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le nom de Fontana del Fico, et les paysans du voisinage en ont curé et rétabli les conduits antiques pour leur propre usage, il y a une dizaine d'années. Elle ne tarit jamais en aucune saison, et donne une eau d'une fraîcheur et d'une pureté exquise
Un ravin, appelé Valle del Marinaro, sépare le groupe oriental des ruines de la ville du plateau de La Gaccia di Favella délia Corte, appartenant au prince de Piedimonte, qui y a une maison destinée à servir de rendez-vous de chasse. Toute la superficie en est occupée par une vaste nécropole, que recouvre actuellement un bois taillis servant de réserve pour le gibier. Les tombes, en forme de sarcophages, composés de dalles de tuf et recouvertes d'autres dalles posées à plat, y affleurent partout la surface de sol. Les paysans y font souvent des recherches clandestines et en retirent des vases peints à figures rouges, pour la plupart de l'époque de la décadence. De distance en distance, au milieu de ces sépultures, qui sont celles du vulgaire, des tombes de personnages plus importants sont indiquées par des tumulus, quelquefois d'un développement considérable, que dans le langage du pays on appelle timponi quand ils sont de grande proportion, et timparelli quand ils sont plus petits. L'étendue apparente de cette nécropole est de deux kilomètres. Mais la chaîne des tumulus de dimensions diverses est bien autrement prolongée. On en rencontre encore, échelonnés à d'assez grands intervalles, sur une ligne qui se suit dans la direction de l'est-sud-est jusqu'à la Torre di Ferro, jalonnant la rive droite de l'ancien cours du Grathis ; deux, les Timparelli Abbenanti sont sur la rive gauche, au milieu des prairies. A l'est de la Torre di Ferro et de la ligne du chemin de fer, en allant vers la mer, ils se multiplient de nouveau, et l'on en compte trente-huit, tous importants et quelques-uns énormes, qui forment une série continue sur un parcours de 4 kilomètres, dessinant clairement la di-
rection du cours antique du fleuve, qu'ils longeaient, et la courbe du rivage méridional de l'anse qui servait de rade | à l'embouchure du Crathis et du Sybaris, aujourd'hui comblée par des atterrissements modernes. L'épaisseur des alluvions formées depuis l'antiquité ne permet plus ici de reconnaître si, comme il est probable, des tombes plus modestes environnent les tumulus ; des excavations permettraient seules de s'en assurer.
Le gouvernement italien a fait exécuter en février et mars 1879, sous la direction intelligente de M. l'ingénieur Cavallari, de Cosenza, des fouilles dans la nécropole delà Caccia di Favella. On a ouvert un certain nombre de tombeaux, qui avaient été déjà violés et où l'on n'a rien découvert de plus ancien que l'époque où fleurissait Thurioi. L'entreprise principale a été l'exploration du plus grand tumulus de la région, cône surbaissé, d'une hauteur de 9m. oO et d'un diamètre de 28 mètres à sa base. En l'éventrant de part en part jusqu'au sol vierge, on a constaté que, pour la sépulture du mort auquel ce monument avait été consacré, les Thuriens avaient creusé d'abord une fosse peu profonde sur laquelle avait été disposé le bûcher. Après 'la crémation, l'on avait laissé intact l'amas de charbon et de cendres qui en était résulté ; les ossements calcinés du défunt y étaient mêlés et par leur position laissaient voir qu'il avait été couché sur le bûcher, la tète du côté de l'occident, paré de bijoux qui ont été retrouvés en partie non altérés par le feu. Un linceul blanc avait été soigneusement étendu sur ces cendres; au moment de l'ouverture du tombeau il apparut un moment intact, mais tomba bientôt en poussière au contact de l'air. Cette première opération terminée, les ensevelisseurs avaient construit autour des restes du bûcher un sarcophage, long intérieurement de 2 m. 50 et large de i mètre, fait en grand blocs de tuf, avec un épais couvercle en dos d'âne, composé de trois morceaux. Dans le sarcophage on n'avait déposé, en fait d'objets,
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que deux cassettes de bois incrusté 'd'élégantes palmettes d'un bois plus précieux, qui avaient été placées àla tète et aux pieds du mort ; les fragments ont pu en être préservés. Autour du sarcophage, extérieurement, des vases de terre peinte avaient été rangés ; on n'en a retrouvé que les débris, écrasés par le poids de la masse de terre qu'ils avaient eu à supporter. En effet, c'est par-dessus qu'avait été élevé le tumulus, composé de quinze couches différentes de terres amoncelées successivement. Aux deux tiers de la hauteur et au sommet, deux couches de charbons mêlés de fragments de vases peints brisés, semblaient attester des sacrifices funèbres offerts sur le tumulus pendant sa construction, sacrifices à la suite desquels ont aurait rompu les poteries qui y avaient été employées.
Parmi les bijoux recueillis au milieu des cendres étaient deux petites lames d'or très minces, plusieurs fois enroulées sur elles-mêmes. Soigneusement déployées au Musée de Naples, on a reconnu qu'elles étaient couvertes d'inscriptions grecques tracées en caractères très fins, qui ont été étudiées et déchiffrées par le savant professeur Comparetti, le premier helléniste de l'Italie. L'une de ces inscriptions est une invocation, conçue dans un dialecte singulièrement mêlé de formes attiques et doriques, qui donne peut-être une idée de ce qu'était le parler de la population de Thurioi, composée en même temps d'Athéniens et de Péloponnésiens. Elle s'adresse aux principales divinités de la théogonie de l'orphisme, Phanès, Prôtogonos, Gê ou la Terre, qualifiée de mère universelle (uajjLixâTwp), Gybèle, Dêmêtèr et Gorê. Ce qui rend cette invocation très difficilement intelligible, c'est qu'elle est entrecoupée de ces mots mystérieux et barbares qu'on employait dans les cérémonies magiques et qu'on inscrivait sur les talismans. L'autre inscription n'offre aucune difficulté dans son explication. G'estun adieu au mort, composé de vers de mètres divers, puisés à droite et à gauche dans des hymnes mystiques.
« Quand l'âme abandonne la lumière du soleil, elle a « affaire à celui dont la pensée est droite et juste, qui ob- « serve toutes choses et qui en tient compte. Adieu! En « souffrant la mort, tu n'as en réalité rien souffert. D'homme « misérable, tu deviens dieu. Tu es comme un chevreau « qui se baigne dans le lait. Adieu ! adieu ! toi qui prends la « bonne route vers les prairies sacrées et les bocages de « Perséphonê. »
Nous avons ici l'affirmation énergique de la vie future et de la béatitude éternelle des justes, sous la forme symbolique qui lui avait été donnée, au témoignage de toute l'antiquité, dans les mystères d'Eleusis et qui était aussi admise dans les mystères dionysiaques delà Grande-Grèce. Le grand tumulus de La Caccia di Favella recouvrait donc le corps d'un personnage qui avait été initié à ces derniers mystères, pénétrés d'influences orphiques. La forme des lettres employées dans les inscriptions des lames d'or et le style des fragments de vases à figures rouges recuellis dans la fouille, attestent qu'il reçut la sépulture aux alentours de l'an 400 av. J.-C, c'est-à-dire au temps le plus florissant de Thurioi.
Depuis , de nouvelles fouilles dirigées encore par M. l'ingénieur Cavallari, au commencement de 1880, ont amené l'ouverture de trois autres tumulus de la même époque, où l'on a trouvé, toujours à la même place, trois autres lames d'or portant des formules mystiques analogues. Le mémoire, lu à l'Académie des Lincei de Rome, que M. Comparetti a consacré à leur étude, n'a pas encore paru lorsque j'écris ces pages. Nous savons seulement que les mêmes idées eschatologiques s'y trouvent exprimées, dans des termes tout à fait analogues (1). On avait déjà plus ancien- .ajl
(1) Pendant l'impression, je reçois la publication de .M. Comparetti. Je puis donc en extraire la traduction du texte des nouvelles lames d'or de Thurioi, dont le début répète toujours les mêmes formules.
Première lame :
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nement découvert dans des tombes helléniques, sur d'autres points de la Grande-Grèce, des monuments de la même nature et nous y reviendrons dans un autre chapitre, en essayant de préciser les croyances auxquelles ils se rapportent.
A part les lames d'or, qui ont été envoyées à Naples, tous les objets trouvés dans les excavations forment le noyau d'un petit musée du municipe de Gorighano. La collection, quoique bien restreinte encore, mérite la visite du voyageur archéologue. C'est d'ailleurs à Gorigliano que l'on fera bien de descendre pour visiter les sites de Thurioi et de Sybaris. Là, seulement, le touriste peut trouver des voitures à louer et une bonne route qui l'amènera
« Je viens du milieu des hommes purs, ô vous, pure Reine des en- « fers, Euclês et Eubuleus, et vous tous, dieux bienheureux! Car je me « vaute d'appartenir à votre race fortunée. Mais la Parque m'a terrassé, « et les autres dieux m'ont abattu de leur foudre et de leur tonnerre. « Je me suis envolé du cercle du deuil et de la souffrance; d'un pied « rapide j'ai gagné la couronne désirée, et je me suis glissé dans le sein « de la Dame reine des enfers. Heureux et bienheureux, tu vas être, « ô moi-même, un dieu au lieu d'un mortel. Je suis comme un che- « vreau qui se baigne dans le lait. »
Deuxième et troisième lame (le texte y est identique) :
« Je viens du milieu des hommes purs, ô vous, pure Reine des en- « fers, Euclês et Eubuleus, et vous tous, dieux bienheureux! Car je me « vante d'appartenir à votre race fortunée. Mais j'ai payé la peine de « mes manquements à la justice. La Parque m'a terrassé, et les autres « dieux m'ont abattu de leur foudre et de leur tonnerre. Et mainte- « nant je viens en suppliant devant la sainte Perséphonê, pour qu'elle « m'introduise avec bienveillance dans les demeures bienheureuses des « hommes pieux. »
Nous avons là, bien évidemment, des fragments d'une liturgie.
La même livraison des Notizie degli scavi, publiées par le Ministère de l'Instruction publique du royaume d'Italie, m'apporte une inscription grecque en caractères achéens de l'époque lapins archaïque, découverte depuis mon voyage auprès de la Massaria di Sansone, dans les ruiuet de Métaponte, inscription dont je n'avais pas connaissance en rédigeant le chapitre relatif à cette ville. Elle établit que le temple situé sur ces emplacement était dédié à Apollon Lyceios.
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sans difficulté sur le terrain où les antiquités sont visibles. En s'arrêtant à la station de Buffaloria, Ton ne trouverait pas d'autres moyens de transports qu'une misérable charrette, avec laquelle il faudrait se lancer dans les chemins remplis de fondrières de la maremme, et, à moins de se condamner à un énorme détour pour gagner le pont de Terranova, on n'aurait pour traverser le Grati qu'un gué singulièrement large, profond et dangereux, que des buffles vous font passer à grand peine et qui devient absolument impraticable après toutes les pluies.
J'ai parlé d'abord de Thurioi, parce que cette ville seule a laissé des ruines visibles et appréciables, qu'on doit prendre pour point de départ dans l'étude de la topographie de la contrée et dans la recherche de l'emplacement, si contesté jusqu'ici, de Sybaris. Aucun vestige quelconque ne marque cet emplacement. Mais, à mon avis, sa détermination, sur les lieux mêmes, est mathématiquement certaine, et résulte des indices topograpliiques les plus formels. Si la question a paru obscure, c'est que, jusqu'à ce jour, presque aucun savant n'a pris la peine d'aller l'étudier sur place ; les géographes ont voulu la trancher de loin, d'après des cartes très imparfaites. Les conclusions de mon exploration personnelle sont, du reste, absolument conformes à celles des études de M. l'ingénieur Gavallari, qui, en publiant tout dernièrement un magnifique plan de la contrée au 1/50,000, a donné les moyens de les contrôler à la classe nombreuse des topographes en chambre.
Trois faits, attestés parles plus hautes autorités de l'antiquité, dominent toute la question du site de Sybaris, et ne permettent de le placer que sur un seul point.
La ville de Sybaris était dans le fond de la vallée, entre les deux fleuves Grathis et Sybaris, qui coulaient alors parallèlement, séparés quoique très voisins, jusqu'à la mer, au lieu de se réunir en un seul comme aujourd'hui.
Après sa destruction, les Grotoniates détournèrent le
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cours du Crathis pour le faire passer sur l'emplacement de la ville, et par là le conduisirent à terminer sa course, jusqu'à la mer, dans le lit qui était originairement celui du Sybaris seul.
Au temps d'Hérodote, l'ancien lit desséché du Crathis était parfaitement visible immédiatement auprès de Thurioi. On l'appelait Crastis, et c'était sur ses bords que se trouvait le temple d'Athèné Crastia, la déesse dont la tète décore les monnaies de la troisième Sybaris et de la ville fondée par les Athéniens,
Bien que vingt-trois siècles se soient écoulés depuis Hérodote, le lit desséché qu'il signale est encore très bien conservé et se suit sur le terrain, où il forme un ravin profond, sur un parcours de 5 kilomètres 1/2, depuis le pied du plateau des Muraglie, que le fleuve enveloppait originairement de trois côtés, jusqu'au remblai du chemin de fer. Il court directement du sud-ouest au nord-ouest, passant par le vallon du Marinaro et laissant sur sa gauche le mamelon qui porte les ruines de l'extrémité orientale de la ville de Thurioi. On l'appelle encore Crati Vecchio. Ce lit plus droit avait une pente plus rapide que celui du Crati actuel. Les eaux du tleuve étaient donc moins stagnantes, ce qui diminuait beaucoup l'insalubrité du canton. Au delà du remblai du chemin de fer, le lit originaire du Crathis se perd dans les prairies. Mais la ligne serrée des tXimulus appelés Timpe del Marchese, qui en jalonnaient sûrement la rive droite, en marque le tracé jusqu'au grand tumulus du Parco Calzetta, élevé au point même où il se jetait dans le mer.
C'est donc sûrement du bas de l'extrémité nord dû plateau des Muraglie que les Crotoniates, en 510, ouvrirent la saignée destinée à submerger la ville qu'ils venaient de détruire, et à en ensevelir les ruines sous l'accroissement rapide des alluvions du fleuve. Le lit artificiel qu'ils donnèrent ainsi au Crathis, au lieu de suivre la pente natu-
relie du terrain, se dirige d'abord droit vers le nord, revient ensuite au sud, pour remonter au nord et revenir encore au sud. Ces méandres calculés pour faire passer et repasser les eaux sur un espace de terrain assez restreint, donnent bien l'idée d'un travail conçu pour l'objet que poursuivaient les Crotoniates. Gomme ils se replient sur un niveau absolument horizontal, le fleuve y dort paresseusement et y étale ses eaux sur une grande largeur. Il ne reprend un peu de pente qu'au delà du gué appelé Passo dei Buffali, pour aller rejoindre le Coscile, l'ancien fleuve Sybaris.
De ces circonstances topographiques, singulièrement claires sur les lieux, mais dont on peut aussi se rendre compte sur le plan, il résulte que le site de la grande cité achéenne ne peut être cherché qu'entre le point où le Crati abandonne son lit primitif, et celui où il s'unit au Coscile, dans le fond de vallée que bordent au sud les collines de Thurioi, au nord celles de la Serra Pollinara, puis le cours du Coscile, et où le Crati décrit les sinuosités dont je viens déparier. Or ce fond de vallée offre précisément la superficie de Taire que réclamait l'étabhssement d'une ville de l'étendue que les témoignages anciens attribuent à Sybaris. Deux circonstances viennent encore confirmer cette détermination d'emplacement. Il y a quelques années on a retiré du lit même du Crati, sur un des points du parcours que je viens d'indiquer, de grandes dalles de tuf provenant du pavement d'un édifice important; elles ont été employées dans une construction voisine, du canton appelé Pattursi. Près de là, on remarque aussi dans le lit de la rivière un mur de construction liellénique fort ancienne, qui a été déjà signalé par Keppel Craven et qui doit provenir d'une enceinte fortifiée. Au-dessus de ce point même, sur un étroit promontoire détaché des collines de la Serra Polfinara, une fouille dirigée par M. Cavallari a fait retrouver les restes d'un petit temple, dont il n'a pas pu achever le
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déblaiement, mais dont les antéfixes de terre cuite portent incontestablement le cachet de l'art archaïque du vi« siècle avant notre ère. C'était une chapelle que les Sybarites avaient élevée à quelqu'un des dieux, dans le voisinage prochain de leur ville.
Nous sommes donc certains de l'endroit où la magnifique et molle Sybaris dort, depuis vingt-quatre siècles, sous l'herbe luxuriante des prairies, couverte de l'épais linceul d'alluvions qui n'en laisse plus apparaître au jour un seul vestige. Malgré cette absence de toute ruine extérieure, c'est à coup sûr qu'on peut y ouvrir le sol pour la chercher. Elle est là, sur cet emplacement si bien délimité, et ne peut être nulle part ailleurs. Seulement les fouilles y demanderaient des frais énormes. C'est par centaines de mille francs qu'il faudrait en établir le devis à l'avance. Il s'agit, en effet, d'aller chercher le sol antique sous 5 ou 6 mètres au moins de limon, bien au-dessous du niveau actuel du sol, dans un terrain où l'on rencontre l'eau à 1"'75 de profondeur. Aucun travail n'y est donc possible sans installer des pompes à vapeur fonctionnant constamment pour épuiser les tranchées.
Mais aussi quels merveilleuxrésultats attendent celui qui aufa le courage d'entreprendre cette tâche herculéenne! Quelles que soient les sommes à dépenser, on peut tenir pour assuré qu'on n'aura pas à les regretter. On parle beaucoup de la science dans le temps actuel, et certainement les pouvoirs publics déploient la plus louable libéralité pour servir ses intérêts et contribuer à ses progrès. Mais chez nous, dans les sphères officielles, on est trop disposé à ne faire profiter de ces dispositions libérales que la chimie, l'astronomie ou l'histoire naturelle. Loin de moi la pensée de me plaindre que l'on fasse trop pour elles. Seulement il serait temps de s'inspirer un peu de l'exemple donné aux assemblées de notre pays par la Chambre des Communes d'Angleterre et le Reichstag de Berlin, dans les
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larges subventions qu'ils ont accordées sans marchander aux fouilles d'Halicarnasse, d'Éphèse, d'Olympie et de Pergame. L'exhumation des grandes œuvres de Fart antique n'est pas un moindre service rendu à la civilisation que la découverte d'une combinaison chimique inconnue ou d'un nouveau corps simple. On le comprend à l'étranger; on le comprenait autrefois dans notre pays, mais voilà trop longtemps que la France a cessé de tenir un rang digne d'elle dans la carrière des grandes explorations archéologiques, des fouilles monumentales, où elle a récolté autrefois tant de gloire avec l'expédition d'Egypte, la commission de Morée, les travaux de Champolhon et de Botta, et 011 ses rivaux s'honorent aujourd'hui. On se préoccupe de relever le niveau des études classiques, de leur rendre la vie qu'elles ont perdue. Le premier et le plus sûr moyen de reporter sur elles le goût public est d'intéresser l'honneur national à ces entreprises, qui servent si puissamment l'art et l'érudition, et qui réveillent de leur tombe les splendeurs du passé. Mais il importe de se hâter», si nous voulons nous décider à renouer la chaîne d'une des plus brillantes traditions de notre pays, en rivalisant avec l'exemple des Anglais et des Allemands. Le nombre des localités du monde classique où|'des fouilles peuvent être vraiment fructueuses n'est pas inimité. Quelques-unes des mines dont l'exploration paraissait devoir être la plus productive, et l'a été dans la réahté, sont déjà épuisées. C'est à peine s'il en reste cinq ou six encore auxquelles personne n'a touché, mais qui nepeuvent demeurer bien longtemps intactes. Craignons qu'un jour prochain ne vienne, où les gouvernants de la France se repentiraient trop tard de leur longue indifférence en voyant qu'ils auraient laissé passer, pour qu'elle ne se retrouve phi s, l'occasion d'ajouter un fleuron nouveau à la couronne de notre patrie.
De tous les lieux dont l'exploration archéologique au moyen de fouilles reste encore à faire, celui où elle don-
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nera les résultats les plus sûrs et les plus capitaux, je n'hésite pas à le dire, est Sybaris. La destruction de cette ville a été si brusque qu'elle peut se comparer à celle des villes ensevelies par le Vésuve dans son éruption de l'an 79. La haine des Crotoniates a renversé les édifices de la cité proscrite, mais cette destruction même, ainsi opérée, en a mis les débris à couvert des ravages ordinaires du temps. La précaution prise par les destructeurs pour faire disparaître en peu d'années les ruines qu'ils avaient faites, sous le limon apporté par le fleuve, a été aussi conservatrice que la pluie de cendres du volcan de la Campanie. Elles ont échappé par là à ce lent anéantissement qui attend touLes les ruines que l'on peut exploiter en guise de carrière. C'est un véritable Ponipéi du vm'' au vi'' siècle avant l'ère chrétienne, qui est enfoui sous ]a maremme où serpente lentement le Crati. Et c'est même trop peu que de dire un Pompéi, car il ne s'agit plus seulement là d'une petite ville de troisième ou quatrième ordre, mais bien de la plus grande et de la plus riche cité de l'époque. Une civilisation tout entière, encore imparfaitement connue, sortira de ces ruines. Ce sera une véritable résurrection, qui la prendra sur le point même où elle avait atteint son plus haut degré de développement, et cela sans aucun mélange des âges postérieurs. Le sol de Sybaris, sous la pioche des excavateurs, rendra le tableau complet de la culture grecque dans les siècles où précisément elle commença à avoir conscience d'elle-même, et à prendre une physionomie propre. Peut-il y avoir quelque chose de plus intéressant pour l'histoire?
Songeons que les temples de Poseidonia-Psestum sont un des types les plus justement admirés de l'architecture grecque dans ce qu'elle a de viril et de plus grandiose. Or, ces temples ne sont que ceux d'une ville secondaire, colonie de Sybaris, elle plus beau de tous a été élevé dans le temps où Poseidonia en dépendait et devait en recevoir ses
artistes. Que doivent donc être ceux de sa métropole. 11 y a certainement, sous les couches d'alluvion qui recouvrent Sybaris, des temples aussi gigantesques que ceux de Sélinonte, avec des sculptures du même temps, et plus intéressantes encore peut-être, qui gisent renversés, mais sans qu'aucun débris ait pu en être distrait. Voilà ce que des fouilles poursuivies sur une grande échelle dans la vallée du Crati restitueront au jour, ce qui viendra récompenser les efforts et les dépenses de ceux qui les entreprendront. Les obstacles à vaincre sont grands, mais ils ne sont pas insurmontables. Les Anglais ont rencontré les mêmes à Éphèse, et ils en sont venus à bout. Et la Grande-Bretagne ne regrette pas aujourd'hui les sommes énormes que son Parlement a mises à la disposition de M. Wood, pour retrouver le temple d'Artémis Éphésienne.
Les fouilles de la nécropole de Sybaris rencontreront moins de difficultés et demanderont moins de frais. Dans leur genre elles ne seront pas moins importantes, ni moins fructueuses. Ici Ton sera sur un terrain plus solide, et la ligne des tumulus détermine sans hésitation possible les points où on la trouvera. On pourrait commencer par là, pour satisfaire l'impatience de ceux qui demandent des résultats immédiats, et encourager ensuite à poursuivre la partie principale de l'entreprise, mais aussi la plus difficile et la plus coûteuse, les fouilles de la ville même. Si j'avais voix au chapitre, si l'on me demandait une direction et des conseils, j'indiquerais comme premier début, pour lequel suffirait une courte campagne d'essai et une dépense relativement minime, l'exploration des grands tumulus les plus voisins de la mer. Ils recèlent indubitablement sous leur masse des sépultures importantes, et il y a de grandes probabihtés à ce que ces sépultures soient de l'âge de la splendeur de Sybaris.