII, 1811, p. cxxvi. — Fr. Arago, Eloge de J. Watt, suivi d'une note de lord Brougham sur la découverte de la composition de l'eau, dans les Mém.oires de l'Académie des sciences, 2," sér., t. XVII, 1840, pp. cxxxviii et clxxviii. — C-R. Weld, History of the Roiial Society ; Londres, 1848, 2 vol. in-8, t. Il, pp. 9, 170 et 221. — G. Wilson, the life ofthe hon. Cav>endish; Londres, 1851, in-8. — J.-M. Muirhead, Correspondance of J . Watt; Londres, 1854, in-8. — Lord H. Brougham, Life of the philosophers of the time of George IH ; Londres, 1855, p. 25, in-8.
CAVENDISH (Sir Henry), administrateur et écrivain anglais, né le 43 sept. 4732, mort à Blackrock, près Dublin, le 3 août 4804. Membre de la chambre du commerce pour Loswithiel de 4768 à 4774, receveur général pour ridande (1779), député, vice-trésorier (4795). 11 publia A Statement of the public accounts of Ireland (Londres, 4791, in-8), mais il est surtout connu par les 48 volumes manuscrits qu'il a laissés et qui contiennent le compte rendu des débats parlementaires du 40 mai 4768 au 43 juin 4774 (British Muséum, collection Egerton, 215-262). Jusqu'ici on n'a imprimé à l'aide de ces précieux manuscrits que Debates of the House of Gommons in the year 1774, on the Bill for making more effectuai provision for the Government of the Province of Québec (Londres, 4839, in-8) et sir Henry Cavendish' s Debates of the House of Gommons during the thirteenth Parliament of Great Britain, commonly called the unreported Parliament (Londres, 4841-43, 2 voL).
CAVENDISH (lord John), homme politique anglais, né le 22 oct. 4732, mort à Twickenham le 48 déc. 4796,