‹ La grande énigme, Dieu & l'universChapitre 10 sur 18 · VE · texte numérisé non relu

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Mais les jours de péril et de gloire sont passés ; l'union sacrée n'a pas survécu au drame sanglant. Le pessimisme, le découragement, la discorde ont repris leur action morbide; l'anarchie et la ruine frappent à nos portes.

Le seul moyen de sauver la société menacée^ c'est de hausser les pensées et les cœurs, toutes les aspirations de l'âme humaine vers cette Puissance infinie qui est Dieu ; c'est d'unir notre volonté à la sienne et de nous pénétrer de sa loi : là est le secret de toute force, de toute élévation.

Nous serons tout surpris et émerveillés, en avançant dans cette voie oubliée, de reconnaître, de découvrir que Dieu n'est pas une abstraction métaphysique, un vague idéal perdu dans les profondeurs du rêve, un idéal qui n'existerait, comme le disent Vacherot et Renan, que lorsque nous y pensons. Non, Dieu est un Être vivant, sensible, conscient; Dieu est une réalité agissante. Dieu est notre père, notre guide, notre consolateur, notre ami le meilleur ; pour peu que nous lui adressions nos appels et que nous Ui ouvrions notre cœur, il nous éclairera de sa lumière, nous réchauffera de son amour; il répandra sur nous son Ame immense, son Ame riche de toutes les perfections ; par lui et en lui seulement, nous nous sentirons heureux, et véritablement frères; en dehors de lui nous ne trouverons qu'obscurité, déception, douleur et misère morale.

Voilà le secours que Jeanne apportait à la France, le secours que le spiritualisme moderne apporte à Thumanité.

On peut dire que la pensée de Dieu rayonne sur l'histoire et sur le monde : elle a inspiré les générations dans leur marche, soutenu, relevé des millions d'âmes désolées. Elle a été la force, Fespérance suprême, le dernier appui des affligés, des spoliés, des sacrifiés, de presque tous ceux qui, à travers les temps, ont souffert de l'injustice, de la méchanceté des hommes et des coups de l'adversité.

Si vous évoquez le souvenir des générations qui se sont succédé sur la terre, partout vous verrez les regards des hommes tournés vers cette lumière que rien ne pourra éteindre ni amoindrir.

C'est pourquoi nous vous disons : Frères, recueillez-vous dans le silence de vos demeures ; élevez souvent vers Dieu les élans de vos pensées et de vos cœurs; exposez-lui vos besoins, vos faiblesses, vos misères, et, aux heures difficiles, aux moments solennels de votre vie, adressez-lui l'appel suprême. Alors, au plus intime de votre être, vous entendrez comme une voix vous répondre, vous consoler, vous secourir. Cette voix vous pénétrera d'une émotion profonde ; elle fera peut-être jaillir vos larmes, mais vous vous relèverez fortifiés, réconfortés.

Apprenez à prier du plus profond de votre

âme, et non plus du bout des lèvres ; appre« nez à entrer en communion avec votre Père, à recevoir ses enseignements mystérieux, réservés non pas aux savants et aux puissants, mais aux âmes pures, aux cœurs sincères.

Quand vous voudrez trouver un refuge contre les tristesses et les déceptions de la terre, souvenez-vous qu'il n'y a qu'un moyen : élever sa pensée vers ces pures régions de la lumière divine, où ne pénètrent pas les influences grossières de notre monde. Les ru meurs des passions, le conflit des intérêts n'arrivent pas jusque-là. Parvenu à ces régions, l'esprit se dégage de ses préoccupations inférieures, de toutes les choses mesquines de notre existence ; il plane au-dessus de la tempête humaine, plus haut que les bruits discordants de la lutte pour la vie, pour la richesse et les vains honneurs ; plus haut que toutes ces choses éphémères et changeantes qui nous rattachent aux mondes matériels. Là-haut l'esprit s'éclaire ; il s'enivre des splendeurs de la vérité et de la lumière. Il voit, il comprend les lois de sa destinée.

Devant les larges perspectives de l'immortalité, devant le spectacle des progrès et des ascensions qui nous attendent sur l'échelle des mondes, que deviennent pour nous les misères de la vie actuelle, les vicissitudes du temps présent ?

Celui qui a dans sa pensée et dans son cœur

cette foi ardente, cette confiance absolue en l'avenir, cette certitude qui l'élève, celui-là est cuirassé contre la douleur. Il restera invulnérable au milieu des épreuves. C'est là le secret de toute force, de toute vaillance, le secret des novateurs, des martyrs, de tous ceux qui, à travers les siècles, ont donné leur vie pour une grande cause ; de tous ceux qui, au milieu des tortures, sous la main du bourreau, alors que leurs os et leur chair, broyés par la roue ou le chevalet, n'étaient plus qu'une boue sanglante, trouvaient encore la force de dominer leurs souffrances et d'affirmer la divine justice; de ceux qui, sur l'échafaud comme sur le bûcher, vivaient déjà par anticipation de la vie glorieuse, impérissable de l'esprit!

Le problème divin étant le plus vaste, le plus profond des problèmes, puisqu'il embrasse tous les autres, a enfanté des théories, des systèmes sans nombre, qui correspondent à autant d'étapes de la pensée dans sa marche vers l'absolu.

Dans ce domaine, les contradictions abondent. Chaque religion explique Dieu à sa manière ; chaque théorie le décrit à sa façon, et de tout cela résulte une confusion, un chaos inextricable. Que de formes variées de l'idée

de Dieu, depuis le fétiche du nègre jusqu'au Parabrahm des Indous, jusqu'à l'Acte pur de saint Thomas ! De cette confusion, les athées ont tiré des arguments pour nier l'existence de Dieu; les positivistes, pour le déclarer « inconnaissable ».

Gomment remédier à ce désordre ? comment échapper à ces contradictions ? De la façon la plus simple. Il suffit de s'élever au-dessus des théories et des systèmes, assez haut pour les relier dans leur ensemble et par ce qu'ils ont de commun. Il suffit de s'élever jusqu'à la grande Cause, en laquelle tout se résume et tout s'explique.

L'étroitesse de vues a dénaturé, compromis l'idée de Dieu. Supprimons les barrières, les geôles, les systèmes fermés qui se contredisent, s'excluent, se combattent, pour y substituer les vues larges des conceptions supérieures. A certaines hauteurs, la science, la philosophie, la religion, jusque-là divisées, opposées, hostiles sous leurs formes inférieures, s'unissent et se fondent en une puissante synthèse qui est celle du spiritualisme moderne.

Ainsi s'accomplit la loi d'évolution des idées. Après la thèse, nous avons eu l'antithèse. Nous touchons à la synthèse qui résumera toutes les formes et les croyances, et ce sera la gloire du vingtième siècle de l'avoir établie et formulée.

Examinons rapidement les objections les plus communes. La plus fréquente est celle qui consiste à dire: Si Dieu existe, s'il est, comme vous le prétendez, Bonté, Justice, Amour, pourquoi le mal et la souffrance régnent-ils en maîtres autour de nous? Dieu est bon, et des millions de pauvres êtres souffrent dans leur âme et dans leur chair. Tout est douleur et déchirement dans la vie des multitudes. L'iniquité est souveraine sur notre globe, et l'ardente lutte pour Texistence y fait chaque jour des victimes sans nombre.

Ainsi que nous l'avons démontré ailleurs (1), la souffrance est un puissant moyen d'éducation pour les âmes. Elle développe la sensibilité, qui est déjà par elle-même un accroissement de vie. Parfois, elle est une des formes de la justice, un correctif à nos actes antérieurs ou lointains.

Le mal n'est que la conséquence de l'imperfection humaine. Si Dieu avait fait les êtres parfaits, le mal n'existerait pas. Mais, alors, l'univers serait figé, immobilisé dans sa monotone perfection. La magnifique ascension des âmes à travers rintini serait supprimée du coup. Plus rien à conquérir; plus rien à dési-

(1) Voir Après la Mort, deuxième partie. — Le Problème de VÊtreet de la Destinée, chap. XVIIl et XIX.

rer! Or, que serait une perfection sans mérites, sans efforts pour l'obtenir? Aurait-elle seulement un prix quelconque à nos yeux ?

En résumé, le mal n'est que le moins évoluant vers le plus, l'inférieur vers le supérieur, l'âme vers Dieu.

Dieu nous a faits libres : de là, le mal, phase transitoire de notre ascension. La liberté est la condition nécessaire de la variété dans l'unité universelle. Sans elle, la monotonie aurait fait un univers insupportable. Dieu nous a donné la liberté avec cette impulsion de vie initiale par laquelle l'être évoluera de son propre effort à travers les espaces et les temps sans bornes,! sur l'échelle des vies successives, à la surface^ des mondes qui peuplent l'immensité.

Nous émanons de Dieu comme nos penséesi émanent de notre esprit, sans le fractionner,^ sans le diminuer. Libres et responsables, nousj devenons maîtres et artisans de nos destinées. Mais, pour développer les germes et les forces! qui sont en nous, la lutte est nécessaire, la lutte contre la matière, contre les passions,| contre tout ce que nous appelons le mal. Gett< lutte est douloureuse et les échecs sont nom-| breux. Pourtant, peu à peu, l'expérience s'acquiert, la volonté se trempe, le bien se dégage] du mal. Une heure vient où l'âme triomphe des influences inférieures, se rachète et s'élève parj l'expiation et la purification, jusqu'à la vi< bienheureuse. Alors elle comprend, elle admirej

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la sagesse et la prévoyance de Dieu, qui, en faisant d'elle l'arbitre de ses propres destins, a disposé toutes choses de façon à en dégager la plus grande somme de bonheur final pour chacun de nous.

La condition actuelle de toute âme est le juste résultat de ses existences passées. De même notre existence présente enfante, jour par jour, par nos actes libres, le sort que nous subirons dans l'avenir.

D'autres objections se présentent, il en est une que nous ne pouvons négliger, car elle constitue une des questions capitales de la philosophie. On nous demande : Dieu est-il un être personnel, ou bien est-il l'Être universel, infini ? Il ne peut être les deux, car, dit-on, ces conceptions sont différentes et s'excluent mutuellement. De là, les deux grands systèmes sur Dieu : le déisme et le panthéisme. En réalité, cette contradiction n'est qu'une erreur d'optique de l'esprit humain, qui ne sait comprendre ni la personnalité, ni l'infini.

La personnalité véritable, c'est le moi, l'intelligence, la volonté, la conscience. Rien n'empêche de la concevoir sans limites, c est-àdire infinie. Dieu étant la perfection ne peut être limité. Ainsi se concilient deux notions en apparence contradictoires.

Autre chose : Dieu est-il l'inconnaissable, comme le disent les positivistes et, parmi eux, Berthelot ? Est-il l'abîme des gnostiques, l'Isis voilée des temples d'Egypte, le redoutable et mystérieux Saint des Saints des Hébreux ; ou bien Dieu peut-il être connu ?

La réponse est facile : Dieu est inconnais-

i sable dans son essence, dans ses profondeurs

l intimes, mais il se révèle par toute son œuvre,

1 dans le grand livre ouvert sous nos yeux et au

\fond de nous-mêmes.

On insiste encore : « Vous nous avez dit que le but essentiel de la vie, de toutes nos vies était d'entrer de plus en plus dans la communion universelle, pour mieux aimer et mieux servir Dieu en ses desseins. Dieu ne pouvant être connu dans sa plénitude, comment pourrait-on aimer et servir l'inconnu ? »

Sans doute, répliquerons-nous, nous ne pouvons connaître Dieu dans son essence ; mais nous le connaissons par ses lois admirables, par le plan qu'il a tracé à toutes les existences et dans lequel éclatent sa sagesse et sa justice. Pour aimer Dieu, il n'est pas nécessaire de le séparer de son œuvre, il faut le voir dans son universalité, dans le (lot de vie et d'amour qu'il déverse sur toutes choses. Dieu n'est pas l'inconnu, il est seulement l'invisible.

L'âme, la pensée, le bien, la beauté morale sont également invisibles. Et, cependant, ne devons-nous pas les aimer? Et les aimer, n'est-

ce pas encore aimer Dieu, qui en est la source, puisqu'il est à la fois la pensée suprême, la beauté parfaite, le bien absolu?

Nous ne comprenons dans leur essence aucun de ces principes. Pourtant, nous savons qu'ils sont, et nous ne pouvons échapper à leur influence et nous dispenser de leur rendre un culte. Si nous aimions seulement ce (jue nous connaissons et comprenons avec plénitude, quaimerions-nous, limités comme nous le sommes actuellement, dans les bornes étroites de notre compréhension terrestre ?

A ceux qui réclament absolument une définition, on pourrait dire que Dieu, c'est l'esprit pur, ridée, la pensée pure. Mais l'idée pure, dans son essence, ne peut être formulée sans en être aussitôt diminuée, altérée. Toute formule est une prison. Enfermée dans la geôle du mot, la pensée perd son rayonnement, son éclat, quand elle ne perd pas son sens véritable et étendu. Appauvrie, déformée, elle devient ainsi sujette à la critique et voit s'évanouir ce qu'il y avait de plus probant en elle-même.

Dans la vie de l'espace, la pensée est une image brillante. Comparée à la pensée exprimée par des mots humains, elle est ce que serait une jeune fille resplendissante de vie et de beauté, comparée à la même jeune tille couchée dans le cercueil sous les formes rigides et glacées de la mort.

Cependant, malgré notre impuissance à l'ex-

primer dans son étendue, l'idée de Dieu s'impose, avons-nous dit, puisqu'elle est indispensable à notre vie. Nous venons de voir que le Bien, le Vrai, le Beau, nous échappent dans leur essence, parce qu'ils sont de nature divine. Notre propre intelligence, elle-même, est pour nous incompréhensible, précisément parce , qu'elle renferme une parcelle divine qui la doue de facultés augustes. Et ce n'est qu'en pénétrant le mystère de l'âme humaine qu'un jour nous parviendrons à résoudre l'énigme de rÉtre infini.

Dieu est en nous et nous sommes en lui. Dieu est le grand foyer de vie et d'amour dont chaque âme est une étincelle, ou plutôt un petit foyer encore obscur et voilé qui contient à l'état embryonnaire toutes les puissances. A tel point que si nous savions tout ce qu'il y a en nous et quelles œuvres grandioses nous pouvons réaliser, nous transformerions le monde, nous relèverions d'un bond dans la voie immense du progrès.

Pour nous connaître, il faut donc étudier Dieu, car tout ce qui est en Dieu est en nous, au moins à l'état de germe. Dieu est l'esprit universel qui s'exprime et se manifeste dans, la nature, dont l'homme est l'expression la plus haute..

Tous les hommes doivent arriver à cette compréhension de leur nature supérieure; car c'est l'ignorance de cette nature et des res-

sources cachées en nous qui est la cause principale de nos épreuves, de nos défaillances et de nos chutes.

C'est pourquoi nous dirons à tous : Elevonsnous au-dessus des querelles d'école, au-dessus des discussions et des polémiques vaines. Elevons-nous assez haut pour comprendre que nous sommes autre chose qu'un rouage dans la machine aveugle du monde: nous sommes les enfants de Dieu, et, comme tels, liés étroitement à lui et à son œuvre, destinés à un but immense, près duquel tout le reste devient secondaire : ce but, c'est l'entrée dans la sainte harmonie des êtres et des choses, qui ne se realise qu'en Dieu et par Dieu !

Elevons-nous jusque-là, et nous sentirons la puissance qui est en nous ; nous comprendrons le rôle que nous sommes appelés à jouer dans l'œuvre du progrès éternel. Souvenonsnous que nous sommes des esprits immortels. Les choses de la terre sont pour nous un marchepied, un moyen d'éducation, de transformation. Nous pouvons perdre ici-bas tous nos biens terrestres. Qu'importe ? Ce qu'il faut avant tout, c'est agrandir, c'est arracher de sa gangue grossière cet esprit divin, ce dieu intérieur qui est, en tout homme, la source de sa grandeur, de sa félicité à venir. Voilà le but suprême de la vie !

Nous concluons : Dieu est la grande âme de l'univers, le foyer d'où émane toute vie, toute

lumière morale. Vous ne pouvez pas plus vous passer de Dieu que la terre et tous les êtres qui vivent à sa surface ne peuvent se passer du foyer solaire. Que le soleil s'éteigne tout à coup, qu'arrivera-t-il ? Notre planète roulera dans le vide des espaces, emportant dans sa course son humanité couchée pour toujours dans un sépulcre de glace. Toutes choses seront mortes, le globe ne sera plus qu'une immense nécropole. Un morne silence régnera sur les grandes cités endormies du dernier sommeil.

Eh bien ! Dieu est le soleil des âmes ! Éteignez l'idée de Dieu, aussitôt la nuit morale se fera sur le monde. C'est précisément parce que l'idée de Dieu est faussée, dénaturée par les uns, repoussée, méconnue par beaucoup d'autres, que l'humanité actuelle erre au milieu des orages, sans pilote, sans boussole, sans guide, en proie au désordre, livrée à tous les déchirements.

Relever, agrandir l'idée de Dieu, la débarrasser des scories dont les religions et les systèmes l'ont enveloppée, tel est le rôle du spiritualisme moderne.

Si tant d'hommes sont incapables de voir et de comprendre l'harmonie suprême des lois, des êtres et des choses, c'est que leur âme n'est pas encore entrée par son sens intime en communication avec Dieu, c'est-à-dire avec ces pensées divines qui éclairent l'univers et sont la lumière impérissable du monde.

Nous nous demandons, en terminant, si nous avons réussi à donner un aperçu de l'idée de Dieu. La parole humaine est bien faible, bien sèche et bien froide pour traiter un pareil sujet. Seule, l'harmonie elle-même, la grande symphonie des sphères, la voix de l'infini pourrait rendre et exprimer la loi universelle. Il est des choses si profondes qu'elles se sentent et ne se décrivent pas. Dieu seul, dans son amour sans bornes, peut nous en révéler le sens caché. Cette joie nous sera donnée, si dans notre foi, dans notre élan vers la Vérité, nous savons présenter à Celui qui sonde les replis les plus mystérieux des consciences, une âme capable de le comprendre, un cœur digne de l'aimer.

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