LE PETIT ROI
Par André LICHTENBERGER
Le Petit Roi, d’André Lichtenberger, que la BIBLIO- THÈQUE PLON vient d’éditer, est une des œuvres les plus émouvantes du subtil romancier de l’enfant. Après avoir décrit les enfances bourgeoises et choyées du Petit Trott et de la Petite Sœur de Trott, après s’être plu à évoquer le cadre familial où elles se déroulent protégées et heureuses, André Lichtenberger a songé à ce que pouvait êtr^celle de ces enfants royaux qui, à l'âge des jeux, n’ont d’autres compagnons que des courtisans, suspects ou des ministres valétudinaires. Et c’est ainsi qu’il nous conte la vie comprimée et triste du petit roi Michel, descendant des Kaïnof, entre les hauts murs de sa résidence, muette et sombre, dans l’atmosphère alourdie de cette cour traversée de haines et de crimes. Le pauvre petit ! La vérité terrible, effroyable, c'est qu'il n’est pas un enfant comme les autres. Quand tout se tait, quand il regarde en lui, ce qu’il entend, ce ne sont pas les voix simples et douces qui, dans les consciences des autres petits enfants, parlent comme les voix des mères penchées sur les berceaux. Autour de lui, ce ne sont que haines, convoitises, ambitions. De toutes parts, de furieux assauts sont dirigés contre le trône antique où il est appelé à tenir la place des despotes d’autrefois. Pauvre enfant! Un dur destin l’attend. Hélas! peut-être que tout ce qui se débat et s’entre-déchire autour de Michel est peu de chose à côté de tout ce qui s’agite dans son âme. Il y a en lui des lueurs exquises, le désir d’être bon, des intuitions délicates, adorables — et il y a l'hérédité effroyable et maudite dont il est issu. Il y a tous les Kaïnof, jusqu’au dernier : la brute sanguinaire que fut le roi Borgus son père. Il y a sa mère, poupée frivole et tendre qui l’abandonna. C'est de tout cela que Michel est pétri : c’est contre tout ce legs qu’il a à lutter. Rien de plus pathétique que l’angoisse du Petit Roi, qui voulant le bien fera peut-être le mal et dans tous les cas est voué à la souffrance.
Cette enfance malheureuse, qu’éclairent les douces figures de Barbara et de Nelly, la vision de Lillie, lumineuse et légère, a inspiré à André Lichtenberger une œuvre sensible et romanesque de la plus délicate qualité littéraire.
BIBLIOTHÈQUE PLON