CÉLESTINS — CÉLIBAT
France. Pour Fhistoire de la tendance qu'ils représentaient, V. Capuchon (Guerre du) et Franciscains Spirituels.
E.-H. YOLLET.
BiBL. : HÉLYOT continué par Bullot, Histoire des ordres religieux et militaires^ et des congrégations de l'un et l'autre sexe; Paris, 1714-1721, 8 vol. in-4, fig.
CELESTIUS (V. CoELESTius et Pélagianisme).
CÉLÉSYRIE (V. Cœlésyrie).
CÉLETTE (La). Corn, du dép. du Cher, arr. de Saint- Amand-Montrond, cant. de Saulzais-lc-Potier ; 534 hab.
G EL EU S, roi d'Eleusis chez qui Démétcr, à la recherche de sa fille, s'arrête. Pour le recompenser do l'hospitalité qu'elle reçoit dans sa maison, elle veut conférer Pimmortahté à son fils Démophon. Pour cela, elle saisit l'enfant durant la nuit et le met dans le feu ; Déjanire, sa mère, qui s'en aperçoit, ne peut retenir ses cris, ce qui est cause que l'enfant est brûlé. Pour dédommager Celeus, Déméter comble de ses dons le second fils, Triptolème, qui fut un des héros les plus éminents de l'Attique et le principal représentant de la religion Eleusiniemie. L'histoire de Déméter et de Démophon est une scène de sorcellerie dont on trouverait de nombreux exemples dans toutes les traditions populaires. J.-A. H.
CÉLEUSTE (Mar.). (V. Galère).
CÉLEUSTIQUE (Art milit.). C'est l'art de transmettre les ordres au moyen d'instruments. L'ensemble des batteries et sonneries constitue la céleustique, etl'on appelle instruments céleustiques : le tambour, le clairon, la trompette, etc.
CE LIA (Madonna), noble dame romaine du xvi° siècle. On connaît d'elle un très curieux petit livre qui semble moins une œuvre d'auteur qu'un authentique recueil de lettres : Lettere amorose scritte al suo amante (Venise, 4565, 4584 et 4628). Le volume est dédié alla molto magnif. et illust. signora Usa, et le post-scriptum de la dédicace note que Madonna Celia, au début de son amour, dut se cacher sous le pseudonyme de Zima, étant elle-même lapiù ornata et lapiûpolita gentildonna ai Roma; en effet, le nom de Celia ne paraît qu'au tiers du volume : cela joint à divers autres détails confirme que ces lettres ne sont pas un pur roman. R. de Gourmont.
CÉLIBAT. L Droit grec. — La religion s'unissait, en Grèce, à l'intérêt public pour combattre le célibat. Si l'Etat était intéressé à ce que le mariage donnât naissance à un grand nombre de citoyens et de soldats, il n'était pas moins nécessaire que la perpétuité des familles fût assurée, et que les ancêtres fussent certains de recevoir sans interruption le culte qui leur était dû. L'homme qui restait dans le céhbat se rendait donc coupable d'un double déHt, envers ses aïeux et envers la société. Platon {Lois, p. 724) veut que Ton se marie entre trente et trente-cinq ans. « C'est un crime, dit-il, que de se refuser à prendre femme. Quiconque négligera ce soin payera chaque année une amende, afin qu'il ne s'imagine pas que le célibat soit un état commode et avantageux, et il n'aura non plus aucune part aux honneurs que la jeunesse rend à ceux d'un âge avancé. » Dans un passage du Banquet (p. 492), il fait allusion aux lois qui concernent l'obligation du mariage. Ce texte, joint au témoignage de PÎutarque et de Pollux, semblerait indiquer, contrairement à l'opinion de M. Caillemer, que même à Athènes le célibat était puni. Quant au silence des orateurs attiques sur ce point, il prouverait simplement que dans le cours du iv® siècle la loi était à peu près tombée en désuétude. Pourtant, il subsistait encore quelque chose de l'ancienne prohibition, s'il est vrai, comme l'affirme Dinarque (C. Démosth,, 74), que l'orateur, que le stratège, pour inspirer confiance au peuple, dût justifier qu'il avait des enfants légitimes. A Sparte, des peines étaient portées contre les célibataires, et même contre ceux qui se mariaient tard ou mal ; mais nous ne les connaissons pas. PIutarque et Athénée disent seulement qu'on s'efforçait de les tourner en ridicule, et que les jeunes gens les respectaient peu.
En tout cas, ils ne perdaient pas les droits du citoyen, puisqu'on nous en signale un qui fut un illustre chef d'armée. P. Guiraud.
II. Droit romain. — Le célibat fut toujours regardé comme un mal par le législateur romain. C'est à cette idée que Ton peut ramener l'impôt dont Servius TuUius frappa les veuves et dont le produit était destiné à l'entretien des chevaux des équités. Mais ce mal prit sous la Répubhque des proportions telles, que le législateur dut intervenir d'une manière plus générale et plus énergique. Les mesures prises pour punir les célibataires et récompenser ceux qui contractaient mariage et donnaient naissance à des enfants furent édictées par les lois cADucAmEs dont les traits généraux ont été exposés au mot Caducum. Outre ces lois dont l'effet ne répondit pas entièrement au but de leurs auteurs, le célibat était prévenu et réprimé par les censeurs qui, comme le fait remarquer Cicéron, se trouvaient investis d'un pouvoir discrétionnaire en ce qui touchait les mœurs. Cœlibes esse prohibento, mores populi regunto (de Legibus, III, 3).
Lorsque le christianisme s'implanta dans la Rome païenne, une réaction se produisit en faveur du célibat. Mais il est à peine besoin d'ajouter que cet idéal de la perfection chrétienne, cette virginité, sur les mérites de laquelle ne tarissaient pas saint Grégoire de Naziance, saint Jean Chrysostome, saint Basile, saint Ambroise, saint Jérôme, ne ressemblait en rien au célibat des derniers temps de la République. Le premier empereur chrétien, Constantin, supprima les pénalités qui frappaient les céhbataires, mais il maintint les avantages accordés au père de plusieurs enfants. P. Nachraur.
m. Discipline ecclésiastique. — Suivant le récit de la Genèse (I, 28), Dieu, après avoir créé l'homme et la femme, les bénit et leur dit : Croisse:^ et multipliez, et remplissez la terre. Toute la suite de l'Ancien Testament est conforme à cette prescription primitive : le mariage y est présenté comme un devoir et un honneur, la fécondité du mariage comme une suprême bénédiction, le céfibat et la stérilité comme un opprobre et un signe de réprobation. Non seulement les prêtres de l'ancienne alliance étaient mariés, mais le sacerdoce ne pouvait être transmis qu'à leurs enfants. — Le Nouveau Testament, au contraire, contient, dès les premières lignes, des traits qui devaient induire les chrétiens à considérer le célibat comme hautement supérieur au mariage. Jésus naît d'une vierge, conçu du Saint-Esprit. Quoique celui qui s'appelait lui-même le Fils de l'homme se fût fait semblable aux autres hommes, en toutes choses, sinon par le péché, il déclina pour lui-même le mariage, qui était la condition normale de tous les hommes de son temps et de son pays. De là, une double incitation ; pour tous, à honorer la chair du Seigneur, comme l'écrit I^ace (Epist, ad Polycarpum, V) ; pour les femmes, à imiter Marie, celle que tous les âges devaient appeler bienheureuse. De |}lus, un jour que ses disciples, effrayés de sa doctrine sur l'indissolubilité du mariage, lui disaient : Si telle est la condition de Vhomme avec la femme, il convient de ne pas se marier, Jésus leur répondit : Tous ne sont point capables de cela, mais seulement ceux-là à qui il a été donné. Car il y a des eunuques qui sont nés tels, il y en a qui ont été faits eunuques par les hommes, et il y en a qui se sont faits eunuques eux-mêmes pour le royau7ne des deux. Que celui qui peut comprendre, comprenne (Saint Mathieu, XIX, 44-42). Ces paroles, qui sont annoncées comme contenant un sens mystérieux que toutes les intelligences ne peuvent pas comprendre, ont dû vraisemblablement exercer beaucoup la pensée des premiers chrétiens et produire sur eux une Impression profonde. Pour s'y soumettre littéralement, on sait quelle mutilation s'infligea Origène, qui pourtant était, en toute autre matière, grand professeur d'interprétation spiritualiste. — En sa Première épître aux Corinthiens, saint Paul, répondant à des questions qui lui avaient été
CELIBAT
adressées, écrit : H est bon à Vhomme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter Vimpudicité, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait son marz (VII, 1-2). Je dis ceci par conseil y et non par commandement. Car je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun a reçu de Dieu son don particulier f Vun d'une manière et Vautre d'une autre. Je dis donc à ceux qui ne sont point mariés et aux veuves, qu'il leur est avantageux de demeurer comme moi. Mais, s'ils ne peuvent pas garder la continence, qu'ils se marient; car il vaut mieux se marier que brûler (TuupoûaÔat^ ardere, être consumé de désiis) (T-9). Celui qui n'est point marié s'occupe des choses du Seigneur, cherchant à plaire au Seigneur ; mais celui qui est marié s'occupe des choses du monde, cherchant à plaire à sa femme,,, La vierge s'occupe des choses qui regardent le Seigneur, pour être sainte de corps et d'esprit, mais la femme qui est mariée s'occupe des choses du monde, pour plaire a son mari (32-34). Celui qui marie sa fille fait bien ; mais celui qui ne la marie pas fait mieux (38). — Nous avons cru devoir produire ici ces textes, parce qu'ils sont souvent invoqués, de part et d'autre, dans la controverse du célibat. Quoique dans d'autres versets du même chapitre il renforce ses conseils par des considérations accidentelles, tirées des afflictions présentes^ il nous paraît évident que, dans ceux que nous avons cités, l'apôtre se prononce en faveur du célibat, par un motif permanent et d'importance extrême en matière religieuse, savoir que le célibat permet à ceux qui l'adoptenl de se donner sans partage aux choses du Seigneur, .sans avoir à se préoccuper des choses du monde, pour plaire à une femme ou à un mari. Mais le seul célibat que saint Paul conseille est celui qui suppose un état de chasteté scieine, exempte des feux qu'allume l'ardeur des sens : pour ceux qui brûlent, il faut le mariage. La même pensée nous semble exprimée par le mot eunuque, dont Jésus se sert. Enfin, pour le Christ comme pour son apôlre, un pareil célibat n'est possible qu'en vertu d'un don, d'un charisme tout spécial, qui n'est accordé qu'à certains privilégiés. — A ces documents de la première génération chrétienne, il convient d'ajouter une vision de VApocakjpse (XIV, 1-4) : Je vis l'Agneau qui était sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient le nom de son Père écrit sur Leurs fi^o?îts,,, (Un cantique nouveau était chanté devant le trône)... Mais personne ne pouvait apprendre le cantique que ces cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes ; car ils sont vierges. Ce sont ceux qui suivent l'Agneau, quelque part qu'il aille.
Aucun de ces documents ne contient de commandement positif concernant le célibat ; mais il est difficile de nier que tous le présentent comme le degré le plus élevé de la vie religieuse. Or, il est plus que probable que cette considération détermina, dès les premiers temps, bon nombre de chrétiens à se vouer formellement à la continence. Pour Jicaucoup de raisons, les témoignages manquent concernant la première génération ; mais dans sa lettre à Polycarpe déjà citée, Ignace (mort entre 107 et 115) mentionne ceux qui restent dans la chasteté, les approuvant fort tout en reconnnandant qu'on les invite à ne point s'estimer pour cela plus grands que leur évêque, lequel vraisemblablement vivait avec sa femme. Dans sa Ilpedôs^a Tuepi twv ^^ptutiavoiv (écrite vers la fin de l'année 176), Athenagoras parle de ceux qui vieilHssent hors du mariage, afin de vivre sous une communion plus intime avec Dieu. De même, Justin Blarlyr {ApoL, I, 15). Le fanatisme d'Origène pour la virghiité est célèbre. Un des faits qui montrent combien le courant qui portait de ce côté était devenu puissant alors, c'est que l'un des éloges les plus enthousiastes de la virginité a été composé par un très ardent adversaire d'Origène, Méthodius de Tyr, en son dialogue intitulé Conviviutn^
inter decem Virgines, — Le cours au temps, l'évolution des idées religieuses, la force des choses fournirent des éléments nouveaux au développement du célibat. Chez les femmes d'abord, la transposition mystique de l'instinct de mariage : en se consacrant à la virgmité, beaucouj) se considéraient comme devenant épouses du Seigneur. Chez tous, l'influence latente de la doctrine gnostique sur l'impureté de la matière. L'Eglise combattait cette doctrine, mais elle en subissait l'influence, comme on subit l'influence de tout ce qu'on touche, même pour le combattre. Elle était d'ailleurs prédisposée, par sa propre doctrine sur l'antagonisme de l'esprit et de la chair, à apercevoir une défaite de l'esprit et une contamination au moins temporaire dans la conjonction des sexes. De là aussi, la tendance à l'ascétisme qui déclare la guerre à la chair et prétend la mortifier. D'autre part, garder la continence au milieu du monde, surtout du monde payen, était chose fort difficile. Effrayés des dangers qui les menaçaient, ceux qui s'étaient voués à la continence s'enfuirent loin du monde et loin des femmes, outrant les austérités pour prévenir la tentation ou la repousser quand elle les poursuivait. Le célibat, dont le prestige se trouvait ainsi augmenté du prestige de l'ascétisme, conquit l'admiration, il apparut comme le sommet de la religion ou plutôt comme la religion par excellence. On finit par réserver le nom de religieux à ceux qui le pratiquaient. Les déserts s'étaient peuplés ; et quand le cénobitisme eut succédé à l'anachorétisme, les femmes imitèrent les hommes. Ainsi se formèrent dans des conditions qui sont indiquées ailleurs (V. Anachorète, Régime monastique) les cadres d'une armée du célibat, qui devint de siècle en siècle de plus en plus nombreuse et de plus en plus fortement organisée, mais qui, même dès le commencement, exerça une action puissante, non seulement sur les conceptions religieuses du commun des chrétiens, mais sur la constitution et la discipline du clergé qui devait accomplir son ministère dans le monde. Pour les catholiques romains, le dernier mot sur cette première partie de la question du céHbat a été prononcé par le concile de Trente : Si quis dixerit, statum conjugalem anteponendum esse statut virginitatis vel cœlibatus, et non esse melius ac beatius manere in virginitate aut cœlibatu quam jungi in matrimonio, anathema sit (Ses. XXIV, Can, X).
Cependant ni l'Evangile ni aucun écrit de l'âge apostolique ne tend à atténuer l'estime due au mariage ou à le présenter comme impliquant une incapacité pour le ministère religieux. Les théologiens les plus monastiques reconnaissent qu'en assistant aux noces de Cana et en y faisant son premier miracle, Jésus a honoré le mariage (Ev. S. Jean, II, 1-11). Il rapportait à une ordonnance divine du Créateur l'institution du mariage et l'indissoluble union qu'il constitue (S. Matt., XIX, 4-6). Le premier de ceux qu'il appela à l'apostolat, celui que les catholiques romains appellent le Prince des Apôtres et qu'ils prétendent être la souche des papes, Pierre, était marié alors (S. Matt., VIII, 14). D'autres textes semblent indiquer que la plupart des apôtres l'étaient pareillement, et qu'ils avaient des enfants. Cela est vraisemblable, d'après les mœurs des Israélites. D'ailleurs, le silence des livres canoniques ne prouverait rien ici; ces livres ne s'occupent point de ces choses. Si Pierre n'avait pas eu une belle-mère qui fut l'objet d'un miracle, nous ne saurions pas qu'il avait une femme. Saint Clément d'Alexandrie (mort vers 220) dit que Pierre et Philippe avaient des enfants, et que Philippe maria ses filles (Stromates, III, chap. vi). Paul, qui préférait le célibat pour lui-même, ne préfère nullement les célibataires, quand il s'agit de choisir un évêque. Il veut que l'évêque soit père de famille, ayant montré dans la conduite de sa maison son aptitude à gouverner l'église : // faut que l'évêque soit irrépréhensible, mari d'une seule femme,.. Qu'il gouverne bien sa propre famille, tenant ses enfants dans la soumission et dans toute sorte d'honnêteté ; car si quelqu'un ne sait pas con-^
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duire sa propre famille, comment pourra-t-il gou verner l'église de Dieu (4^« ép. à Timothée, III, 1-5) f Dans la même épltre, il écrit : L'esprit dit expressément que dans les derniers temps quelques-uns se 7'évolte" vont de la foi, s' attachant à des esprits séducteurs et aux doctrines des démons; enseignant des mensonges par hypocrisie, étant cautérisés dans leur propre conscience, défendant de se marier et de manger des viandes que Dieu a créées (IV, 4-3).
Il est parfaitement démontré que, durant les trois premiers siècles, l'Eglise chrétienne ne considéra pas le mariage comme incompatible avec aucun office du ministère religieux. Cette démonstration résulte de l'exemple des apôtres mariés, d'évèques et de prêtres qui avaient des femmes et à qui des enfants naquirent longtemps après leur ordination. Mais il serait difficile, peut-être impossible, de constater un seul cas de mariage contracté après cette ordination. Nous avons dit plus haut la raison pour laquelle il ne faut pas exagérer l'importance des difficultés de ce genre; mais ce qui rend celle-ci fort significative, c'est que la différence dont il s'agit correspond à une disposition insérée dans les Canons des apôtres (V. ce mot), lesquels bien certainement ne proviennent point des apôtres, mais contiennent des documents qu'il n'est pas permis de dédaigner indistinctement. Le canon XXV ne permet qu'aux lecteurs et aux chantres de se marier après être entré dans le clergé, étant célibataires. Cette permission semble «tinsi refusée aux évêques, aux prêtres et aux diacres. Le concile de Néo-Césarée (344?) édicta la déposition contre ceux qui enfreignaient cette interdiction; mais le concile d'Ancyre (340? 344?) autorisa le diacre célibataire à déclarer avant son ordination qu'il entendait se marier, et en conséquence à se marier ultérieurement. D'autre part, une prescription des Canons des apôtres (can. V) indique positivement que le mariage contracté avant l'ordination par Févêque, le prêtre ou le diacre n'était point dissous par l'ordination, et que la cohabitation devait continuer entre les époux : Episcopus, aut prèshyter, aut diaconus, uxorem suam prœtextu religionis non abjicito : si abjicit, segregator a communione: si persévérât, deponitor. Au concile de Nicée (32o), le parti des célibataires, déjà fort puissant et fort entreprenant, essaya de leur imposer l'obligation de s'abstenir de leurs femmes ; mais cette tentative échoua devant l'opposition de Paphnutius, évêque de la Haute-Thébaïde, qui était pourtant un célibataire renommé pour son austérité (Sozomène, Ilist, eccl.^ I, 23; Socrate, lîist, eccL, I, 44). Le concile de Gangres (360?-372?) prononça l'anathème contre ceux qui, sur les incitations d'Eustathius, évêque de Sébaste, prétendaient que le mariage est incompatible avec la sainteté, et qui refusaient le ministère des ecclésiastiques mariés (can. IV). — Cependant, par l'effet des causes précédemment indiquées, les sentiments des adversaires du mariage finirent par prévaloir, au moins à l'égard des évêques. Le célibat et la continence étant considérés comme constituant un degré éminent de sainteté, on s'accoutuma à préférer, pour l'office le plus élevé de l'église, les célibataires et ceux qui renonçaient à leurs femmes. Déjà en 440, apparqiît comme un cas relativement rare le fait de Synésius, élu évêque de Ptolémaïs, et qui n'accepta l'épiscopat qu'à la condition de cohabiter avec sa femme. Le concile in Trullo (694 ? 692 ?) transforma en loi ce qui était devenu la coutume, il permit aux sousdiacres, aux diacres et aux prêtres mariés avant l'ordination de garder leur femmes (can. XÎII) ; mais il ordonna aux femmes des évêques de se retirer dans un monastère ou de se f nre diaconesses (can. XLIII). Quant à ceux qui s'étaient mnriés après l'ordination, ils devaient être déposés. Le canon XII constate qu'en Afrique, en Lybie et ailleurs, des évêques avaient continué à vivre avec leurs femmes. Pour l'avenir, ce scandale devait être puni de la déposition. Les empereurs avaient devancé ces prohibitions de l'EgMse en déclarant illégitimrs les enfants issus de pareils
nnANDE ENCLCLOPKlJlE. — ÎX.
mariages. — Cette législation eut pour conséquence d'inciter les sous-diacres, les diacres et les prêtres à se marier avant l'ordination. Cette pratique devint tellement générale, qu'elle finit jjar être considérée comme obligatoire, pans l'Eglise d'Orient, tous les prêtres sont mariés ; mais ils ne peuvent ni épouser une veuve, ni se remarier, ni même généralement conserver leur office après la mort de leurs femmes. A part des exceptions infijiiment rares, les évêques, auxquels le mariage est resté interdit, sont pris dans le clergé noir, c.-à-d. dans les monastères, où l'on ne peut entrer qu'en se vouant au célibat. La différence que ces dispositions présentent avec la discipline qui s'étamit en Occident est une des principales causes qui ont motivé et qui semblent devoir perpétuer la séparation des deux EgHses.
Sur le territoire de l'Eglise Latine, les premières mesures prohibitives concernant la vie conjugale des ecclésiastiques semblent avoir été prises en Espagne, par le concile d'Elvire (303?-309?), qui interdit aux évêques, aux prêtres et aux diacres la cohabitation avec leurs femmes. Dans une lettre adressée (385) à Hémerius, évêque de Tarragone, et qui est la première décrétale dont l'authenticité ne soit pas contestée , le pape Sirice déclare que si quelque évêque, prêtre ou diacre ne garde pas le célibat, il ne doit s'attendre à aucun pardon, car il faut traiter avec le fer les plaies qu'on ne peut guérir autrement. En 390, un concile de Carthage enjoignit aux évêques, aux prêtres et aux diacres de s'abstemr de leurs femmes et de g«mler^ la continence. Dans deux décrétâtes adressées à Victricius, évêque de Rouen, et à Exsuperius de Toulouse, Innocent P^ (405) renouvela la prohibition prononcée par Sirice, et il y ajouta la peine de la dégradation. Léon P^ (443) et Grégoire le Grand (590-604) continuèrent l'œuvre. Des canons appliquant avec toutes ses conséquences le principe que le sacerdoce est incompatible avec l'état de mariage furent adoptés par les conciles d'Orange (444), d'Arles (442? 452?), de Tours (464), de Tolède (653 et 659). Le vœu de chasteté fut exigé pour l'ordination de tous les prêtres et diacres, finalement des sous-diacres ; et dans toutes les contrées de l'Occident, à l'exception de la Lombardie, ils se trouvèrent soumis, en droit du moins, au célibat. L'église de Milan seule, s'appuyant sur l'autorité de saint Ambroise, son illustre patron, avait résisté aux injonctions de Rome ; elle garda jusqu'à la dernière moitié du xi® siècle, en matière de mariage, une disciphne analogue à celle de l'Eglise d'Orient. Le clergé lombard se mariait publiquement et légalement comme les laïques de Milan.
Les papes s'efforcèrent de mettre fin à cette indépendance qui faisait échec à l'autorité du Saint-Siège et à l'uniformité de la discipline, et en même temps de réduire au célibat dans les autres contrées les ecclésiastiques qui s'en étaient affranchis. En effet, malgré la réglementation officielle qui a été relatée plus haut, on n'avait pu imposer effectivement le céMbat partout. Reaucoup de curés vivaient en état de concubinage notoire, d'autres avaient estimé qu'il était plus honnête de se marier. Au x® et au XI® siècle, on trouve des prêtres mariés, non seulement en Ralie, mais en Espagne, en Allemagne, en France, en Angleterre. On cite même dans le nombre quelques évêques. Dunstan, archevêque de Cantorbéry (964-968), ordonna aux prêtres mariés de renvoyer leurs femmes, et il remplaça par des religieux ceux qui s'y refusèrent. Cette mesure ne parut point avoir eu un effet durable, car un autre archevêque de Cantorbéry, Anselme (V. ce mot), dut faire prescrire le célibat pour toute l'Angleterre par un concile national tenu à Westminster (4402). Vers 4048, Renoît VIII avait fait décréter, par un concile tenu à Pavie, que les enfants des clercs, nés de femmes libres, deviendraient serfs de l'Eglise, sans pouvoir être jamais affranchis. En 4034, un concile de Bourges (V. ce mot), cdicta dans le même sens une série de canons fort sévères. Cette entreprise fut poursuivie par Hildebrand et par les
CÉLIBAT — CELIÈRES
papes soumis à sa direction. Après les enfants, on sévit contre les femmes : Léon IX (1048-1054), publia le Comtitutum de castitate clericorwm condamnant à la servitude les femmes vivant avec des clercs. Pour indigner le peuple contre les prêtres réfractaires au célibat, on transforma en hérésie ce qui n'était qu'une infraction à la discipline ; on appela ces prêtres nicolaïtes, du nom d'une hérésie obscène flétrie au premier siècle de l'Eglise. Nicolas II, avec l'aide de la populace excitée par les moines (V. Patarins), parvint à subjuguer l'église de Milan. Des pénitences furent infligées aux prêtres et à l'archevêque de cette église, et celui-ci dut, comme gage de soumission, assister au concile de Rome qui défendit aux laïques d'entendre la messe dite par des prêtres ayant des femmes dans leurs maisons (1059). Comme on ne pourvut pas avec une vigueur suffisante à l'exécution de cette décision, elle produisit peu d'effet. Hildebrand, devenu Grégoire Vil, tint à Rome, dès 1074, un concile qui la renouvela et qui, de plus, interdit l'entrée des églises aux clercs coupables de fornication. Ce mot visait le mariage comme le concubinage. Grégoire prit sans retard aucun toutes les mesures nécessaires pour vaincre les résistances. Sur ses ordres, on assembla àErfurth et à Paris, en 1074, et à Mayence, en 1075, des conciles qui devaient obliger les prêtres à se séparer immédiatement de leurs femmes, sans distinguer entre les épouses et les concubines. Les conciles d'Erfurth et de Mayence se terminèrent par des tumultes ; à Paris, les assistants rejetèrent formellement le décret comme déraisonnable et insupportable. Ailleurs, des évêques refusèrent de le publier. Grégoire envoya des légats investis de pleins pouvoirs; le peuple, privé de messe, assaillit les prêtres récalcitrants. Plusieurs évêques se plaignirent de ces troubles; mais Grégoire resta inflexible. Avec l'aide des moines, il renversa toutes les oppositions, et il parvint à faire accepter son décret^ partout, au moins extérieurement. La papauté extirpa ainsi le mariage des clercs, mais non le concubinage, qui continua à prospérer pendant tout le mojen âge. Grégoire VII a indiqué dans une formule concise {Èpist., lib. III) le principal motif de ses rigueurs contre le mariage des clercs : Non liberari potest Ecclesia a servitute laicorum, nid liber entur clerici ah uxoribus. — Les théologiens les plus ultramontains reconnaissent que l'obligation du célibat pour les prêtres n'est pas d'institution divme. L'Eglise latine autorise leur mariage chez les grecs-unis et les maronites soumis au siège de Rome. — Toutes les églises protestantes s'accordent pour réserver à la conscience et à l'expérience de chaque chrétien, les résolutions relatives au célibat. Aucune d'elles ne l'impose à ses pasteurs. — Aux mots Chasteté (Vœu de) et Mariage, on trouvera des indications sur des questions importantes relatives au célibat catholique. E.-H. Vollet. IV. Médecine. — Le célibat est la vie de l'homme adulte en dehors du mariage. Cet état mérite l'attention du médecin par plus d'un point. — On a remarqué que les célibataires fournissaient un contingent plus considérable que les personnes mariées à la statistique de la folie. Le fait est vrai, car alors que le nombre des célibataires est de 35 ®/o en France, celui des aliénés non mariés est de 61 **/o. U n'en faut pas conclure cependant, comme on le fait généralement, que le céKbat prédispose à la folie. La plupart des céhbataires sont, en effet, ou peu fortunés ou d'une mauvaise santé. Les soucis, les privations, les labeurs excessifs, les maladies diathésiques sont des facteurs importants de la folie ; il n'est donc pas étonnant de rencontrer un plus grand nombre d'aliénés dans la classe qui est la plus exposée à subir ces influences. Bon nombre d'aliénés ne sont d'autre part pas mariés parce que leur état mental constituait un vice rédhibitoire ; ils ne sont donc pas aliénés parce qu'ils sont célibataires, mais plutôt célibataires parce qu'ils sont aliénés. — Le suicide est-il plus fréquent chez les céhbataires ? Les statistiques judiciaires répondent que sur un million
d'hommes non mariés, il y a par an 273 suicides, alors que leâ époux en donnent 246. En d'autres termes, si l'on représente par 100 la probabilité du suicide des hommes mariés, ceUe des célibataires se trouve être 111,4. La différence est déjà légèrement défavorable aux célibataires au premier abord, elle l'est encore plus si l'on interprète les chiffres précédents. En effet, comme le fait remarquer M. Bertillon, le danger du suicide augmente avec Fâge ; or, l'âge moyen des céhbataires mâles est de vingt-sept ans alors que celui des époux est près de quarante-six. Si l'on tenait compte de l'âge, les individus du second groupe devraient donc fournir un contingent de beaucoup supérieur à celui du premier. C'est précisément le contraire qui se produit. Tous calculs faits, on peut donc dire que le suicide est deux fois plus fréquent chez les célibataires mâles. Les conclusions sont les mêmes pour les célibataires de l'autre sexe avec des chiffres un peu différents.
Faut-il en déduire, comme on pourrait le croire, que le célibat pousse au suicide ? Nullement. Le fait est probable mais il n'est nuflement traduit par les chiffres fournis plus haut et qui prouvent simplement que les suicidés célibataires sont plus nombreux. Comme pour la folie, il y a là une question d'interprétation qui ne saurait trouver place dans un travail aussi rapide. — On peut faire les mêmes réflexions au sujet de la criminalité comparée des célibataires et des époux. D'après les relevés dressés par M. Bertillon, la criminalité des céhbataires étant de 100, celle des époux n'est que de 49,25 pour les crimes contre les personnes, elle n'est même que de 45,50 pour les attentats contre les propriétés. Ces différences sont encore plus marquées pour le sexe féminin. Le maiiage parait donc exercer une influence favorable sur la moralité des individus. Cette influence est pourtant moins considérable qu'il ne parait, car les criminels ou ceux qui sont destinés à le devenir ont, pour de nombreuses raisons qu'il est inutile d'indiquer, ou de la peine à se marier ou peu de propension pour le mariage (V. Mortalité, Démographie, Aliénation, Suicide , Crime , Veuvage , Mariage) . D'^ Alphandéry.
BiBL. : F.-A. et Aug. Theiner, Die Einfûhrung der erzwimgenen Ehelosigkeît hei den christlichen Geistïichen und ihre Folgen; Altenbourg, 1845, 2 vol. in-8, 2« édit. — L'abbé Chavard, le Célibat des prêtres et ses conséquences; Genève, 1874, in-8. — Schulte, Der Cœlioatszwang ; Bonn, 1876, in-8.— J.-Gr. Smith, art. Celibacy dans le Dictionary of Christian antiquities de W. Smith et S. Cheetham ; Londres, 1875. — Dans le même dictionnaire, Edm. Venables, art. Sub-introductœ. — Ch. Schmidt, Histoire de l'Eglise d'Occident pendant le moyen âge; Paris, 1885, in-8.
Droit grec. — Gaillemer^ Dict. des ani., 1, 130.
Droit romain. — V. Caducum.
CÉLIDOGRAPHIE (Astron.). Nom donné par Bianchini à la description des taches de la planète Vénus, qu'il a beaucoup étudiée.
CÉLIDOINE, évéque de Besançon, vers le milieu du V® siècle. Il est con:ni par sa lutte avec saint Hilaire d'Arles qui, en 444, le déposa, comme coupable d'avoir épousé une veuve. Célidoine se rendit à Rome pour protester contre cet acte ; Hilaire s'y rendit de son côté. Célidoine fut absous, et le pape Léon en informa les évêques de Gaule par une lettre qui a été conservée. V. Hefele, Hist, des Conciles^ trad. Delarc, t. Il, p. 492, qui indique les documents relatifs à cette affaire.
CELIÈRES (Eugène), publiciste français, né à Cahors en 4821. Avocat à Montauban, il entra ensuite dans l'administration et fut sous-préfet de Prades et de Gaillac. Il a écrit une série d'ouvrages administratifs très appréciés ; Manuel de la police du roulage (Montauban, 4848, in-8); Commentaire de la loi du iO août iSli relative à V organisation et aux attributions des conseils gêné-raux (Paris, 4871, in~8); Exposé de la loi du i5 févr, i872 relative au rôle éventuel des conseils généraux dans le cas où rassemblée nationale viendrait à être illégalement dissoute ou serait empêchée de se réunir
CELIÈRES — CELLAMARE
(1872, in-S); Manuel du contribuable (1869, în-12); Nouveau Code annoté du recrutement de l'armée (1872, iii-8); Traité pratique de l'impôt des voitures et des chevaux (1873, in-o); le Nouveau Code municipal annoté (Gaillac, 1884, m-12).
CELIÈRES (Paul), littérateur français, né à Paris en 1836, mort à Paris en 1883. Attaché au ministère des finances, il a principalement collaboré au Journal des demoiselles auquel il a fourni de nombreuses nouYelles réunies sous les titres suivants: Contez-nous cela! (1875, in-18); Une Heure à lire (1878, in.l8); les Grandes F^rto (1878, in-18); le Chef-d'œuvre de papa Sehmeltz (1880, in.l8); Quand il pleut (1882, in-18); le Roman d'une mère (1883, in-18); les Deux Idoles (1885, in-18). Paul Célières avait également composé un certain nombre de charades, de proverbes et de comédies en vers destinés au même public et dont quelques-uns figurent dans le volume intitulé : En scène S, V» P. (1879, in-18). Citons à part un livre de vulgarisa- *tion scientifique : les Mémorables aventures du docteur J,-B, Quies (1875, illustré par F. Lix, in-4). M. Tx.
CELLA ou NAOS (Archit. ant.). L'une des trois grandes divisions intérieures du temple antique. Dans les temples primitifs, la colla, qui est par excellence la demeure de la divinité, constitue à elle seule tout le temple ; les transformations de l'édifice, auquel s'ajoutent successivement le pronaos, Voplsthodome et le péristyle (V. ces mots), en font un espace intérieur, entouré sur trois côtés de murs pleins, et ouvert par une large porte sur le pronaos. Elle est partagée à l'intérieur en trois nefs par un double ordre de colonnes superposées, dont l'étage supérieur, tantôt dorique, tantôt ionique, forme parfois galerie. L'espace central resté libre entre les colonnades est à ciel découvert et sert ainsi à l'éclairage du temple (V. Hypéthre). Au fond de la cella se dresse la statue de la divinité ; sur les colonnes et les murs sont accrochés des boucliers, des armes, etc.; sur le pavé de marbre sont placées des tables votives et des œuvres d'art. Dans les temples siciliens (Sélinonte, Âgrigente), la cella est généralement longue et étroite ; elle est plus large dans les temples grecs. Quelquefois, derrière la statue, une porte met la cella en communication avec l'opisthodome. On appelle également cella dés magasins placés au rez-de-chaussée des maisons, et servant à conserver différentes denrées (cella viTiaria, olearia)^ les diverses chambres, chauffées à différentes températures, des maisons de bains [cella caldaria, tepidaria, frigidaria), et enfin, les petites chambres où habitaient les esclaves {cellœ familiares), ou qui servaient aux voyageurs dans les hôtelleries publiques. Ch. Diehl.
GEL LA W ARE (Antonio del Giudice, prince de), plus tard duc de Giovenazzo, né en 1657 à Naples, mort à Séville le 16 mai 1733 ; fils du duc de Giovenazzo, grand d'Espagne, et neveu du cardinal del Giudice.
En 1702, il accompagna Philippe V à Naples. Après la bataille^ de Luzzara, ii devint maréchal de camp; fait prisonnier au siège de Gaëte, en 1707, par les Impériaux, il ne fut délivré qu'à la paix. En 1714, il accompagna en France son oncle le cardinal; il fut nommé ambassadeur à Paris en 1715 ; il chercha à entraîner le Régent à recommencer la guerre contre l'empereur, et il résista aux efforts faits parle duc d'Orléans pour obtenir l'adhésion de l'Espagne à la triple alliance : u fut l'agent le plus actif de la politique du cardinal Alberoni. Après la conquête de la Sardaigne, il fut accusé par l'Autriche d'entretenir une correspondance avec Ragoczi, réfugié en Turquie, pour ménager une alliance entre la Turquie et l'Espagne ; expulsé de France après la découverte de la conspiration qu'il avait formée contre le Régent, Celîamare, qui venait de prendre le titre de duc de Giovenazzo, fut nommé vice-roi de Navarre, et ne revint qu'en 1720 à la cour de Madrid, où il était grand-écuyer de la reine ; Louis XV le fit en 1727 chevalier du Saint-Esprit.
Conspiration de Cellamâre. — ^ Complot formé contre
le pouvoir du régent, en 1718, par le prince de Cellamâre, ambassadeur d'Espagne. Tout prouve que, lors des discussions sur la renonciation à la couronne de France, Philippe V n'avait jamais abandonné du fond du cœur l'idée de gouverner un jour les deux royaumes de France et d'Espagne, l'un comme roi, l'autre comme régent. (Marquis de Courcy, la Renonciation des Bourbons d'Espagne au trône de France, 1889.) La politique extérieure du duc d'Orléans et de Dubois décida son ministre, Alberoni, à tout tenter pour remplacer le régent de France. L'Espagne, malgré les efforts de Dubois et de Torcy et les conversations de Saint-Simon avec Cellamâre, refusa d'adhérer à la Triple AUiance. Le duc du Maine, qui s'y était montré hostile, et qui avait été dépouillé le 24 août 1718 du rang de prince du sang, fut l'objet des avances de l'ambassadeur d'Espagne, auxquelles répondit evvee enthousiasme l'ambitieuse duchesse du Maine ; le complot prit corps après la conquête de la Sardaigne et de la Sicile par les Espagnols ; Malézieux, secrétaire du duc du Maine, rédigea un projet d'appel de la noblesse française à Philippe V : on comptait sur le parlement ; le duc de Richelieu avait promis de se déclarer contre le régent avec son régiment en garnison à Rayonne; des avances furent faites à Villars. Le cardinal de Polignac n'ignorait pas l'existence de la conspiration ; mais les conjurés agissaient en tout avec une très grande légèreté et n'avaient recruté que d'obscurs adhérents. Leur appui le plus sérieux était peut-être la noblesse de Rretagne ; au mois d'août 1718, une association s'était formée dans cette province pour refuser l'impôt, et le parlement avait fait des remontrances (16 oct. 1718). Le projet de Cellamâre était d'enlever le régent, de revendiquer la régence au nom du roi d'Espagne et de convoquer les Etats généraux. Il eut l'imprudence de faire copier ses lettres par un des copistes de la Ribliothèque royale, nommé Ruvat, qui alla le dénoncer à M. Amelot de la Houssaye, secrétaire de Dubois. Le messager de l'ambassadeur, l'abbé de Portocarrero, parti pour l'Espagne avec des dépêches en clair (nouvelle imprudence), fut arrêté à Poitiers (5 déc.) ; Dubois fit aussitôt, pendant qu'il s'entretenait chez lui avec Cellamâre, fouiller l'hôtel Colbert où l'ambassade avait sa résidence, et saisir ses papiers ; puis ordonna son arrestation (9 déc). On invita le roi d'Espagne à commettre quelqu'un pour assister à l'inventaire des papiers ; Cellamâre protesta contre son arrestation en invoquant les immunités diplomatiques ; mais Dubois, le 10 déc, fit connaître aux ambassadeurs étrangers l'abus qu'il avait fait du caractère dont il était revêtu ; on fit imprimer et répandre ses lettres à Alberoni. L'examen de ses papiers compromit un grand nombre de personnes, mais démontra que peu d'entre elles avaient pris à la conspiration une part active ; les maréchaux de Villars, de Yilleroi et d'Huxelles, qui n'étaient pas très tranquilles, en raison des propos dont on les accusait, ne furent pas inquiétés. On exila dans une de ses abbayes le cardinal de Polignac. Quelques ofliciers obscurs et l'abbé Brigant furent mis à la Bastille; à la fin de décembre, ils y furent rejoints par M. de Saînt-Geniez, le comte de Saillant, le marquis de Courcillon, le marquis de Pompadour et, en mars 1719, par le duc de Richelieu; le 29 déc, le duc du Maine et la duchesse, qui avait accueilli avec légèreté tous les récits faits sur la conspiration, furent arrêtés; la confidente de la duchesse, M^^*^ de Launay, fut mise à la Bastille, la duchesse au Fort-FEvêque, le duc à Dijon. Tous les documents tombés entre les mains du gouvernement prouvèrent la maladresse des conjurés. « Que dites-vous du choix que l'ambassadeur d'Espagne avait fait de ses conjurés ? écrivait Caumartin à la marquise de Balleroy ; jamais je n'en ai vu de si ridicules. » (Les Correspondants de la marquise de Balleroy, par Ed. de Barthélémy, 1883, t. P'', p. 394.) Personne ne bougea après la découverte du complot ; le régent ne voulut pas se montrer sévère, les coupables avouèrent tout et furent relâ-
GELLAMARE — CELLE
elles après quelques mois de détention. Cellamare avait été reconduit à la frontière le 13 déc. ; le 10 janv. 1719, le conseil de régence déclara la guerre à l'Espagne ; cette guerre ruina le royaume de Philippe V au profit de l'Angleterre ; Albéroni fut renversé et l'Espagne adhéra, le 17 févr. 1720, à la quadruple alliance. C'est pendant cette guerre que fut formée en Bretagne la conspiration de Pontcallec, qui fut sévèrement réprimée, et dont l'origine se rattache aux intrigues de Cellamare, en 1718, avec les gentilshommes bretons. L. Del.
BiBL. : M"»» DE Staal, née de Launay (collect. Michaud et PouJOULAT, t. X), marquis d'Argenson, maréchal DE ViLLARS, duc DE Saint-Simon, marquis de Dangeau, Marais, Barbier, Mémoires. — Jean Rous- SET, Histoire du cardinal Albéroni , 1720, 2^ éd. — Jean Buvat, Journal^ publié par E. Campardon, 1865. — L. DE SÉvELiNGES, Vie du cardinal Dubois. — Coxe, l'Espagne sous les rois de la monarchie de Bourbon. — Le- MONTEY, Histoire de la rége?ice, 1832.— Flassans, Histoire de la dijplomatie française, t. V. — Chéruel, Saint-Simon et le cardinal Dubois ; Revue historique, 1876, t. I*"^ — L. DE Carné, les Etats de Bretagne [Revue des Deux Mondes, 15 janv. 1868). — Ch. Atjbertin, l'Esprit public au xviii» siècle. — Lenglet-Dufresnoy, Réflexions sur la conspiration projetée par le prince de Cellamare (dans le t. V des Mémoires de la régence, par de Piossens; la Haye, 1749, pp. 170-209). — Une liste des pièces relatives à la conspiration se trouve dans le P. Lelong, t. II, 613. — La conspiration de Cellamare est le sujet du roman d'Alexandre Dumas, le Chevalier d'Harmenthal, où il a suivi l'histoire d'assez près (à l'aide des Mémoires de BuvAT. (V. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 1867, v» Buvat.) Le livre deM. Vatout, la Conspiration de Cellamare, 1832, 2 vol., est aussi un roman en scènes dialoguées ; mais cet ouvrage est suivi d'un assez grand nombre de documents authentiques publiés comme pièces justificatives.
CELLAND-le-Grand. Corn, du dép. de la Manche, arr. d'Avranches, cant. de Brecey ; 960 hab.
CELLAND-le-Peïit. Com. du dép. de la Manche, arr. d'Avranches, cant. de Brecey; 410 hab. Camp romain dont les ruines couronnent la hauteur dite le Châtellier.
BiBL. : Mémoires de la Société archéologique d'Avranches, 1. 1, p. 161, t. IV, p. 335.
CELLARIA. I. Zoologie. — Genre de Bryozoaires-Cheilostomes, de la famille des Cellaroïidœ auquel on peut assigner les caractères suivants : le zoarium est calcaire, articulé, érigé, scarifié dichotomiquement. La zoœcie est rhomboïdale déprimée en avant et hmitée par un bord saillant. Les aviculaires d'un type très simple occupent la place d'une zoœcie ordinaire ou sont situés au-dessus de l'une d'elles. Ils ne sont pas saillants non plus que les zoœcies. Ce genre est très répandu. L. Chabry.
IL Paléontologie (V. Cellularia).
CELLARIUS (Antiq.) (V. Esclave).
CELLARIUS (Christian), helléniste et latiniste flamand, né à lenberghe, près de Furnes, à la fin du xv® siècle ou dans les premières années du xvi^-. Professeur de grec à Louvain, puis recteur des écoles de Berg-Saint-Vinoc, il a laissé différents ouvrages en latin, un poème De Incendio urbis Delphensis (Anvers, 1526) ; un poème sur la campagne de Charles-Quint en Hongrie contre le sultan Soliman (Anvers, 1533) ; un discours en faveur de la mendicité, et un autre en sens contraire sur la suppression de la mendicité, question qui passionnait alors toute la Flandre (Anvers, 1531).
CELLARIUS (Johann Kellner), théologien luthérien, né en Bohême en 1496, mort à Dresde le 21 avr. 1542. Elève de Reuchlin, il devint pi'ofesseur d'hébreu à diverses universités {îsagogicon in hebraeas litteras; Hagenose, 1519). En 1519, il assista à la « Dispute » de Leipzig, entre Luther et Eck (Ad Capitonem Epistola de ver a série theologicœ disputationis Lipsiacœ; Leips., 1519), et s' étant prononcé pour la réforme en 1520, il devint pasteur à Francfort en 1529, puis à Dresde en 1539.
CELLARIUS (Martin Keller, dit), théologien allemand, né à Stuttgart en 1499, mort à Bâle le 11 oct. 1564. Il étudia l'hébreu avec Reuchlin, vint ensuite à Wittemberg, où Mélanchthon lui procura des élèves. Mais s'étant laissé entranier en 1521 -22, par les fanatiques venant de Zvvickau,
Storch et Stuber, il dut quitter cette ville et erra jusqu'en 1536, où il s'établit à Bàle. Il y devint, sous le nom de Borrhaus, professeur d'exégèse de l'Ancien Testament, en 1546, et docteur en théologie en 1549. C. P.
CELLARIUS (Christoph Kellner, connu sous son nom latinisé de), philologue et géographe allemand, né à Smalkalde le 22 nov. 1638, mort à Halle le 4 juin 1707. Il fit ses études à léna et à Giessen, fut professeur au gymnase de Weissenfels, recteur à Weimar (1673), Leitz (1676), Mersebourg (1689), et en 1693, professeur d'histoire et d'éloquence à l'université de Halle qu'on venait de fonder. Il travaillait avec un zèle tel qu'on rapporte qu'en quatorze années il ne sortit qu'une fois pour se promener. Il a exercé une grande influence sur les études et publié un grand nombre de manuels qui restèrent longtemps classiques et furent souvent réédités. Nous citerons : Antibarbarus Minus., seu de latinitate mediœ et infimœ œtatis (Zeitz, 1677); Orthographia latina (Halle, 1700); remania à plusieurs reprises le Thésaurus de Faber ; perfectionna la grammaire latine de Gesner ; édita les lettres et les discours de Cicéron, César, Cornélius Nepos, Velleius Paterculus, Q. Curce, Phne le Jeune, Eutrope, Lactance. Prudence. On lui fait un mérite d'avoir développé et presque créé à nouveau l'enseignement de l'histoire et de la géographie ; ses ouvrages firent loi pendant un siècle dans les écoles : Historia antiq ua (Zeitz, 1685); Historia înedii œvi (Zeitz, 1688); Historia nova (Halle, 1696); Geographia antiqua (léna, 1691); Geographia antiqua et nova (léna, 1709, 2 vol. in-12); Notitia orbis antiqui (Leipzig, 1701-1706, 2 vol. in-4). Enfin il s'occupa aussi des langues orientales et publia plusieurs livres, grammaire hébraïque, introduction à l'étude de l'arabe, Horœ samaritanœ (1705), etc. Après sa mort, Walch publia ses Bissertationes academicœ, qu'il fit précéder d'une biographie (Leipzig, 1712), puis ses lettres.
CELLE. L Architecture ei archéologie (V. Cella).
IL Ancien droit français. — Une celle {celé, selle) désignait une petite maison, ordinairement le foyer des serfs ou des roturiers. Les enfants vivant en celle étaient donc ceux qui vivaient en la maison des père et mère « en leur demeurance et mélange de biens ». Il importait de distinguer entre les familles roturières et les familles servîtes. Quand il s'agissait des premières, les enfants en celle succédaient aux père et mère à l'exclusion de ceux qui avaient été émancipés par habitation séparée. Ceux-ci étaient écartés, sans être admis, pour obtenir leur part de la succession, à rapporter ce qu'ils avaient reçu à titre de dot ou de don. Les libéralités faites aux enfants établis ne furent regardées comme faites en avancement d'hoirie qu'après la fin du xiv^ siècle dans l'usage parisien. Auparavant, on considérait plutôt qu'elles étaient consenties pour tenir lieu de part de communauté (Parloir aux Bourgeois, acte de 1290 dans Chopin, Coût, de Paris, 1. II, tit. 3, n° 19 ; Jean des Mares, décis. 236). Mais ensuite l'idée de l'avancement d'hoirie prévalut et logiquement les enfants émancipés furent admis à la succession à charge de rapporter (V. Rapport a succession). Lorsqu'il s'agissait de personnes de condition servile, il suffisait qu'il y eût un enfant vivant en celle, c.-à-d. en communauté de biens avec les père et mère, pour que le droit de mainmorte du seigneur ne pût s'exercer. Mais l'enfant en celle n'avait aucun privilège sur les autres enfants ; il retire la mainmorte au profit commun ; les enfants hors de celle y ont autant de droits que lui (Coût, de Troyes, t. I, art. 5 et tit. IV, art. 59 ; Coût, de Chaumont, art. 3). La règle suivante de Loisel (Institutes coutum., règle 101, éd. Dupin) est tirée du texte de ces deux coutumes : « Un seul enfant étant en celle requcust la mainmorte. » Paul Cauwès.
BiBL. : BouRDOT DE RiCHEBOURG, Coutwuier gén. ; Paris, 1724, t. III, pp. 238, 243, 252, 4 vol. in-fol. — De Lau- RiÈRE, Glossaire du droit français, v" Celle ; Niort, 1881, in-4. — Loisel, Institut, coutumières ; Paris, 1846, t. I, p. 141, 2 vol. in-12.
CELLE
CELLE (La). Ce nom, qui avait pendant le haut moyen âge la signification de monastère, a été donné à un assez grand nombre d'abbayes dont nous signalerons les principales : La Celle en Provence (Cella ad Brineolam)^ abbaye de bénédictines du diocèse d'Aix, fondée en iOJ6, transférée à Aix en 1569 (V. La Celle, Yar) ; --La Celle , ou Moutier-la-Celle (Cella Bobini, Cella nova, Cella Trecensis), abbaye de bénédictins du diocèse de Troyes, fondée au vii^ siècle ; -- La Celle en Brie {Cella Brigensis), abbaye de bénédictins du diocèse de Meaux, reconstruite en 4278; — La Celle de Poitiers, ou la Celle Saint- Hilaire, abbaye fondée au vi^ siècle, réformée et devenue abbaye d'augustins vers 4180.
CELLE* Rivière de France, affluent de gauche de la Somme, qui coule du S. au N. pendant 50 kil. environ. Elle naît dans le dép. de l'Oise près de Crévecœur, passe dans celui de la Somme et se perd en aval d'Amiens. Elle reçoit à Conty la Poix venue de FO. Sa vallée fertile et peuplée est suivie par le ch. de fer de Beauvais à Amiens.
CELLE (La). Corn, du dép. de l'Aisne, arr. de Château-Thierry, cant. de Condé-en-Brie ; 236 hab.
CELLE (La). Com. du dép. de l'Allier, arr. de Montluçon, cant. de Marcillat; 1,456 hab.
CELLE (La). Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. de Riom, cant. de Pontaumur ; 458 hab.
CELLE (La). Com. du dép. du Yar, arr. et cant. de Brignoles ; 371 hab.
CELLE. Yille d'Allemagne, roy. de Prusse, prov. de Hanovre, district de Lunebourg, sur l'Aller, au confluent de la Fuse et de la Lachte ; 18,800 hab. presque tous protestants. Industrie assez active, draps, cotonnades, cigares, parapluies, instruments de physique, etc. Non loin, à Lachcndorf est une grande fabrique de papier; à Wietze, des sources d'huile minérale. Le commerce de denrées agricoles est assez important (bois, laine, miel, cire, airelles, etc.). A Celle siège le tribunal supérieur pour le Hanovre. La ville possède un château de 1485 où habita la reine Mathilde de Danemark (1772-75), une église où sont les tombeaux des ducs locaux; dans le palais de justice est une belle bibUothèque (60,000 vol., manuscrits du Sachscnspiegel). On distmgue la vieille ville et les faubourgs. Celle obtint les privilèges municipaux en 1292, devint, dès le xiv® siècle, la résidence des ducs de Brunswick, de la branche Lunebourg (Y. Brunswick [Histoire]), qui la fortifièrent et en firent, au xvu® siècle, leur prmcipale place forte» Le pacte de Celle (3 déc. 1610) établit l'indivisibilité du duché de Lunebourg ; par le traité de Celle (5 déc. 1679) la Suède accéda à la paix de Nimègue; elle abandonna Thedinghausen et Dœrverden pour recouvrer le duché de Brème et la principauté de Yerden.
CELLE-Barmontoise (La). Com. du dép. delà Creuse, arr. d'Aubusson, cant. de Crocq ; 659 hab. Tire son nom de l'ancienne seigneurie de Barmont située sur la commune voisine de Hautes, dont elle dépendait en partie. Avant la Révolution, la Celle-Barmontoise était divisée en trois collectes : deux ressortissaient de la province de la Marche, la troisième du petit pays de Franc- Alleu. Ant. T.
CELLE-Bruère (La). Com. du dép. du Cher, arr. et cant. de Saint-Amand-Mont-Rond, sur une colline dominant la rive droite du Cher, 531 hab. Stat. du chem. de fer d'Orléans, ligne de Bourges à Montluçon. Cette commune se compose de deux agglomérations principales, la Celle, église du xi^ ^iècle (mon. hist.) et Bnière, à 1 kil. à FO. De l'abbaye qui a donné son nom à la localité subsiste une église et un cloître du xm® siècle (mon, hist.), à 3 kil. au S. — BLinufacture de porcelaine. Une borne milliaire romaine, trouvée à Allichamps, a été plantée à l'embranchement de la route de Saint-Amand et du chemin de la Celle.
CELLE-Condé (La). Com. du dép. du Cher, arr. de Saint-Amand-Mont-Rond, cant. de Lignières; 712 hab.
CELLE-CoRRÈzE (La). Com. du dép. delaCorrèze, arr. de Tulle, cant. de Treignac ; 577 hab.
CELLE-DuNoiSE (La). Com. du dép. de la Creuse, arr. de Guéret, cant. de Dun-le-Palleteau, sur les bords de la Creuse; 1,880 hab. La Celle faisait autrefois partie de la seigneurie de Dun : de là le surnom de Dunoise, Cette localité a été le berceau de la famille noble de La Celle, encore subsistante, dont un membre au moins mérite une mention, Hugues de La Celle, agent politique de Philippe le Bel, mort vers 1320. On le voit, dès 1303, chargé de la procuration du roi de France pour solliciter de Benoit XI la condamnation de Boniface YIII ; le 11 juin 1308, il est envoyé en Allemagne pour gagner l'électeur de Cologne aux prétentions de Philippe le Bel à l'empire, et à la fin de la même année, le roi lui confie l'administration des comtés de la Marche et d'Angoulême, confisqués à la mort du comte Gui de Lusignan; le 20 janv. 1309, il est chargé de se rendre à Amiens pour négocier avec les ambassadeurs du roi d'Angleterre. Sa faveur à la cour ne diminua pas sous les fils de Philippe le Bel : il remplit les fonctions de conseiller lai au parlement et touchait de ce chef 600 livres par an. H mourut sans enfants et ses biens, notamment la seigneurie de Laurière (Haute-Yienne), dont Philippe le Bel lui avait fait don, passèrent à son neveu Amiel de la Celle. On voyait autrefois son tombeau dans l'abbaye d'Aubepierre. Ant. Thomas.
CELLE-GuÉNARD (La). Com. du dép. d'Indre-et-Loire, arr. de Loches, cant. de Pressigny-le-Grand ; 704 hab. ■•
CELLE-LES-BoRDES (La). Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Rambouillet, cant. (N.) de Dourdan; 703 hab.
CELLE-Lévescâut {Episcopalis cella). Com. du dép. de la Yienne, arr. de Poitiers, cant. de Lusignan, sur la Vienne ; 1,594 hab. D'après d'anciens historiens poitevins, il faudrait placer dans cette localité le Castrum Sellense, siège d'un évêché provisoire au vi® siècle (Grég. de Tours, Hist, Fr., liv. lY, chap. xvni), mais les érudits sont aujourd'hui d'accord pour le placer à Champtoceaux (Y. ce nom). Celle-Lévescaut n'est pas mentionné dans l'histoire avant le xiii® siècle ; c'était le siège d'une châtellenie appartenant aux évêques de Poitiers. Le prieur du chapitre était archiprêtre de Lusignan ; l'église paroissiale, ancienne collégiale , est du style de transition (xn®xm® siècle). Anciennes maisons de bois. — Cimetière gallo-romain à Ecuré (villa Scuriacus),
CELLE-Saint-Avent (La). Com. du dép. d'Indre-et- Loire, arr. de Loches, cant. de la Haye-Descartes ; 755 hab.
CELLE-Sâint-Cloud (La). Com. du dép. de Seine-et- Oise, arr. de Yersailles, cant. de Marly. Station du chem. de fer de Paris à l'Etang-la-Yille ; 821 hab. Ce bourg existe depuis une époque très reculée, car il est mentionné, dès 697, comme appartenant à l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés, dans les dépendances de laquelle il resta jusqu'en 1683, époque où Louis XIY l'acheta pour agrandir le domaine de Yersailles. Le château date du xvii® siècle, mais n'a pas de caractère artistique. Collé y a composé la Partie de Chasse d'Henri IV, Emile Augier, mort le 25 oct. 1889, est enterré dans le cimetière de cette commune.
BïBL. : L'abbé Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, t. IIL pp. 159-162 de l'édit. de 1883.
CELLE-Sâlnt-Cyr (La). Com. du dép. de l'Yonne, arr. de Joigny, cant. de Saint-Julien-du-Sault ; 1,206 hab.
CELLE-sous-Chantemerle (La). Com. du dép. de la Marne, arr. d'Epernay, cant. d'Angiure ; 382 hab. Cette localité remonte à une haute antiquité ; elle était le siège d'une baronnie qui appartint longtemps aux sei|Tieurs de Courtenay. Un prieuré y fut fondé dès le vin® siècle, par saint Serein, apôtre de la région. Pépin et Charlemagne enrichirent de leurs donations ce monastère, qui fut attribué en bénéfice par François P^ à son aumônier, Oudard Hennequin, devenu évêque de Troyes en 1528. Plus tard, le prieuré fut réuni à l'abbaye de Moutier-la-Celle et enfin, en 1724, à la chapelle royale de Saint-Louis, au château de Madrid, dans le bois de Boulogne. De curieux carre-
CELLE — CELLÊRIER
lages émaillés des xiv® et xvi® siècles ont été recueillis sur son emplacement. A. Tausserat.
CELLE-soDS-GouzoN (La). Corn, du dép. de la Creuse, arr. de Boussac, cant. de Jarnages ; 391 hab. Autrefois en Bourbonnais. Il y avait à la Cclle-sous-Gouzon un prieuré mentionné dès 924 comme une dépendance de Tabbaye de Solignac (Haute- Vienne).
CELLE-sur-Bray. Corn, du dép. du Loir-et-Cher, arr. de Vendôme, cant, de Savigny-sur-Bray ; 391 hab.
CELLE-suR-LoiRi; (La). Corn, du dép. de la Nièvre, arr. et cant. de Cosne ; 860 hab.
CELLE-suR-MoRET (La). Corn, du dép. de Seine-et- Marne, arr. de Fontainebleau, cant, de Moret ; 244 hab.
CELLE-suR-MoRiN (La). Corn, du dép. de Seine-et- Marne, arr. et cant. de Coulommiers ; 754 hab. , CELLE-suR-NiÈvRE (La). Com. du dép. de la Nièvre, arr. de Cosne, cant. de la Charité ; 786 hab.
CELLE (Hugues de la), agent de Philippe le Bel (V. Celle-Dunoise).
GELLEFROUIN (Cella Fi^egonii, Fruini)^ com. du dép. de la Charente, arr. de Ruffec, cant. de Mansle, dans la vallée du Son ; 1 ,720 hab. Cette commune a pris le nom d'une abbaye bénédictine du diocèse d'Angoulême, fondée au commencement du xii« siècle. Il en subsiste l'église romane avec portail gothique. Dans le cimetière, très curieuse Lanterne des Morts (Mon. hist.). Le lieu dit le Champ du Combat passe pour l'emplacement d'un ancien camp romain.
CELLEPORA. I. Zoologie. — Genre de Bryozoaires- Çheilostomes, fondé par Fabricius et ayant donné son nom à la famille des Ùelleporidœ. Zoarium incrusté, tantôt érigé, tantôt composé- de plusieurs couches de zoœcies. Celles-ci ont la forme d'une, petite urne à orifice terminal et sont implantées plus ou moins perpendiculairement à la surface générale de la colonie. L'orifice est surmonté d'un rostre qui porte un aviculaire. L. Chabry.
II. Paléontologie. — Le genre Cellepora est très répandu dans les couches tertiaires, surtout oligocènes et miocènes (C. conglomerata Goldfuss, oHgocène). Les genres suivants qui appartiennent à la même famille (Celleporidœ)^ n'ont plus de représentants dans la faune actuelle ;, Ciimulipora^ Orbitalipora et Batopora qui s'étendent de l'éocène au miocène. E. Trt.
. CELLEPORELLA (ZooL). Genre peu important de Bryozoaires-Cheilostomes, formé par Gray et appartenant à la famille des Porinidœ,
. CELLER (Ludovic), pseudonyme de L. Leclerc (V. ce pom).
CELLERAGE (V. Chantelage).
CELLERIER, qui cellœ vinarm et escariœ prœest. Ce titre se rencontre parfois dans le droit féodal, mais il était spécialement usité dans les monastères, où il était donné à un religieux chargé de l'administration temporelle, en vue de l'approvisionnement et de la nourriture. En principe, le cellerier devait régir les biens, faire les baux, pourvoir aux réparations et veiller à la rentrée de tous les revenus. Dans beaucoup de monastères, il acquit un droit propre sur une portion des produits des biens administrés et des redevances perçues par lui, quelquefois même un droit indivis sur le domaine de la communauté. Son office devenait ainsi un bénéfice claustral (V. Matières bénéfïciales). Les couvents de femmes avaient des Celleriêres investies d'attributions analogues. — Dans son grand •traité (Ancienne et nouvelle discipline de V Eglise, IIP part., liv. I, ch. 1), Thomassin constate que du temps de saint Benoît, la charge du cellerier était la plus importante, après celle du prévôt et du doyen. Il devait prendre soin des infirmes, des enfants, des hôtes et des pauvres. Les offices particuliers, qui se formèrent dans la suite, d'infirmier, d'hospitalier, d'économe et de trésorier, n'ont été que des démembrements de cette charge, à laquelle il n'est resté dans la plupart des monastères que le soin de ia cave et des provisionsj(V. Abbaye, t. I, p. 35, 2^ col.). . . E.-H. Vollet.
CELLERIER (Jacques), architecte français, né à Dijon le 11 nov. 1742, mort à Paris le 27 mars 1814. Elève de Jacques-François Blondel, puis de David Leroy et de l'Académie d'arcliitecture, Cellerier fut pensionnaire du roi à Rome et, à son retour de cette ville en 1770, fut chargé par Nicolas-Médard Audinot de la construction sur le boulevard du Temple, de l'ancien théâtre de TAmbigu-Comique, Cellerier remania et exhaussa ce théâtre en 1785 et fit élever, en 1807, sur le boulevard Montmartre, avec le concours de son inspecteur Alavoine et pour M"® Montansier et les co-sociétaires de son théâtre, la salle des Variétés, salle dont la décoration intérieure a été plusieurs fois modifiée depuis cette époque, mais dont la façade, décorée de colonnes doriques et ioniques, le vestibule et les principales dispositions passaient avec le jardin, le café et la salle de billard qui y étaient joints derrière la scène, pour un des plus remarquables étabhssements de ce genre à Paris. Cellerier restaura de plus, en 1802, la salle de l'ancien Vaudeville de la rue de Chartres, aujourd'hui démoli, et commença, de 1810 à 1814, la salle de spectacle de Dijon dont les travaux, interrompus à sa mort, ne furent repris qu'en 1823 et achevés en 1825. Comme habitations privées, on doit à Cellerier les hôtels d'OrviUiers et de Saucour dans le quartier Saint- Honoréet, en 1786, la porte d'entrée et des travaux d'embellissement au grand hôtel de Fitz- James ou de l'Infantado, plus tard hôtel de Talleyrand, à l'angle de la rue Saint-Florentin et de la rue de Rivoli, en face l'ancien Garde-Meuble. En 1788, Cellerier avait été chargé de la reconstruction de l'ancien sanctuaire de Sainte-Genevièveaux-Bois (Seine-et-Oise), église restée inachevée lors de la Révolution et démolie depuis; et en 1807, nommé architecte de l'église abbatiale de Saint-Denis, il y fit divers travaux, continués par Debret, qui lui succéda sur sa demande, en 1813, mais qui furent en grande partie modifiés dans l'œuvre de restauration totale de l'édifice entrepris par Viollet-Le- Duc sous le second Empire. Dés le Consulat, Cellerier avait approprié l'ancien hôtel Soubise, au Marais, au service des Archives nationales, et, plus tard, il restaura la porte Saint- Denis dont il eut soin, dit un auteur du temps « de teinter les parties neuves ». Napoléon lui demanda en 1808 le premier projet d'une fontaine triomphale à élever sur les ruines de la Bastille. Charles Lucas.
BiBL. : Revue générale de l'Architecture; Paris, 1840 et 1842, in-4. — Al. Donnet, Architectonographie des théâtres de Paris; Paris, in-8et atlas.
CELLERIER (Jean-Isaac-Samuel), pasteur et prédicateur suisse, né le 11 déc. 1753, dans une famille d'agriculteurs au village de Crans (cant. de Vaud), mort à Genève le 22 mars 1844. Il fut consacré dès 1776, après la soutenance d'une thèse sur les fragments du Pentateuque samaritain relatifs aux patriarches. Un préceptorat de sept années, soit en Hollande, soit à Paris, lui permit de nouer d'utiles relations avec plusieurs hommes distingués, entre autres quelques-uns des Pères de l'Oratoire. En 1783, Cellerier revint à Genève et fut nommé pasteur de Satigny. Sa réputation de prédicateur dépassa de beaucoup les limites de sa paroisse. Les croyances strictement orthodoxes de Cellerier l'amenèrent, en 1819, à rééditer, de concert avec M. Gaussen, la Confession de foi Helvéticjue, mais son aversion instinctive pour toute lutte le détourna de prendre une part militante aux débats suscités par le Réveil. Parmi ses ouvrages nous mentionnerons : Discours familiers d'un pasteur de campagne (1819), huit autres volumes de sermons, homélies et prières (1819, 1825, 1827, 1845, plusieurs éditions), un Catéchisme ou Cours d'instruction religieuse (1845). Ernest Strœhlin.
CELLERIER (Jacob-Elisée), pasteur et professeur suisse, né à Satigny le 22 déc. 1785, mort à Genève le 17 nov. 1862, remplaça le 14 déc. 1814 son père dans la paroisse de Satigny, et fut appelé, le 29 mars 1816, à la chaire d'hébreu et de langues orientales. Son professorat, qui s'étendit sur un espace de trente-huit années (1816-1854), fut consacré jusqu'en 1825 aux antiquités
CELLERIER ~ CELLETTE
hébraïques, à la critique et à Texégèse jusqu'en 1854, époque de sa retraite, à celles du Nouveau Testament. Nous mentionnerons parmi ses ouvrages : le Manuel iVEer^ méneutique le plus important de tous (1852) ; le Commentaire sur iEpitre de Sainte-Jacques (48S0) ; la Vie intérieure^ recueil de. méditations religieuses (185^); Esquisse d*une histoire abrégée de r Académie fondée par Calvin, ouvrage jjosthume publié en 1872 par les soins de M. Aug. Bouvier, enfin plusieurs adaptations de Tallemand : une Grammaire hébraïque (1820), une Introduction au Nouveau Testament (1823), un Esprit de la législation mosaïque (2 vol. 1837), où il s'inspire tour à tour de Gesenius, de Hug, de Miehaelis.
Ernest Stroshlin.
CELLES. Com. du dép. de TAriège, arr. et cant. de Foix ; 455 hab.
CELLES. Com. du déç. du Cantal, arr. et cant. de Murât; 619 hab. — Eglise romane sous Finvocation de Saint-Illide. Il y avait autrefois à Celles une commanderie des Templiers qui passa plus tard à l'ordre de Malte. Ruines d un château pillé par les Anglais en 1357 et rasé en 1360. En 1635, il y eut à Celles une rencontre pendant la révolte des Sabots. L. F.
CELLES. Com. du dép. de la Charente-Inférieure, arr, de Jonzac, cant. d'Archiac ; 384 hab.
CELLES. Com. du dép. de la Dordogne, arr. [de Ribérae, cant. de Montagrier ; 1 ,465 hab.
CELLES. Com. du dép. de l'Hérault, arr. de Lodêve, cant. de Clermont-l'Hérault ; 101 hab.
CELLES. Com. du dép. de la Hauto-Mame, arr. de Langres, cant. de Varennes-sur-Amance ; 283 hab. Carrières de grès, fabriques de meules. Le village, complètement ruiné par les guerres du xv® siècle, fut encore incendié en 1568 par les reîtres. A. T.
CELLES. Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. de Thiers, cant. de Saint-Rémy; 3,162 hab. Le fief de Celles dépendait de la châtellenie de Montguerlhe. Il appartint longtemps à la famille de la Celle, puis passa à celle de Besse de la Richardie. L. F.
CELLES-les-Bains. Station d'eaux minérales, à 2 kil. de la Youlte, dép. de l'Ardèche, arr. de Privas. Cette station, quoique connue dès le xvii® siècle, n'a pris quelque importance que vers 1830, grâce aux travaux du docteur Barrier.
Eaux minérales. — Les eaux sont athermales ou hypothermales, bicarbonatées calciques ou bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques fortes (Rotureau); les sources, au nombre de huit, émergent d'une couche de micaschiste, près d'un gisement de fer oxydé. Les eaux alcalines de Celles sont efficaces dans la dyspepsie, les engorgements ganglionnaires et viscéraux, dans les catarrhes des muqueuses ; les eaux ferrugineuses sont utiles aux anémiques et aux chlorotiques. Les eaux de Celles passent encore pour guérir le cancer, mais cotte action est plus que douteuse ; en revanche elles guérissent et préviennent les fièvres paludéennes.
Dr L. Hn.
CELLES-les-Condé. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Cliâloau-Thierry, cant. de Condé-en-Brie : 139 hab.
C EL LES-SUR -Belle. Ch.-l. de cant. du dép. des Deux- Sèvres, arr. de Melle, sur la rive droite de la Belle, affluent de la Boutonne; 1,599 hab. Stat. de la ligne de chem. de fer de Niort à Ruff'ec. Celles doit son origine à une petite celle^ c.-à-d. k un prieuré qui fut fondé dans cette vallée au xi® siècle. Le prieuré devint une riche abbaye d'augustins qui reçut des dons des rois d'Angleterre pendant leur domination sur le Poitou. Louis XI vint y prier en 1469, et fit reconstruire l'église ; elle fut détruite, un siècle après, pendant les guerres de religion et relevée ensuite par l'architecte italien François le Duc, surnommé Toscane. Le célèbre diplomate de Talleyrand fut le dernier titulaire de l'abbaye de Celles. L'église de l'abbaye (mon. hist.) est devenue église paroissiale.
BiBL. : Gabriel Lévrier, Historique de Vabbaye de
Celles; Niort^ 1865, in-8. — Charles Arnauld, Monuments des Deux-Sèvres ; Niort, 1877, p. 236 ; 2-» édit.
CELLES-suR-OuRCE (Cella). Com. du dép. de l'Aube, arr. de Bar-sur-Seine, cant. de Mussy ; 883 hab. L'origine reculée de ce village est attestée par une voie romaine traversant son territoire, au lieu dit Villenox, et par un cimetière antique situé près du finage de Landreville. L'église date des xvi® et xvin® siècles. A peu de distance, se voient les ruines de l'ancienne abbaye cistercienne de Mores (V. ce nom). A. T.
CELLES-sdr-Plaine {Cellœ), Com. du dép. des Vosges, arr. de Saint-Dié, cant. de Raon-l'Etape, situ^ dans la pittoresque vallée de la Plaine, à 10 kil. au N.-E. de Raonî'Etape ; 1 ,650 hab. Importante filature de fils à coudre ; fabrique de chapeaux de paille; broderie; commerce de bois ; scieries ; quatre foires par an ; église moderne. Le village de Celles, après avoir fait partie du duché de Lorraine, fut réuni à la principauté de Saim par la convention du 21 déc. 1751. Au xvn® siècle, la culture de la pomme de terre, pratiquée dans le Ban de la Roche (V. ce nom), s'introduisit dans les Vosges par la vallée de Celles. Patrie de P. Michel, membre de la Convention nationale, et du sénateur Nicolas Claude (des Vosges), manufacturier à Saulxures-sur-Moselotte.
BiBL. : Henri Lepagb, le Département des Vosges ; Nancy, 1847, II, pp. 78 et 89. — Léon Louis, le Département des Vosges ; Epinal, 1887, t. VL
CELLES (Antoine-Philippe de Visscher, comte de), homme d'Etat belge, né à Bruxelles le 8 juin 1779, mort à Paris le 3 nov. i 841 . Il entra dans l'armée française en 1 804.' et suivit Napoléon à Austerlitz, en qualité d'officier d'ordonnance. En 1806, il quitta l'armée pour le conseil d'Etat et fut appelé d'abord à la préfecture de la Loire- Inférieure, puis, en 1810, à celle du Zuiderzée. La Hollande venait d'être annexée à la France et murmurait hautement contre le blocus continental qui ruinait son commerce et contre la conscription miUtaire qui lui enlevait chaque année des milliers de ses enfants. De Celles fit exécuter rigoureusement les ordres de l'empereur et encourut, par son excès de sévérité, la haine de la population. Il failHt être victime des troubles de 1813 et parvint à grand'peine à se réfugier en France. Pour le récompenser de son zèle. Napoléon le créa comte et chevalier de la Légion d'honneur. Rentré en Brabant lors de la création du royaume des Pays-Bas, de Celles fut ambassadeur de Guillaume P^ auprès du Saint-Siège; il occupa ce poste pendant plusieurs années et conclut avec le pape Léon XIÏ le concordat qui règle encore aujourd'hui, en Belgique et en Hollande, l'organisation du clergé catholique et ses rapports avec l'autorité séculière.
Lorsque s'élevèrent, entre le roi Guillaume et ses sujets belges, les difficultés qui amenèrent la révolution de 1830, de Celles se rangea dans l'opposition et préconisa la séparation administrative des deux pays. Elu membi^e du Congrès national en 1831, il fut chargé d'une mission diplomatique à Paris et contribua de toutes ses forces à l'élection du duc de Nemours au trône de Belgique ; le roi Louis-Phihppe ayant refusé la couronne au nom de son fils, de Celles donna sa démission et se fixa à Paris. Naturahsé français en 1832, il entra au Conseil d'Etat, et il allait être appelé à la Chambre des pairs quand il mourut. Il avait épousé, en 1810, Féhcie de Valence, fille du lieutenant général comte de Valence et petite- fille de M'»^ de Genlis. E. H.
BiBL. : A. Wauters, Notice sur le comte de Celles : Bruxelles, 1871.
CELLETTE (La). Hameau de la com. de Monestier- Merlines, dép. de la Corrèze, arr. d'Ussel, cant. d'Eygurande, sur le Chavanon. Ancien couvent de cordeliers o(i l'on enfermait, au xvni^ siècle, les prêtres coupables. C'est aujourd'hui un asile d'aliénés.
BiBL. : D' LoNGY, Notice sur l'asile d'aliénés de la Cellette ; Tuile, 1873, in-12.
CELLETTE (La). Com. du dép. de la Creuse, arr. de Boussac, cant. do Châtelus-Malvaleix ; 980 hab.
CELLETTE — CELLINI
CELLETTE (La). Corn, du dép. du Puy-de-Dôme, air. de Riom, cant. de Pionsat; 502 hab.
CELLETTES. Corn, du dép, de la Charente, arr. de Ruflec, cant. deMansle; 517 hab.
CELLETTES. Corn, du dép. de Loir-et-Cher, arr. et cant. (Ouest) de Blois, sur le Beuvron ; 1,078 hab. L'église date du xiv^ siècle, avec des fragments d'un édifice antérieur, construit au xu®. Sur le territoire de cette commune, se trouve le très beau château de Beauregard qui n'est pas seulement remarquable comme monument de la Renaissance et du xvii® siècle, mais aussi par une collection infiniment curieuse de 363 portraits historiques, classés par règnes. F. Bournon.
CELLIER. L Architecture (V. Bâtiments ruraux [t. V, p. 789]).
IL Viticulture. — Les bâtiments dans lesquels on fait fermenter la vendange sont nommés celliers dans le midi de la France. Les celliers servent aussi aux diverses manipulations que Ton fait subir aux vins pour leur conservation (V. Vinification).
CELLIER (Le). Com. du dép. de la Loire-Inférieure, arr. d'Ancenis, cant. de Ligné, sur la Loire; 2,410 hab. Exploitation de granit et de gneiss à la Rabinière. Eglise romane. Au hameau de Clermont, stat. du chem. de fer d'Orléans, ligne d'Angers à Nantes. Ruines de Chateauguy, château démantelé à la fin du xiv« siècle. Sur le bord de la Loire, les Folies-Liffait, constructions bizarres dans les rochers, dues à un propriétaire de Nantes qui les fit exécuter lors d'une crise pour donner du travail aux ouvriers.
CELLIER-DU-Luc. Com. du dép. de l'Ardèche, arr. de Largentière, cant. de Saint-Etienne-de-Lugdarès ; 379 hab.
CELLIERS. Com. du dép. de la Savoie, arr. et cant. de Moûtiers ; 328 hab.
CELLIEU. Com. du dép. de la Loire, arr. de Saint- Etienne, cant. de Rive-de-Gier ; 1,106 hab.
CELLINI (Benvenuto), sculpteur, orfèvre, joaillier et écrivain italien, né à Florence le 3 nov. 1500, mort à Florence le 13 févr. 1571. Benvenuto a raconté sa vie dans un livre qui a çà et là les allures du roman, et qui demeure néanmoins un document des plus précieux sur l'esprit et les mœurs du xvi^ siècle : ces mémoires peuvent servir de base à une biographie de l'artiste, mais comme la chronologie y est un çeu flottante, ils doivent être lus avec précaution et corrigés en bien des points par des pièces d'archives et des témoignages contemporains. Benvenuto était fils d'un Giovanni Cellini qui avait acquis une réputation à Florence dans l'art de fabriquer les luths et les orgues ; mais Giovanni n'était pas seulement un musicien renommé ; il possédait certaines notions sur l'architecture et les arts voisins, et il est curieux, en effet, de retrouver son nom parmi ceux des commissaires qui, en 1504, furent appelés à donner leur avis sur un point dont les Florentins étaient alors fort soucieux, celui de savoir où devait être placée la statue de David de Michel-Ange. CeUini eut d'abord de longues disputes avec son père qui prétendait faire de lui un musicien. Pour avoir la paix, le jeune homme consentit à apprendre à jouer de la flûte : il y réussit, et Baldinucci nous apprend qu'il devint habile sonatore di strumenti di fiato. Ce talent ne lui fut pas inutile, car plus tard il put jouer sa partie dans l'orchestre du pape Clément VII.
Mais Benvenuto, discipliné en apparence, ne consentait pas à rester toute sa vie un simple instrumentiste. L'art l'entourait de son atmosphère enivrante : il s'y abandonna tout entier. Comme beaucoup de Florentins d'alors, il débuta par l'orfèvrerie et travailla, tout jeune encore, dans l'atelier de Michelagnolo da Viviane. C'était un survivant du XV® siècle, qui savait monter les pierres précieuses, nieller, émailler et ciseler le métal. Bien qu'il fût là à bonne école, Benvenuto ne resta pas longtemps chez ce premier maître : vers 1515, il travaillait dans un autre atelier, celui d'Antonio di Sandro, surnommé Marcone. Bientôt, curieux d'apprendre le métier jusqu'au bout, il voyagea.
En 1516, il était à Sienne chez Francesco Castoro, et plus tard à Bologne chez Ercole del Piffero, à Pise chez Ulivieri délia Chiostra. Il finit ainsi par s'approprier tous les secrets de l'orfèvrerie, étonnant ses maîtres et ses camarades par la précoce habileté de sa main, et aussi par la violence de son caractère prompt aux querelles qui n'étaient pas toujours inofTensives.
Rentré à Florence, Benvenuto se remit au dessin, base essentielle de la profession qu'il avait choisie; il étudia les cartons àe Léonard de Vinci et de Michel-Ange, types fameux qui servaient alors à l'instruction de toute la jeunesse florentine. Vers 1519, il put montrer à ses amis son premier travail de ciseleur, un fermoir de ceinture. C'était un bas-relief d'argent « grand comme'Ja main d'un enfant». Il y avait groupé des figurines, des arabesques et des feuillages à l'antique. Ce fut là son premier succès.
Cette préoccupation de l'antiquité qui troublait alors toutes les jeunes têtes, conduisit Benvenuto à Rome, où il arriva en 1519. Il y vécut deux ans, travaillant de préférence chez Giovanni Fiorenzuola, qui paraît avoir été un orfèvre fort à la mode. C'est à cette époque, que, dans un de ses rares moments de liberté, Cellini fit pour un cardinal qu'il ne nomme pas un petit coffret d'argent destiné h figurer sur une table en guise de salière. Il l'avait décoré
Salière de Cellini (au musée de Vienne).
de mascarons imités de l'antique. Tel est du reste le système d'ornementation auquel il resta toujours fidèle, quoi qu'il y ait volontiers mêlé des éléments de pur caprice.
SoUicité de revenir à Florence, Benvenuto rentra vers 1521 dans sa ville natale, et y retrouva un de ses anciens patrons, Francesco Salimbene, qui l'employa à des travaux bien payés. Muni de quelque argent, le jeune orfèvre put installer au Mercato Nuovo une modeste bottega. Il y faisait de la menue joaillerie. Il n'était pas mécontent de son sort, lorsque, à la suite d'une méchante querelle avec des voisins, il fut cité devant le tribunal des Huit. Bien qu'il n'eût été condamné qu'à une légère amende, il craignit d'être inquiété de nouveau et retourna à Rome.
Là, il reprit la vie d'ouvrier et travailla chez l'orfèvre Lucagnolo (1523). En même temps, il se lia avec quelques artistes considérables, notamment avec Francesco Penni, l'ancien collaborateur de Piaphaël, qui avait à Rome des amis bien situés. C'est à Penni que Benvenuto dut de connaître l'évêque de Salamanque, un prélat qui aimait les œuvres d'art tout en les payant le moins possible. Cellin fit pour l'évêque espagnol, d'après un dessin de Francesco Penni, une grande aiguière d'argent aux flancs de laquelle il cisela des animaux, des feuillages et des masques. Peu après, ayant été autorisé à pénétrer à la Farnésine où il voulait dessiner les fresques de RapJ|aël, il fut gracieusement accueilli par Donna Porcia, femme de Gismondo Chigi, qui, apprenant que le jeune homme s'exerçait à la joaillerie, lui confia de beaux diamants afin qu'il en renou-
CELLINÏ
vêlât la monture. Cellini imagina de composer avec ces pierres un joyau qui avait la forme d'un lis : la description qu'il nous donne du précieux bijou nous apprend qu'à l'armature d'or qui enchâssait les diamants, il avait ajouté les fines colorations de l'émail. Ainsi se complétait peu à peu l'instruction technique de Benvenuto : dès sa jeunesse, il connaissait toutes les ressources du métier, et l'on sait en effet qu'il eut plusieurs fois l'occasion de se montrer savant dans la pratique de l'émaillerie.
Cellini avait ouvert à Rome un atelier où il fabriquait des bijoux. C'est là qu'il fit pour le gonfalonnier Ceserino une de ces « enseignes » qu'on attachait au chaperon et dont nous voyons les analogues dans les portraits du XVI® siècle. L'enseigne de Ceserino était, sous la forme d'une médaille, un petit bas-reM oîi l'artiste avait raconté les amours dé Léda et du cygne divin. L'œuvre a péri, à moins qu'on né veuille la reconnaître, comme on l'a proposé, dans un bijou similaire conservé aujourd'hui au Cabmet des antiques de Vienne.
Benvenuto, qui avait l'esprit curieux et qui cherchait à renouveler les procédés décoratifs en usage en Italie, eut alors l'occasion de voir des armes orientales, et il s'éprit d'un art que ses rivaux ne pratiquaient pas, la damasquinure. En y regardant de près, il comprit le secret des artistes levantins, et il appliqua la méthode à l'ornementation de certaines poignées de dagues. Il assure qu'il savait parfaitement incruster dans l'acier de fins linéaments d'or. Il en était là de ses recherches, et sa réputation, il le déclare du moins, commençait à égaler celle du fameux Caradosso, lorsque le connétable de Bourbon vint, en 1527, mettre le siège devant Rome. Cellini avait toutes les aptitudes : du jour au lendemain, il devint homme de guerre. Il commande d'abord une compagnie de cinquante hommes ; puis il s'improvise bombardier, il joue un rôle, capital selon lui, dans la défense du château Saint- Ange : il était passé maitre dans l'art de pointer les pièces et de manœuvrer les couleuvrines. S'il ne nous donne pas le dénombrement exact des ennemis qu'il a couchés par terre ou coupés en deux, c'est qu'il ne veut point, comme il le raconte modestement « étonner le monde ». Le pape Clément VII, qui ne le connaissait encore que comme musicien, ne manqua pas de remercier ce détenseur imprévu.
Après le siège de Rome et les désastres qui le suivirent, Benvenuto fit une rapide excursion du côté de Mantoue, où il retrouva son ami Jules Romain. Grâce à lui, il travailla pour les Gonzague. Il grava pour le cardinal Ercole la matrice d'un sceau sur lequel il représenta V Assomption de la Vierge : comme à l'ordinaire son succès fut très vif ; toutefois, le séjour de Benvenuto à Mantoue fut de courte durée : en 1528, on le voit reparaître à Florence. C'est là du moins qu'il reçut, dans son atelier du Mercato Vecchio, la visite «et les compliments du « divin Michel-Ange ». Il achevait alors pour un personnage qu'il appelle Marretta, un médaillon représentant en bas-relief Hercule vainqueur du lion de Némée. A ce travail, que nous ne connaissons que par ce que Benvenuto a bien voulu nous en dire, succéda un bijou d'une composition plus savante et plus compliquée. Sur une plaque de lapis-lazuli, l'artiste appliqua une figure d'Atlas ciselée dans l'or, et supportant un petit globe de cristal sur lequel on voyait les signes du Zodiaque. Cellini nous a laissé une description complaisante de cette merveille qui était en réalité une « enseigne ^^ de chaperon . L'œuvre lut plus tard portée en France et montrée à François P' qui s'avoua ébloui et charmé.
Cependant Clément VII avait déclaré la guerre à Florence, et déjà la noble cité allait être investie. CeUini professait un bruyant respect pour Michel-Ange; mais il l'imita pas son patriotisme. Au Meu de l'aider à défendre la ville attaquée, il se considéra comme un serviteur du papo et, fuyant le siège et ses menaces, il se hâta de rentrer à Rome, montrant ainsi qu'il était un Florentin très mi^ifïé. Dès lors, il travailla assidûment pour Clément VII
Clément VIL Médaille
fravée par Cellini (Cainet de France).
qui, dès 1529, l'attachait à son service comme graveur de la Monnaie pontificale. Cette situation lui fut conservée par son successeur Paul III, car il résulte d*un document retrouvé par Bertolotti que le traitement de l'orfèvre lui a été payé jusqu'au 2janv. 1534.
L'office de Benvenuto à la Monnaie ne l'avait pas empêché de travailler pour Clément VII à des besognes d'un 4iutre ordre. II raconte qu'il fit pour lui une agrafe ou un bouton de chape . qui était une véritable œuvre d'art. Le programme consistait à monter d'une manière ingénieuse et nouvelle un sujjerbe diamant que le pape estimait comme un de ses plus précieux trésors. Cellini composa un joyau au centre duquel il plaça le fameux diamant. Sur la pierre que soutenaient trois petits anges, il assit ^ l'image de Dieu le père bénissant et vêtu d'un manteau somptueusement entouré de pierreries.
Benvenuto se montre d'autant plus fier d'avoir exécuté ce beau bijou que plusieurs orfèvres de Rome avaient été invités à fournir un modèle, et que le pape avait organisé une sorte de concours. On connaît assez Cellini pour deviner qu'il ne négligea pas l'occasion de célébrer sa victoire.
Fonctionnaire de la cour romaine, aimé des prélats, choyé par tous les amateurs de bijoux à la mode, Benvenuto aurait pu vivre heureux et tranquille. Malheureusement, le ciel, qui l'avait gratifié des dons les plus enviables, avait oublié d'y joindre la patience et le respect de la vie humaine. Il se croyait entouré d'ennemis, et il professait une haine particulière pour l'orfèvre Pompeo de Capitaneis qui l'avait desservi auprès du pape. Habile à manier le poignard, il alla au-devant de son rival et le tua avec une dextérité merveilleuse. Cet assassinat, dont nous savons aujourd'hui la date exacte (26 sept. 1534), fit beaucoup de bruit dans Rome. Paul IIÏ, qui montait sur le trône quelques jours après, accorda un sauf conduit à l'auteur du meurtre en promettant de le gracier à titre définitif lors de la prochaine fête de Notre-Dame ; mais Cellini se savait activement poursuivi par les héritiers de Pompeo : en attendant l'amnistie annoncée, il alla faire une promenade à Florence, où il était toujours sûr d'être bien accueilh.
Le duc Alexandre de Médicis voulait l'attacher à son service et lui confier le soin de graver le type de sa monnaie ; mais Cellini était essentiellement voyageur, et, après une rapide excursion à Venise, il revint à Rome. Il y était le 5 avr. 1536, le jour de l'entrée triomphale de Charles- Quint. Au nom du pape, il présenta à l'empereur un missel dont il avait composé la couverture, en utilisant toutes les ressources dont peuvent disposer l'orfèvre et le joaillier. Sur les plats de ce beau volume, les pierreries et les émaux s'enchâssaient dans l'or autour d'un motif central représentant le Christ en croix. Ce livre perdu est souvent cité dans l'histoire de la reliure.
D'autres travaux occupèrent Cellini sous le règne Ja Paul III ; mais un jour, il crut avoir à se plaindre diï pape et, obéissant à un caprice mal étudié, il partit, en 1537, pour la France, où il n'était nullement attendu. Nous avons dans ses Mémoires le récit sommaire de ce voyage qui n'a laissé chez nous aucune trace. L'artiste s'arrêta à Padoue et il y fit le médaillon de Pietro Bembo ; il traversa la Suisse, séjourna un instant à Lyon et arriva à Paris. Il y retrouva ceux de ses compatriotes que le roi occupait à la décoration de ses palais, entre autres le Rosso, qui avait été son camarade à Rome et qui le reçut froidement. Il vit
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François l^^ et lui offrit inutilement ses services, et bientôt il dut retourner en Italie, ce premier voyage en France étant resté tout à fait stérile.
Une surprise désagréable l'attendait à Rome. P/'ofitant de son absence, ses ennemis avaient organisé contre lui un redoutable complot : on l'accusait d'avoir abusé de la confiance de Clément VII pendant le siège de 1527 et d'avoir dérobé une partie de l'or pontifical. Cette phase de la vie de Benvenuto, telle qu'elle est racontée dans les mémoires, semble un peu romanesque ; les archives interrogées par Bertolotti font connaître cependant que l'artiste fut réellement emprisonné au château Saint-Ange et que sa captivité dura sept mois. C'est à propos de cette accusation qu'on dressa un inventaire des meubles et des objets que possédait Cellini. Cet inventaire, dont le texte a été retrouvé, est un document intéressant pour la biographie du maître.
Cependant Benvenuto demeurait persuadé que François P"^ était tourmenté par le remords de n'avoir pas utilisé, en 1537, le zèle d'un homme de sa valeur. Il eut pitié du roi et revint à Paris, en 1540, amenant avec lui deux aides, le Romain Pagolo et son jeune élève Ascanio de Mari. Cette fois, le roi avait été averti ; il fit bon accueil à l'orfèvre du ape, et lui aurait attribué un salaire annuel de 700 écus. lalgré les jaloux et les ennemis, François P^ s'intéressa vivement à l'artiste ; en juil. 1542, il lui accordait des lettres de naturalisation où il l'appelle Bienvenu Celin et il lui concédait la jouissance do l'hôtel du Petit-Nesle, oti Cellini installait ses ateliers. Le roi y vint plus d'une fois assister à l'exécution des travaux qu'il lui avait commandés. D'après les détails consignés dans les mémoires, car les comptes des bâtiments ne les mentionnent pas, ces travaux auraient été aussi variés qu'importants. Parmi les œuvres dont Cellini parle avec le plus de complaisance figure la fameuse salière qu'il avait commencée pour le cardinal de Ferrare et qu'il termina pour François P^. Cette salière, dont la gravure est dans tous les livres, nous a été conservée et tous ceux qui l'ont vue au Trésor impérial de Vienne s'accordent à déclarer qu'elle ne vaut pas la réputation que Cellini lui a faite. La composition en est fort compliquée ; elle est môme un peu décousue, mais les qualités du travail matériel, l'habileté de l'ouvrier rendent l'ouvrage infiniment précieux, alors surtout qu'on songe au petit nombre de pièces d'orfèvrerie qui peuvent être considérées comme des créations authentiques de Benvenuto.
C'est à Paris et en travaillant pour François P*^ que Cellini s'aperçut qu'il était sculpteur. Encouragé par le roi, il modela et fondit des figures de grande dimension. Il nous en reste une qui est au Louvre. C'est la Nymphe de Fontainebleau exécutée par le maître j our servir de couronnement à l'une des portes du palais. A peine le bronze était-il terminé qu'il changea de destination. Grâce à Diane de Poitiers, la Nymphe fut placée non à Fontainebleau, mais au château d'Anet. L'œuvre, bien connue, se caractérise par un maniérisme qui n'est pas sans robustesse. C'est un bas-relief à forte saillie où, dans un cadre découpé en forme d'hémicycle, la nymphe apparaît toute nue et couchée au bord d'un rivage : d'une main elle enlace le col d'un cerf et elle appuie l'autre sur une urne renversée. Des sangliers, des chevreuils, des chiens de chasse complètent le décor. L'aspect général est fort italien et ne manque même pas d'une certaine outrance. Dans tous les cas, l'œuvre ne correspond guère à l'idéal que Jean Goujon se faisait alors de la grâce française.
Benvenuto entreprit aussi pour François P^ douze statues d'argent destinées à porter des candélabres. Elles devaient représenter six dieux et six déesses de grandeur naturelle. Trois modèles furent exécutés : un Jupiter — c'était le roi lui-même, — un Mars et un Vulcain. Toujours plein d'une sève exubérante, l'artiste étudiait bien d'autres projets qui n'aboutirent pas. Il imaginait qu'il était sourdement miné dans la faveur du prince par le Primatice, distributeur des travaux de Fontainebleau, et par sa protectrice, la duchesse d'Etampes. Ces difficultés, réelles ou
supposées, lassèrent son courage ; peut-être avait-il aussi le secret désir de ne pas se laisser oublier par son pays. Au printemps de 1545, il disparut presque subitement ; au mois d'août, il rentrait à Florence, déclarant à tous qu'il était décidément impossible à un galant homme de vivre avec ceux que, dans une phrase brève mais peu courtoise, il appelle « ces coyiins de Français ».
Bien qu'il ait fait encore plus d'une autre promenade, Benvenuto parait s'être calmé vers cette époque, et la seconde partie de sa vie est essentiellement florentine. Dès lors, il est l'homme des Médicis. Cosme lui avait commandé un noble travail, le Persée, et l'artiste voyait dans cette héroïque figure la possibilité d'un chef-d'œuvre. C'est le sien, en effet, si l'on admet que l'art italien du xvi® siècle se complique toujours d'arabesques. Le premier modèle du Persée est de 1545 ; mais en raison de diflîcultés de toutes sortes, la statue ne fut véritablement terminée qu'en 1554. C'est alors qu'elle fut placée sous l'arcade de la Loggia, près du Palais-Vieux. Elle y est encore. Le fils de Jupiter est debout, tenant d'une main la tête de Méduse, de l'autre un glaive ensanglanté. Cette figure et les statuettes abritées dans les niches du piédestal sont quelquefois discutées par les puristes, et, en effet, elles n'ont pas la sérénité de l'art antique, elles s'exagèrent et s'allongent à la recherche de l'élégance, elles se contournent dans un goût moins humain qu'ornemeiital. Il y a pourtant dans le Persée un puissant caprice. L'œuvre demeure éternelle par un violent italianisme qui n'est déjà plus celui des heures glorieuses, mais qui résume avec une autorité significative l'idéal d'un moment bientôt troublé.
Benvenuto vieillissait ; néanmoins il était encore plein d'ardeur. En 1562, il fit, dans la pensée d'en décorer son tombeau futur, un Crucifix de marbre, dont il parle dans ses Mémoires et qui, plus heureux que beaucoup d'autres ouvrages du maître, a échappé à la destruction. Le grand duc François de Médicis, propriétaire de ce Crucifix, en fit cadeau, en 1576, à Philippe II par les ordres duquel il fut placé à l'Escurial. C'est un morceau très important. On y chercherait vainement l'émotion tragique et le sentiment douloureux que réclame un pareil sujet, mais la figure du crucifié est d'une hautaine élégance et le marbre est modelé avec une souplesse bien florentine. Pendant qu'il sculptait son Christ, Benvenuto s'occupait d'un travail d'un tout autre genre. L'artiste s'était fait écrivain. Dès 1557, il avait pris à son service un certain Michèle Vestri qu'il chargea, non seulement de tenir ses comptes en ordre, mais d'écrire avec lui les Mémoires de sa vie. Le livre, commencé en 1558, resta incomplet, puisque le récit s'interrompt au mois de nov. 1562, mais quoique inachevé, il n'en constitue pas moins un des monuments historiques du XVI® siècle italien, car au milieu de ses forfanteries et de ses vantardises, Cellini raconte -des choses qu'il a vues et il reste un narrateur plein d'entrain et de verve amusante. Il avait, d'ailleurs, de véritables aptitudes pour les travaux de l'esprit. Poète à ses heures, il a fait un certain nombre de sonnets ; théoricien servi par une longue pratique personnelle, il a écrit deux traités, l'un sur l'orfèvrerie, l'autre sur la sculpture, ouvrages deux fois curieux parce que, indépendamment des conseils techniques relatifs aux procédés et aux matières que les artistes peuvent mettre en œuvre, l'auteur s'interrompt à chaque instant pour nous parler de lui-même et de ses méthodes ; les Trattati s'ajoutent ainsi à son autobiographie ; ils la corrigent et la complètent. En prenant de l'âge, Benvenuto, qui avait toujours été un peu superstitieux, eut quelques accès de dévotion. En 1558, il reçut la première tonsure, mais il n'alla pas plus loin. A Florence, on faisait cas de son talent et même de son caractère, si discutable cependant ; à la fin de 1554, il fut reçu membre de la noblesse florentin. Il était un des premiers dans la corporation des artistes et l'on en trouve la preuve dans ce fait que, lorsque le 16 mars 1564, on célébra les obsèques de Michel-Ange, il fut désigné avec Bronzino, Vasari et Ammanati pour figurer
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