OXFORD
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sur le piédestal d'une des colonnes monumentales antiques
I qui marquaient la terminaison de la Voie Appienne, Tins-
' cription commémorative de la reconstruction de la ville
• par ses soins, après une des destructions de Brindisi par
les Musulmans, à une date que Ton ne saurait préciser
dans la fin du ix* siècle ou le commencement du x*.
En 921, la Calabre, poussée à bout par le mauvais gouvernement du straligos Jean Muzalon, se révolta et se donna à Landolfe, prince de Capoue, qui, du reste, lui-même était compté comme vassal de l'empire et en avait reçu les titres honorifiques d'anthypatos pairicios. Cette insurrection, comme nous l'avons raconté au chapitre de Rossano, devint pour le pays la source d'effroyables désastres, qui dégoûtèrent les habitants de toute velléité de chercher un autre protecteur que l'empereur et ses officiers. Aussi futelle la dernière tentative de cette province pour sortirde la sphère de l'action byzantine directe. Lorsqu'à l'avènement de Romain Lécapène, l'habile éloquence du patrice Cosmas de Thessalonique eut décidé Landolfe à évacuer de bonne grâce les parties du territoire de la Calabre qu'il détenait encore, les Calabrais prouvèrent leur fidélité à l'empire en lui rendant un service des plus signalés. Us arrêtèrent à la fois les ambassadeurs bulgares qui revenaient de la cour du khalile fatimite de Kairoân, et les ambassadeurs arabes I qui allaient avec eux conclure un traité d'alliance offensive \ et défensive avec Siméon, roi de Bulgarie. Us fournirent ainsi à Romain les moyens de dissoudre, avant qu'eUe n'eût été formée, la coalition des Bulgares et des Musulmans d'Afrique, qui eût pu devenir fatale à l'empire. Le Basileus paya ce service en accordant de nomb^jeusei^faveurs à leur pays. La Calabre du x* siècle, à partir de ce moment, devint teUe que nous l'avons vu dans la vie de 1 saint Nil, complètement grecque de cœur comme de lan- ' gue et de mœurs.
Survint, après de nouveaux désastres encore, la grande
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mission de restauration, de relèvement et de réorganisation des provinces italiennes de la monarchie, confiée par Tempereur Nicéphore Phocas au magistros Nicéphore. Elle ouvre réellement une ère nouvelle pour rilalie byzantine, pour la Calabre et la Terre d'Otrante, qui à dater de ce moment, sans avoir complètement repris la sécurité, commencent à respirer, guérissent leurs plaies, et qui souffriront encore à diverses reprises des incursions musulmanes, mais ne re verront plus des maux pareils à ceux qu'elles ont souffert pendant près d'un siècle et demi. C'est alors que Tarente est rebâtie, Catanzaro fondé, avec la localité voisine de Rocca Niceforo et peut-être Taverna. Ces rétablissements et ces fondations de villes sont accompagnées d'une colonisation nouvelle, amenée de l'autre côté de la mer Ionienne, qui vient encore renforcer l'élément grec et assurer sa prépondérance exclusive.
Aussi, quelques années après, la grande expédition d'Othon II ne rencontre-t-elle aucune sympathie dans la population de la Calabre et de la Terre d'Otrante. Les Allemands et les Italiens qui servent sous leur bannière emportent Tarente, Rossano, Cotrone, et s'avancent jusqu'à Slilo. Tout plie sur le passage du torrent ; mais il suffit d'une / grande bataille perdue pour faire évanouir tout l'édifice de cette conquête étrangère, qui n'a pas su se faire un ami. L'empereur d'Occident parvient avec peine à s'enfuir presque seul jusqu'à Rome, et l'échec de sa tentative pour se rendre maître du midi de l'Italie fournit à Basile II 1 l'occasion de donner à la domination grecque, sur ces contrées, plus de cohésion et d'étendue, en la portant sur l'Adriatique jusqu'au Tronto. C'est alors que le gouvernement byzantin des provinces italiennes s'organise d'une manière plus forte et plus centralisée sous Tautorité du catapan a qui réside à Bari. L'origine du titre bizarre donné a ce ' vice-roi, dont les pouvoirs offrent la plus grande analogie avec ce qu'avait été celui des exarques, demeure fort douu 26
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teuse. Beaucoup de pliilologues voient dans catapanosnae corruption de capetanos. Mais les contemporains, peut-être par un calembourg plutôt que par une véritable étymologie, trouvaient dans cette expression cata et pan et la regardaient comme impliquant la réunion de la plénitude de Tautorité civile et militaire dans les mêmes mains. C*est ainsi que l'explique Guillaume de la Fouille :
Quod Catapan Greci, no^jnxta dicimus omne; Quisquis apud Danaos vice fungitur hujus honoris, Dispositor populi parai omne quod expedil iili, El jiixta quod cuique dari decet, omne mînistrat.
Pendant toute la première moitié du ix* siècle, sous Tadministration des catapans, un contraste absolu s*observe, dans ce qui est de la nationalité, de la langue, des rapports avec le gouvernement impérial de Constantinople et de la façon dont il est accepté, entre TApulie, d'une part, la Calabre et la Terre d'Otrante, de Tautre. Ces deux dernières provinces sont grecques de langue, d'esprit et de religion. Nicéphore Phocas, en y interdisant l'usage du rite latin et du pain azyme dans la célébration de la messe, n'a rencontré aucune résistance à cette destruction des derniers vestiges de latinité ecclésiastique. Mais ni lui, ni ses successeurs n'ont osé étendre l'application de semblables mesure à l'Apulie, qui est restée latine en religion. En de* hors des villes de la côte, où l'élément grec, introduit par l'administration et le commerce, est nombreux et puissant, la population de l'Apulie reste en grande majorité italolombarde d'origine et de langage. Aussi ne se résignet-elle pas volontiers à l'administration des Byzantins. Les mouvements populaires qui s'y produisent à chaque instant, les grandes rébellions de Smagardo et de Helo, attestent la naissance d'un sentiment national propre, qui se développe avec une énergique vitalité. Il compte de nombreux partisans jusque dans les villes maritimes, où les
deux éléments, grec et italo-lombard, se balancent également. Bari même, le siège du gouvernement, passe incessamment de la soumission à la révolte, suivant que Ton des deux partis y prend le dessus. Ce que réclamait alors le sentiment national de TApulie, ce n'était pas précisément la rupture de tout lien avec l'empire d'Orient ; MeLi lui-même, quoique lombard d'origine, n'y a pensé et n'a été mendier des secours en Allemagne que dans le désespoir de l'échec de sa troisième tentative. Ce que voulaient les Apuliens du xf siècle, c'était échapp er à l'autorité de gouverneurs étrangers, qui ne venaient dans le pays que pour le pressurer, c'était acquérir, sous la suprématie de l'empire, la liberté de leur vie nationale, s'administrer euxmêmes, former une principauté vassale possédant son autonomie intérieure, aux mêmes conditions que les principautés de Capoue et de Salerne, qui reconnaissaient la suzeraineté de Constantinople, ou que le duché de Naples et la république d'Amalfi, bien plus attachées à l'empire, et dont la fidélité même tenait au respect que les Byzantins avaient toujours eu pour leurs libertés nationales. Il eut été facile aux empereurs d'Orient de donner satisfaction à ces vœux de TApulie. Si leur politique avait eu la sagesse de le faire, tout eu maintenant le système de l'administration directe par les fonctionnaires envoyés de Constantinople dans la Calabre et la Terre d'Otrante, qui n'y avaient aucune répugnance, il est probable que la domination byzantine aurait pu se prolonger encore dans le midi de l'Italie. Car l'entreprise des Normands n'aurait pas rencontré à ses débuts les facilités et l'appui que lui offrit le mécontentement de la population de l'Apulie. Là ils se * présentèrent et furent accuéîlirs d'abord comme des libérateurs ; dans la Calabre, au contraire, ils furent toujours des conquérants, qui durent soumettre le pays péniblement et pied à pied.
Il faut le noter cependant, tout en résistant encore à une
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hellénisation complète, TApulie commençait à entrer dans la voie de cette transformation quand les fils de Tancrède de Hauteville Tarractièrent aux Byzantins. Sa soumission à Tautorité impériale devenait plus grande; il y avait près de trente ans qu'on n*y avait vu d'insurrection. Les mœurs gréco-byzantines prenaient chaque jour plus d'empire sur la population italo-lombarde de cette contrée. Déjà dans le début du XI* siècle, Melo lui-même, le grand patriote apulien, l'indomptable adversaire de la domination grecque, est décrit par Guillaume de la Fouille comme portant, à la mode des nobles de son pays, le costume grec, quand il a sa première entrevue avec les chevaliers normands venus en pèlerinage à Monte-Sant'-Angelo :
Ibi quemdam çonspidentes
More virum Greco vestitum nomine Melum, Exulis ignolam vestem, capitique iigato Insolitos mythre mirantur adesse rotatus.
Son flls Argiro (Argyros, un nom grec), élevé à Constaûtinople dans les mœurs et dans les lettres byzantines, fut proclamé duc d'Apulie par le peuple de Bari à la suite des premiers succès des Normands à Melfi, sur TOfanto et à Montepeloso. Les Normands, mécontents d'Aténulfe, frère du prince de Bénévent, qu'ils avaient mis à leur tète après s'être débarrassés du Milanais Ardoino, lequel les avait le premier conduits à la conquête du pays, se donnèrent un moment, en 1042, à Argiro, et c'est avec lui qu'ils firent le siège de Trani. Mais bientôt le fils de Melo s'aperçut que ces nouveaux venus ne se contenteraient pas d'être des aventuriers bien payés, comme les Varanges, ces autres Normands venus delà Norvège,, qui servaient dans les armées byzantines et que Basile Boiôannis opposa victorieusement, en 1019, sur le champ de bataille de Cannes à Oilbert Drengot et à ses compagnons, Georges Maniacès, en 1042, entre Monopoli et Matera, à Guillaume Bras-de Fer
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et à ses frères. Les aventuriers venus de Normandie voulaient mieux, s'emparer du pays, « gaigner terre » comme on disait alors; Argiro devina vile en eux, au lieu de simples auxiliaires, de nouveaux maitres, dont le joug serait plus difficile à secouer que celui des Grecs. Il profita donc des circonstances particulières qu'avait produites la rébeUion du catapan Georges Maniacês, assumant à Ta-/ rente la dignité impériale, pour se rapprocher de la cour de Constantinople et en faire reconnaître Tautorité que lui avait décernée par acclamation le peuple de Bari. L'empereur en fit son représentant dans la Fouille, avec les titres pompeux de protospathaire, de patrice, de catapan, de sebastos, de duc d'ItaL'e et de Sicile. C'est alors que les chevaliers de Normandie renoncèrent à masquer le véritable but de leur entreprise en se donnant pour les subordonnés d'un chef indigène, et, réunis à Melfi en septembre 1043, élurent Guillaume Bras-de-fer comte des Normands de la Fouille. Argiro devint à dater de ce moment leur adversaire le plus implacable. Réunissant dans une même pensée de résistance à ces nouveaux venus les deux partis des patriotes indigènes et des byzantinophiles, qui avaient jusqu'alors divisé Bari et les villes maritimes du voisinage, il en fit une principauté qui resta plus longtemps que la Calabre elle-même aux mains de l'empire de Constantinople, et ne fut réduite par les Normands qu'en 4069. Ainsi le fils de celui qui, au commencement du siècle, avait été le principal adversaire de la domination grecque, au nom du patriotisme apulien, était devenu, vingt-cinq ans plus tard et par le même sentiniHnt, le dernier champion de cette domination.
Est-il besoin de rappeler ce que les Normands euxmêmes, après la conquête, dans la première période de leur domination sur le midi de l'Italie, empruntèrent à la civilisation gréco-byzantine ? Non seulement ils adoptèrent le grec comme une des langues officielles de leur chancel-
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lerie, parce qu'elle était celle d'une partie de leurs sujets, mais leur architecture reste entièrement byzantine jusque vers 1125. Les premières monnaies qu'ils frappent dans la Fouille et dans la terre d'Otrante sont imitées de celles de l'empire d'Orient. Le costume nouveau, caractérisé par la robe longue à l'orientale et par une sorte de bonnet phrygien, que rOccident tout entier adopte vers 1090, un peu avant la première Croisade, à la place du costume court qui prévalait jusqu'alors, leur y a dû, comme l'a remarqué M. Quicherat, sa première introductiop. Et il n'est pas autre chose que le costume grec que nous avons vu porté par Melo dans les vers de Guillaume de la Fouille.
La conquête normande eut pour résultat d'établir le régime féodal dans l'Italie méridionale, où, jusque-là, il n'avait pas été introduit , ou du moins constitué d'une manière complète et régulière. La plupart des villes importantes parvinrent cependant à échapper à ses rigueurs. Suivant l'exemple que Melfi avait donné, en faisant jurer aux Normands de respecter ses franchises avant de leur ouvrir ses portes et de se déclarer pour eux, elles ne se soumirent aux conquérants qu'en stipulant, par des capitulations en forme, le maintien du régime municipal qui, dans l'empire byzantin était resté comme une tradition romaine, et qui, chez elles, s'était puissamment renforcé dans les épreuves du ix® et du x® siècle, alors que les villes n'avaient guère à compter que sur elle^-mèmes pour leur défense contre les musulmans. Elles gardèrent donc le caractère de personnes franches de leurs bourgeois, et leurs magistrats propres, archontes^ geronteSy magistri. Les communes urbaines (en latin commune ou communitas^ en grec
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]plemic(m ou hofMia) avaient une existence de corps civils et politiques, quelquefois en possession de droits féodaux. Ainsi, un diplôme grec sans date, mais appartenant à la fin du xi« siècle, mentionne des vilains établis sur les terres d'un monastère et d'un feudataire, qui payaient le tribut du servage personnel à la commune de Gerace.
En revanche, la population rurale, celle de ce que Ton appelait en latin rustici ou villani^ en grec paroicoi ou vellanoif fut presque toute entière réduite en servage. Il y eut, en effet, deux ordres de vilains, ceux qui gardaient la francldse de leurs personnes et étaient tenus envers le seigneur féodal par un lien purement réel, consistant en redevances fixes d'argent et de denrées payées pour l'occupation de la terre, qui appartenait à ce seigneur. Les artisans des villes, qui n'étaient ni serfs, ni bourgeois, étaient compris dans cette classe. Quelques documents latins du midi de la Calabre semblent désigner les personnages qui y appartenaient par le nom de rustici, opposé à villaniy les seifs proprement dits. Mais cette distinction est toute locale, et dans la majeure partie du pays les deux termes sont exactement synonymes. En général, et M. Amari a indiqué très ingénieusement les raisons de ce fait, ce ne sont que les diplômes grecs (ou arabes en Sicile) qui distinguent soigneusement les deux classes de vilains ; nous ne connaissons donc qu*en grec la désignation officielle de la première, de celle qui n'était pas soumise au servage personnel. Ce sont les exographoi ou gens qui ne sont pas inscrits sur les rôles, par opposition aux serfs ou villani proprement dits, qui sont qualifiés en grec à'enapographoi et en latin d'adscriptitiij c'est-à-dire de portés aux rôles. En effet, une fois la conquête terminée, on procéda à un recensement général de la population rurale réduite en servage, travail qui paraît avoir été terminé vers 1093. Toutes les familles furent inscrites nommément sur des rôles ou platée^ comprenant celles qui appartenaient à chaque
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seigneur, ou celles qui restaient au domaine royal dans tel ou tel canton. Et tout possesseur féodal de terre, dans la nouvelle organisation politique et sociale du pays, reçut la platea des serfs de son domaine, extraite des registres publics. Ces rôles étaient ensuite, quand cela devenait nécessaire, corrigés et tenus au courant des changements qui se produisaient dans la population des vilains, en y inscrivant les nouvelles familles auxquelles les mariages avaient donné naissance, ou en rayant celles qui s'étaient éteintes. Toutes les fois que le roi faisait à un baron ou à une église une concession de terres du domaine, on dressait une nouvelle ptotea, donnant la liste des serfs joints à la propriété ainsi constituée pour la cultiver.
Établi ainsi, non pas dans le désordre et la confusion des temps barbares, mais en pleine civilisation et avec une régularité administrative, le servage des paysans dans les États des Normands, en Italie et en Sicile, fut beaucoup moins dur qu'ailleurs ; car les villani ou adscriptiiii y possédaient deux droits précieux : celui d'avoir une person* nalité légale à laquelle étaient attachées certaines garanties ; celui de pouvoir posséder une propriété franche et libre, en ' dehors des terres qu'ils tenaient du seigneur. Il est vrai que nous voyons, par les nombreux actes de concessions de terres et de serfs du domaine émanés des princes, qui sont parvenus jusqu'à nous, qu'en pareil cas les biens héréditaires des serifs, ainsi concédés, se trouvaient inféodés avec leurs personnes au nouveau seigneur. La condition de ceux qui appartenaient aux barons ou à l'Eglise était donc inférieure à la condition de ceux du domaine. D'un autre côté, la situation des serfs dans ces mêmes contrées, sous la domination normande, avait ceci de pénible qu'étant moins qu'ailleurs attachés à la. glèbe, s'ils pouvaient, avec la permission du seigneur, s'établir hors de ses domaines, moyennant une redevance qu'ils continuaient à lui payer, on pouvait, en revanche, les dépayser et les
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transplanter avec une singulière facilité. Ainsi beaucoup de diplômes de cette époque contiennent-ils des concessions d'un certain nombre de familles de vtllani, pris quelquefois dans des districts différents, et destinés à former une cultura (dans les actes grecs coUoura\ c'est-à-dire an nouveau village agricole. Par exemple, dans une charte grecque du grand comte Roger, datée de l'an 1099, une trentaine de serfs, portant tous des noms grecs, sont accordés au monastère de Sancta Maria de Turre près de Squillace, et pris, partie sur le territoire de Squillace, partie sur celui de Santa-Severina, partie sur celui deTropea, partie enfin sur celui de Rocca Niceforo, dans le voisinage immédiat de Catanzaro.
Il ne faut pas croire, du reste, que rétablissement de ce système de féodalité et de servage des paysans par les Normands ait été quelque chose d'aussi nouveau, ni, par suite, d'aussi violent que la plupart des historiens du royaume de Naples le représentent. Ce ne fut guère, dans le fait, que la régularisation et la généralisation d'un état de choses qui s'était établi sous la domination byzantine, sans avoir reçu de consécration légale, il est positif que tous les récits des historiens et tous les documents juridiques nous font assister, pendant le ix® et le x* siècle, dans les diverses provinces de l'empire grec, à la formation d'une riche et puissante aristocratie territoriale, qui tend de plus en plus à prendre les caractères d'une véritable féodalité, et dont le pouvoir arrive à son apogée du xi* au xiii^ siècle. C'est celle des archontes OMphylarchoi^ des dynatoi ou pUmswt\ car on emploie indifféremment ces termes pour les désigner, et ils n'ont pas de qualification fixe, officielle et légale. Peu à peu ils absorbèrent toute la propriété du sol et l'amenèrent entre leurs mains, spoliant et supprimant la classe des petits propriétaires ruraux par des usurpations violentes ou par le moyen plus lent, mais encore plus sûr, de l'usure, ou bien l'asservissant à la sorte de patro-
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nat féodal que les édits impériaux, qui ne veulent pas en admettre la légitimité, appellent adicos prostasia. Dans ce dernier cas, Tinféodation de la terre et de son propriétaire était bien souvent le fruit naturel d*un temps de violences et de troubles, le résultat d*un contrat volontaire, par lequel le faible avait cherché la protection du fort contre les exactions des gouverneurs et du fisc, ou contre les ravages des hordes étrangères et barbares qui désolaient Tempire. Le petit propriétaire avait recommandé sa terre au grand propriétaire, qui lui assurait Tappui de ses serviteurs, therapeuonteSy et de ses hommes d'armes, doryph&roù 11 avait renoncé à la condition de propriétaire libre pour échapper à de pires malheurs que le servage. C'est en vain que les empereurs multiplient les lois et les novelles pour arrêter cette spoliation et cet assujettissement des pauvres, penîtes, ou vilains, chôriatai, par les riches, plousioi^ et les puissants, dynaioi. Elles restent lettre morte et ne peuvent opposer aucun obstacle efficace au développement d'un fait qui était alors dans la force des choses.
Ceci s'était prodliit dans le midi de l'Italie comme dans les autres provinces, et même peut-être plus que partout ailleurs. Car les nécessités de la défense locale, pendant près de deux siècles d'incursions continuelles des Sarrasins, avaient dû nécessairement enfanter dans ces contrées une féodalité guerrière, entre les mains de laquelle les paysans abdiquaient leur franchise pour en acheter la protection, prostasia. Bien des districts de ces pays, d'ailleurs, surtout du côté de TApulie, avaient été pendant un certain temps en possession des princes lombards, qui n'avaient certainement pas manqué d'y établir, suivant leur usage constant, le régime des fiefs. Lorsque les territoires étaient revenus sous la domination byzantine directe, ce régime n'y avait pas été reconnu légalement ; mais il s'y était maintenu en fait, le feudataire restant un dynatos et continuant à exercer son autorité à titre â!adicos prostasia. Cette
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influence de la féodalité lombarde sur l'Italie byzantine est attestée par le fait que, dès avant la conquête normande, les nobles grands propriétaires et exerçant une autorité réelle sur les paysans de leurs domaines, qui correspondaient aux archontes du Péloponnèse, aux phylarchoi d'autres provinces, étaient désignés par les termes de gerôn ou straiiôtiSy calqués sur les expressions latines senior et miles. Les Italiens, confondant stratiôtis avec stratîgoSy en firent stradigotêo^ terme^ employé ensuite à l'époque normande dans certaines provinces, en particulier dans la Calabre, comme synonyme de baron. Dans d'autres endroits, la désignation était le mot hybride, moitié italien et moitié grec, capodeehorio. A titre de chefs de villages, l'autorité de ces nobles terriens avait fini par être acceptée du gouvernement byzantin ; une fiction légale destinée à voiler l'irrégularité du fait, leur donnait le caractère d'officiers locaux de l'empereur, subordonnés à la puissance suprême du catapan, qui était toujours choisi parmi les protospathaires ou maréchaux ou bien les drongaires ou amiraux, et à celle des spatharocandidats, qui, sous ses ordres, avaient à la fois le commandement militaire et l'administration civile des principales divisions territoriales de son gouvernement. Dans l'Apulie, un Delfino Calochiri, marchant sur Bari, en 984, à la tête des paysans armés de ses domaines, un Melo et un Dato, son beau-frère ; en Calabre, le Pierre de Bisignano que Robert Guiscard rançonna si bien dans les premiers temps de sa carrière d'aventurier, ou bien le châtelain des environs de Seminara, que nous avons vu, dans la vie de saint Nil, courant les campagnes à la tête de ses hommes d'armes habillés à l'arabe, pour y recueillir les fugitifs à la suite du passage des musulmans et leur donner un asile dans son château ; tous ces personnages ressemblent terriblement à des seigneurs féodaux de l'Occident. Ils sont surtout pareils à ces archontes du Péloponnèse que l'histoire byzantine nous montre, sous le
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règne de Romain Lécapène et la stratégie de Bardas Platypode, exerçant en toute liberté le droit de guerre privée, comme des barons contemporains de ncm contrées.
Lorsque les chevaliers français, à la suite de la iv* Croi* sade, Qrent la conquête de la Morée, il$ y trouvèrent une véritable féodalité d'archontes grecs, qui défendirent éner^ giquement le pays contre eux, moins comme une province de l'empire que comme leur propre terre. Puis, une fois vaincus, ces archontes se soumirent, devinrent des gentilshommes, entrèrent sans difficulté dans la nouvelle organi-^ sation féodale que leur apportaient les Français et avec laquelle l'organisation sociale des provinces de Tempire présentait beaucoup d*anaiogie. « Les textes, dit à cette occasion M. Alfred Rambaud, nous montrent une scission radicale entre la classe dominante et les serfs ou les petits propriétaires, confondus sous le nom de paysans ou, comme disaient les Français, de vilains. Quand les arekon^ les font leur soumission aux étrangers, ils ne stipulent que pour eux : les paysans resteront ce qu'ils étaient auparavant. En revanche, lorsque les archontes se révoltent contre les Francs pour le maintien de leurs privilèges, ils ne trouvent aucun appui dans les vilains, leurs compatriotes. » Les choses se passèrent exactement de même dans ritalie byzantine au moment de la conquête normande. Italolombarde dans la Fouille, grecque en Calabre et dans la Terre d'Otrante, la noblesse territoriale, dont la condition était imparfaitement définie sous la domination constantinopolitaine, mais le pouvoir effectif, sut, ici en fadsant cause commune avec le» Normands, là en composant après une résistance honorable, sut se faire ouvrir les rangs de Tariatocratie conquérante, faire reconqaître, du moins en partie, ses possessions et avoir ainsi son lot dans le nouveau partage des terres conquises. Hais elle ne s'inquiéta pas du sort des paysans de même race qu'elle, elle ne stipula rien
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pdup eux, et au lieu de s'opposer à leur réduction en servage, elle en profita.
Il n'y eut donc pas, comme on Fa cru quelquefois, dans la substitution de la domination des Normands à celle des Byzantins sur l'Italie méridionale, asservissement d'une race conquise à une race conquérante. 11 n'y eut même pas changement radical de l'organisation sociale. LfO servage des paysans existait presque partout en fait ; il fut seulement généralisé, régularisé et défini par la loi. Et ce changement, en précisant mieux, en soumettant à des règles fixes la condition et les obligations des viUani par rapport à leurs seigneurs, en leur garantissant aussi certains droits, améliora peut-être leur sort plutôt qu'elle ne l'aggrava. Surtout aucune acception de race et de religion ne fût faite dans rétablissement du nouveau régime politique et social. La population rurale fut placée en état de servage dans toutes les provinces, sans distinction entre ceux qui étaient Italiens ou Grecs de race, latins ou grecs de religion. De même, parmi ceux des nobles indigènes qui se firent accepter sur le pied d'égalité dans les rangs des barons normands, il y eut autant de Grecs d'origine et de langue que d'Italo- Lombards ; et la question du rite qu'ils suivaient n'établit aucune, différence entre eux. Je ne trouve à relever qu'un seul fait qui établisse une infériorité pour la population grecque de race et de religion. C'est celui-ci, qui s'observe principalement dans les diplômes de la Galabre. Le papas, c'est-à-dire le membre du clergé inférieur et marié du rite grec, né dans les rangs des vilains, n'est pas affranchi par son ordination ; lui et sa famille restent en condition de servage, malgré son caractère sacré. L'exemple le plus frappant qu'on en puisse citer est un diplôme grec du grand comte Roger, rédigé en 1086, par lequel il attribue à l'évêché, récemment fondé, de Mileto, 95 familles de serfs du domaine royal dans le territoire de cette ville, sur lesquels 30 sont des prêtres grecs, avec leurs femmes et leurs enfants. Mais il
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est évident, pour quiconque veut examiner à fond les faits, que ceci tenait au caractère de rusticité et d'infériorité dans lequel la société du rite grec a tenu son clergé séculier et marié, qui se confond avec les paysans dont il mène la vie, et aussi au mariage même de ce clergé, qui par là devenait souche de nouvelles familles, issues de la classe des vilains, sur la terre du seigneur, qui n'entendait pas être frustré du bénéfice de cet accroissement de la population de ses domaines. L'affranchissement du fils de paysan qui entrait dans TÉglise latine ne pouvait avoir pour conséquence que d'émanciper sa seule personne ; celui du fils de paysan qui se faisait prêtre grec eut amené bientôt la naissance d'une classe à part de fils de papas, qui n'eût pas trouvé naturellement sa place dans les cadres de la société féodale, et qui y fût même devenue avec le temps une sérieuse cause de trouble. Et ce qui prouve bien que ce sont ces raisons sociales qui produisirent le fait, au premier abord assez étrange, dont je parle, et non pas une intention d'abaisser systématiquement le clergé grec, de porter atteinte à sa liberté religieuse, c'est qu'en revanche le clergé monastique et célibataire de ce rite, qui dans tous les pays grecs constitue une classe supérieure dans la hiérarchie ecclésiastique et d'où sortent l'épiscopat et le haut clergé, était mis exactement sur le même pied que le clergé latin et jouissait des mêmes privilèges.
C'est, du reste, un des faits les mieux connus, en même temps que les plus extraordinaires de l'histoire, que l'exemple merveilleux de tolérance et d'impartialité religieuse que surent donner, en plein xi* siècle, les princes normands de l'Italie méridionale et de la Sicile, et cela en se faisant en même temps les vassaux et les champions de la Papauté. On a peine à comprendre comment, de la même race et du même pays, purent sortir dans le même siècle des conquérants aussi opposés, dans leur système de conduite à l'égard des vaincus, que Guillaume de Normandie en An-
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glelerre, et Robert Guiscard et ses firères en Italie. On ne saurait avoir assez d'admiration pour le génie politique et Tesprit de modération grâce auxquels les fils de Tancrède de Hauteville surent faire vivre en paix sous la même autorité, et attacher également à leur domination, les éléments les plus hétérogènes et les plus hostiles partout ailleurs entre eux^ Normands, Lombards, Italiens, Grecs, Arabes, des hommes de toute race et de toute langue, de toute religion et de tout rite, chrétiens grecs et latins, musulmans et israélites* Ils se firent obéir et respecter de to us, tinrent entre eux une balance équitable, et leur inspirèrent à tous le même dévouement. Ces conquérants étrangers parvinrent à grouper et à fondre tant d'éléments divers dans une même nationalité. Ces rudes batailleurs, qui n'avaient pas rougi de faire un métier de véritables brigands de grand chemin à leurs débuts (ce fut en particulier le cas de Robert et de Roger) et qui certainement étaient tou t à fait illettrés , furent d'admirables promoteurs du progrès et des lumières. Ils favorisèrent avec amour, dans leurs États et à leur cour, les lettres, les arts et les sciences, sans faire de différence, dans leurs encouragements à ceux qui les cultivaient, entre catholiques, grecs et musulmans, se faisant eux-mêmes hommes de trois langues, excitant le talent, récompensant le mérite et la capacité dans quelque classe, dans quelque race et dans quelque religion qu'ils se manifestassent.
Les plus impérieuses raisons politiques imposaient aux premiers princes normands d'observer des ménagements tout particuliers à l'égard de l'élément grec et de lui témoigner une haute faveur. Il formait une très large part de la population de leurs États. Grand par l'intelligence et par la
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civilisation autant que par le nombre, c'était Téléinent chez lequel on pouvait craindre le plus de regrets du régime tombé ; c'était donc celui qui, pour se l'attacher, réclamait le plus de soins. En outre, l'Italie méridionale et la Sicile une fois conquises, les princes normands aspiraient ouvertement à s'emparer de l'empire d'Orient, à s'asseoir comme une nouvelle dynastie sur le trône de Constantinople. C'est ce qu'à la fin de sa carrière tenta Robert Guiscard, d'abord en prenant pour prétexte de soutenir les prétentions de Michel Parapinacès, puis, après la mort de celui-ci, en agissant sans voiles pour lui-même. Il se pare même du titre impérial dans l'inscription dédicatoire qu'il fit graver en lettres énormes sur la façade de la cathédrale de Saleme : Maete evangelisle patrono urbis Robberttis dux r(ex) imp{erator) maxim{fis) triumphaior ex erario pecuUari. En 1097, quand les croisés furent réunis à Constantinople, Bohémond leur proposa de s'emparer de la ville et d'y proclamer un empereur, comptant bien l'être lui-même. Il est probable que si on l'eût écouté, il eut mieux su comprendre les conditions de ce nouveau rôle que Baudouin de Flandres en 1204. De même qu'il se fit à moitié arabe et à moitié grec dans sa principauté d'Antioche, il aurait eu la souplesse et l'habileté de se faire, à Constantinople, assez byzantin pour asseoir son pouvoir et installer, d'une façon durabte, une maison normande sur le trône des Basileis, ce qui n'eut pas été plus extraordinaire que l'avènement de tant de familles étrangères à l'hellénisme, qui ceignirent la même couronne, sans se mettre aussi maladroitement en lutte avec le sentiment national du peuple grec que les Latins de la iv* Croisade. C'est encore ce projet favori de sa famille que reprit le roi Roger de Sicile, dans la grande guerre contre Manuel Gomnène, qui le rendit, en 1146, maître pour un moment de toute la Grèce propre. Et il avait certainement une part à la tentative que Guillaume le Bon fit encore, quarante ans après, contre Tem-
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pire grec, sous prétexte de restaurer le jeune Alexis Comnène.
Au reste, Roger, le grand comte de Calabre et de Sicile, témoigna encore plus de propension et de bienveillance que son frère Robert Guiscard pour Thellénisme du midi de ritalie. C'était dans la logique des choses. La population grecque de langue et de religion formait la presque totalité de ses sujets de Calabre et une part considérable de ceux de Sicile, précisément la part chrétienne sur laquelle il devait s'appuyer pour tenir en échec Télément musulman, tout en le traitant, lui aussi, avec ménagement. Roger admit de nombreux Grecs à sa cour, dans sa piaison, parmi les capitaines de ses armées, comme le Sergios qui le trahit au siège de Capoue. En matière ecclésiastique, il partagea d'une manière égale ses libéralités et ses faveurs entre le clergé du rite latin, qu'il suivait lui-même et qui était celui de ses compagnons de conquête, et le clergé grec indigène. D'un côté, il appela en Calabre saint Bruno et ses disciples, et il fonda dans ses États les premières abbayes cisterciennes, qui y devinrent des foyers de latinisation. De l'autre, en Sicile et en Calabre, il fonda autant de monastères basiliens du rite grec que de monastères latins, les dotant magnifiquement et accordant aux hégoumènes de quelques-uns d'entre eux la qualité de barons au temporel. Il multiplia les donations à ceux qui existaient antérieurement. Sur le seul territoire de Squillace, il agrandit, réorganisa et enrichit le monastère grec de Saint-Grégoire le Thaumaturge de Stallettî, et en fonda un nouveau, celui de Saint-Nicolas de Mariota.
Ce fut même à tel point que, pendant près de vingt ans, les évêques gréco-italiens se bercèrent de l'espoir d'attirer entièrement le comte Roger à l'Église orientale. Mais en 1096 et dans les années suivantes, pour obtenir en échange du Pape Urbain II la bulle qui lui accordait, à lui et à ses successeurs, le privilège exorbitant de jouir de l'autorité II 27
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ecclésiastique de légats a laiere^ il enleva les évêchés de ses États à la juridiction du Patriarche de Constantinople pour les remettre, comme avant Léon Tlsaurien, sous celle du siège de Rome. Il ordonna en môme temps qu*au fur et à mesure de Textinction de leurs titulaires grecs, ces évêchés passeraient au rite latin, comblant de faveurs toutes spéciales ceux des évoques qui consentirent à changer euxmêmes immédiatement de rite. Les fidèles, les prêtres et les moines qui voulaient rester au rite grec étaient soumis à raulorité spirituelle de Tévèque, désormais latin; mais ils ne devaient pas être directement administrés par ce lui-ci ; on instituait un protopapas pour les diriger sous la surveillance de Tévèque; enfin les garanties les plus sérieuses leur étaient données du maintien de leur rite, de leurs usages et de leurs droits. Cette série de n^esures, dont Urbain H vint lui-même assurer Texéculion dans les Ëtats de Roger, donnait au latinisme la supériorité et la prépondérance en matière religieuse, comme le fait de la conquête les lui avaient assurées dans Tordre politique ; mais elles ne détruisaient pas Thellénisme, dont elles assuraient, au contraire, les conditions et Texistence. La nouvelle organisation ecclésiastique s'opéra, du reste, sans violence et àTamiable. La soumission au Souverain Pontife, en consacrant le rite grec intact, comptait dans le clergé italo-grec des partisans ardents tels que Farchimandrite sicilien Neilos Doxopatrios, qui écrivit en grec son célèbre traité Des sièges patriarcaux pour glorifier Tœuvre de Roger et la justifier aux yeux de ses coreligionnaires. Les conditions de l'union de l'Église grecque d'Italie méridionale et de Sicile à l'Église de Rome furent, d'ailleurs, solennellement débattues, en 1099, au concile de Bari, où l'éloquence et la science théologique de saint Anselme amena les députés du clergé grec à confesser la même doctrine que les Latins sur la procession du Saint-Esprit, et où, en môme temps, l'énergique revendication par les moines ba-
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sfliens du droit de suivre leurs anciens usages, fit maintenir aux Gréco- Italiens le privilège, reconnu depuis à tous les Grecs Unis par le concile de Florence, de continuer à réciter le Symbole sans l'addition du Filwque. Enfin le clergé et les fidèles du rite grec voyaient une garantie contre les tendances que pourrait avoir la Papauté à les latiniser par l'interposition, entre eux et l'autorité du pape, de la suprématie de la couronne en matière ecclésiastique, établie dans une certaine mesure par la bulle d'Urbain 11 en faveur du comte Roger et de ses successeurs. Cette suprématie religieuse du souverain est une chose vers laquelle l'Église grecque a toujours eu une propension très marquée. Neilos Doxopa trios la proclame formellement dans son traité ; il soutient que la primauté papale dérive de ce que Home était le siège de l'Empire. Aussi son livre, écrit pour justifier l'union et le retour à la juridiction romaine, n'en fut pas moins vu d'un fort mauvais (teil parle Pape.
L'union de l'Église grecque de l'Italie méridionale et de la Sicile avec Rome, et sa soumission à la juridiction papale, ne rompirent pas, du reste, tout d'abord ses liens de relations fraternelles et intimes avec l'Église grecque d'Orient. Bien que l'entreprise de Michel Cérulaire eût dès lors succédé à celle de Photius, la rupture entre les deux moitiés de la chrétienté n'était pas encore consommée d'une manière définitive à la fin du xi® siècle et dans le xii*. La tunique du Christ, malgré les efforts de l'esprit de division et de haine réciproque, n'était pas déchirée en deux parts. L'hostilité permanente et profonde, mais tantôt plus sourde et tantôt plus ouverte, entre les deux sièges de Rome et de Gonstanlinople , n'avait pas encore creusé un fossé infranchissable entre les fidèles qui relevaient de l'un et de l'autre. Leurs rapports variaient suivant les lieux et les temps. Malgré la façon dont les malentendus et les préjugés réciproques allaient toujours en s'acceil tuant, la commu-
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nion entre les deux Églises se maintenait encore sur bien des points. Les Croisades, où trop d*incidents ooniribnèpent à aggraver les malentendus et à soulever de part et d*aiitre de déplorables rancunes, virent aussi des manifestations bien significatives d'union entre Grecs et Latins sur le terrain religieux. Telles furent les alliances matrimoniales contractées entre les princes Francs de la Syrie et la maison impériale de Byzance. Telle fut surtout la construction à frais communs de l'église de la Nativité à Bethléem par Amaury I", roi de Jérusalem, et Manuel Comnène, empereur de Gonstantinople, qui y firent représenta dans les mosaïques de la nèfles églises où s'étaient tenus les huit premiers conciles œcuméniques, représentations accompagnées de l'inscription, en latin et en grec, des décisions de ces conciles servant de base à la foi commune deTOcciilent et de rOrient, Il pouvait donc y avoir alors intercours, communion fraternelle, relations religieuses et intellectuelles entre les couvents de la famille de saint Basile dans l'Italie et dans la Grèce, bien que les premiers fussent soumis au Pape et les seconds au patriarche de Gonstantinople. Le schisme ne devint formel et irrémédiable qu'à la suite de la fatale, et, disons le mot, de la criminelle entreprise dans laquelle les Vénitiens entraînèrent la iv* croisade, la détournant de la Palestine sur Byzance et dirigeant contre un empire chrétien les armes qui avaient été prises pour repousser les musulmans. C'est de 1204, de la prise de Constantihople par les Latins que date la séparation définitive du christianisme oriental d'avec le christianisme occidental. C'est alors que dans le cœur des Grecs, traités par les Latins comme des infidèles, germèrent les haines que la politique habile de Mohammed H sut raviver encore en 1453, haines contre le catholicisme et la papauté, que l'Occident catholique eut pu éteindre au xv* siècle s'il avait eu la générosité de porter secours, sans arrière-pensée, à Gonstantinople prête à succomber sous l'effort des Osmanlis.
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Après la mort du grand comte Roger, son fils-et successeur le roi. Roger continua sa politique de bienveillance pour les Grecs de terre ferme et de Sicile. Cet élément de la population neç ut même sous son règne de nouvelles recrues par la transplantation en Calabre et en Sicile des milliers de pris onniers ramenés de la Morée et de la Livadie, et choisis avec soin parmi les ouvriers de métiers. On sait que ce fUrent ceux d'Athènes et de Thèbes qui introduisirent dans les États des Normands la culture du mûrier, rélève des vers et la fabrication des étoffes de soie.
Aussi sous les deux Roger, c'est-à-dire pendant tout près d'un siècle, la littérature grecque, encouragée par la protection de ces princes, eut-elle dans l'Italie méridionale et dans la Sicile une floraison magnifique. La cour des princes normands rivalisait alors sous ce point de vue avec celle des empereurs de Gonstantinople. C'est, en effet, le temps où la poésie helléno-byzanline y était représentée par Eugène de Païenne, Constantin de Sicile, Roger d'Otrante et le Calabrais Jean Grasos. C'est le temps où brillent dans la littérature ecclésiastique Neilos Doxopatrios, dont nous venons de parler ; Prosper, évéque de Reggio, surnommé lePhilosophe^ théologien et historien renommé; Théophanios Cérameus, archevêque de Taormine, dont on possède soixante-deux homéUes grecques ; le diacre Amandos ou Adelphirios d'Atrani, historien, poète et auteur de la vie de saint Nicolas le Pèlerin; Jean, archidiacre de Bari, qui a écrit la vie et les miracles de saint Nicolas de Myre, ainsi que l'histoire de la découverte des reliques de saint Sabin de Canosa. A la même époque la Sicile donne à Byzance Constantin Manassès, qui va se fixer à la cour des Comnènes et y compose une histoire byzantine en vers politiques.
Cependant, malgré la faveur des Roger, malgré ce développement littéraire qui atteste sa vitalité et sa culture, rheiléniismd italien, dépouillé de la suprématie par la con-
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quête normande, perdait rapidement dti terrain. De même que la vie de Cassiodore nous a fourni le tableau du Bruttium latin du vi« siècle et celle de saint Nil de Rossano le tableau de la Galabre grecque du x« siècle, c'est dans la vie du bienheureux Jean Joachim de Flore, également rapportée pas nous plus haut, que Ton peut saisir sur le fait la marche progressive de la latinisation dans la région de la I Sila, pendant le cours du xn* siècle. Il est vrai que, dans la région de TAspromonte, Thellénisme se maintenait compacte à la même époque et résistait victorieusement aux influences qui cherchaient à Tentamer. Les établissements monastiques latins, fondés dans cette région, restaient isolés au milieu d'une population d'autre langue et d'autre religion. En 1217, la charte latine d'une donation faite au célèbre couvent de San-Stefano del Bosco, charte rédigée , dans la ville de Stilo, se termine par ces mots bien curieux : \ Et quia latinum non pctuimus habere scrîptorem, Fr. Guilelmus, monacus S. Stéphanie precepto D, Pétrie venerabilis Abbatis predicti cenobiij et rogato nostrOy paginam istam diclavit et scripsit. Ainsi, au commencement du xiii* siècle, il no se trouvait pas dans cette ville un seul notaire sachant écrire le latin. On possède aussi une sentence rendue en 4224, à Stilo, par le camerarius ou administrateur des finances de Galabre contre le baiulo de la ville, qui avait molesté les moines de San-Stefano del Bosco; elle est rédigée en latin, mais toutes les signatures des témoins sont grecques.
Avec la mort du roi Roger finirent les jours heureux de la grécité de l'Italie méridionale. Sous Guillaume le Mauvais, l'effroyable répression de la révolte de la PouiUe, cette desolatio Apult'e^ comme l'ont appelée les contemporains» dirigée par l'odieux favori du roi, Majone de Bari, fut marquée par une véritable persécution contre l'élément grec, et en particulier contre les moines de Saint-Basile. C'était la vengeance de l'appuique Manuel Comnène avait fourni aux
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insurgés et de Taccueil enthousiaste que la flotte impériale avait reçu dans les villes maritimes. Les moines grecs furent par centaines suppliciés ou transportés comme esclaves en Sicile, Beaucoup de leurs monastères furent détruits ; d'autres transférés à des ordres latins. C'est ainsi, par exemple, que le couvent basilien de Saint-Jacques, sur le territoire de Bari, fondé en 892 par l'archevêque Jean d'Otrante, sous l'empereur Léon de Philosophe, fut donné aux Olivétains, qui l'ont possédé jusqu'à nos jours.
Bientôt commencent, pour ces moines de Saint-Basile, qui avaient été les propagateurs de l'hellénisme en Italie et qui restaient les soutiens de sa vie et de sa culture, une sério de tracasseries religieuses continuelles de la part du Pape et des prélats latins. La rupture des deux Églises étant devenue complète, à la suite de la prise de Constantinoplc par les Latins, le clergé grec du royaume de Sicile devint, parle fait même de son rite particulier, suspect de tendance au schisme. On résolut donc d'interdire ses relations avec le clergé d'Orient, de surveiller de près son enseignement pour y réprimer tout ce qui semblerait malsonnant, d'expurger ses bibliothèques des livres dangereux, de re viser sa liturgie pour la rapprocher du latinisme, enfin d'organiser une grande enquête sur les opinions de ses membres. C'est la mission dont le Pape Honorius III chargea, en 1221, l'évêque de Cotrone el l'abbé de Grotta-Ferrata dans la Terre de Labour, la Pouillc et la Calabre, et que Frédéric II leur laissa accomplir librement, parce qu'à ce moment il tenait encore à ménager le Saint-Siège. Plus tard, quand il fut entré en lutte ouverte avec la papauté, il témoigna beaucoup de faveur aux Grecs/^ de ses États, comme en général à tous les éléments qu/ pouvaient sympathiser avec son hostilité pour le pontife de Rome. Sous son règne nous rencontrons encore deux poètes grecs d'un certain mérite dans l'Italie méridionale. Jean d'Otrante et George de Gallipoli, qui dédient leurs œuvreb
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à Frédéric. Lui-même avait appris le grec ancien et le grec vulgaire, comme Tarabe ; il écrivait ces idiomes avec élégance et facilité, et il aimait à se servir du grec. Ainsi c'est dans cette langue qu'il rédigea l'inscription de l'anneau d'or passé aux ouïes du fameux brochet qu'il fit lâcher dans un lac voisin de Manheim : « Je suis ce poisson que l'empereur Frédéric a fait jeter le premier dans ce lac, le 5 octobre 1230. » Les constitutions de Frédéric II, promul- ; guées à Melfi en 1231, furent publiées en grec en môme temps qu'en latin, tant était alors considérable le nombre de ceux de ses sujets qui, sur le continent et dans l'île, ne parlaient et ne comprenaient que le grec.
Cependant, malgré cette faveur personnelle du prince, Tavènement de la maison de Souabe et surtout le règne de Frédéric II marquèrent la date oii la décadence définitive de l'élément grec, submergé par l'élément italien, se précipita dans le royaume de Sicile. Ce royaume fut dès lors trop mêlé aux affaires et à la vie du reste de l'Italie pour qu'une nationalité distincte pût s'y maintenir. Dans l'acharnement que la Papauté mettait à abattre la dynastie de wSouabe, elle avait outrepassé le but si bien défini de ses premières luttes contre l'Empire, et, après avoir éveillé la vie nationale de ritalie, en l'armant contre les Allemands, elle combattait ses véritables intérêts. Aussi, par une révolution qu'il importe de ne pas oublier lorsqu'on veut juger les événements de l'histoire d'Italie au xni* siècle, ce n'étaient plus alors les Guelfes, comme dans les deux siècles précédents, c'étaient les Gibelins, au contraire, qui portaient le drapeau de la cause nationale. Frédéric II, une fois que ses affaires eurent été ruinées en Allemagne, devint le promoteur et le précurseur de l'unité italienne, et ce rôle fut encore plus celui de Manfred, avec qui l'indépendance de l'Italie succomba pour six siècles sur le champ de bataille de Bénévent. Devenu ainsi la tête et le cœur de la vie nationale de l'Italie, le royaume sicilien commença
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par se transformer lui-même, et, de la mosaïque de nationalités diverses qu'il avait été jusqu'alors, se fit frapçhement et complètement italien.
C'est à ce moment que, signe éclatant de cette transformation, la poésie italienne prit naissance dans le royaume de Sicile, en même temps qu'y déclinait la poésie grecque, florissante au temps des Roger.
I SiciUani
Che già fur primi, e quivi eran da sezzo,
a dit Pétrarque. Ciullo d'Alcamo, le poète lauréat de la cour de Frédéric II, rivalisait par ses vers italiens avec le talent des poètes provençaux, quand rien ne présageait encore en Toscane l'approche d'un semblable éveil. Manfred lui-même fut poète en italien, et poète d'un véritable talent. Pendant ses séjours à Barletta, il aimait à parcourir les rues de la ville en chantant des strombuotti, strophes rimées de huit vers, chacun de onze syllabes, qu'il se plaisait à composer. Sa cour, que les Guelfes appelaient u^ foyer de corruption, était le rendez-vous de tous les poètes que comptait alors l'Italie, et des plus hab iles musiciens de France et d'Allemagne, aussi bien que de la péninsule. Souvent, dans ses promenades nocturnes, il se faisait suivra par deux Siciliens qui excellaient à chanter des romances. La poésie en langue vulgaire, telle qu'elle était alors dans ses premiers balbutiements, célébrait exclusivement l'amour, et restait étrangère à la politique, aux événements qui mettaient toute l'Italie en feu. Pendant que le chef de l'Église appelait des étrangers à la conquête du royaume sicilien, qu'il lançait l'excomniunication sur le fils de l'empereur et poussait les peuples à la révolte; que, dans le nord, Ezzelino da Romano trouvait à peine assez de bourreaux pour tuer ses victimes, les poètes de la cour de Manfred et Manfred lui-même chantaient, avec une exagération toute méridionale, les désirs des amants, les rigueurs
des belles, et ces théories de Tamour chevaleresque qui nous paraissent bien peu en rapport avec Tétat de violence de la société italienne au moyen âge.
Dans les conditions où se trouvait ainsi rhellénisme de ritalie méridionale, de la Calabre et de la Terre d'Otrante, suivant une voie progressive de décadence et d'extinction, la conquête brutale de Charles d'Anjou ne pouvait manquer de lui porter le dernier coup. Les Grecs de ces contrées avaient été chauds partisans de Frédéric II et de Manfred ; ils furent traités en conséquence. Le clergé de rite grec fut livré sans protection aux effets des malveillances romaines. Les monastères de Tordre de Saint-Basile qui étaient ses foyers de vie et de lumières, se virent en butte à des vexations de tout genre, soumis à une inquisition constante et tracassière, dont Tétroitesse d'esprit n'était égalée que par sa minutie. Les études, entravées de toute façon, y devinrent impossibles, et bientôt l'ignorance la plus complète y régna. C'était le but que l'on poursuivait comme pouvant mieux que tout autre faciliter la latinisation ecclésiastique du pays, à laquelle le Pape et les évoques travaillaient activement. Et pourtant, ce clergé monas- •tiquegrec, que l'on s'étudiait systématiquement à abaisser, à contrecarrer, à réduire à la misère et à l'ignorance, donnait d'admirables exemples de vertu et de piété ; on n'avait aucun reproche grave à lui adresser. Au contraire, tous les historiens ecclésiastiques du royaume de Naples proclament qu'alors, dans leur état d'abaissement, comme dans l'âge de fer des ix« et x® siècles, les Basiliens demeurèrent absolument irréprochables dans leurs mœurs, dansleurdoctrine, dans l'observance fidèle de leur règle, et qu'aucun de
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leurs monastères ne tomba dans cette corruption qui n'était que trop fréquente chez les couvents latins, plus riches et plus favorisés.
Au XIV* siècle, beaucoup des localités où se conserve encore T usage du rite grec ont abandonné le parler hellénique pour ritalien et ne comprennent plus leur langue liturgique. Dans la Calabre, au nord de l'isthme de Squillace, les bourgs et les villages où Ton parle encore grec ne forment plus que des îlots isolés au milieu de populations de langue italienne. Dans les actes privés qui y sont alors rédigés, la langue est profondément corrompue, envahie par une multitude de mots italiens. Ce qui se présentait, au contraire, dans les diplômes de la fin du xi« siècle et du commencement du xiie, c'étaient des mots français introduits par les conquérants sortis de la Normandie, et grécisés. Tels sont phion pour dire <* fief » (l'italien a aussi emprunté flo au français, comme doublet de feudo, pris du latin), ancoumandepsts tiré du verbe « encomander. » Il y aurait même à ce point de vue toute une étude intéressante à faire des chartes grecques de la période normande, pour les philologues qui s'occupent de Thistoire de notre ancienne langue française.
Cependant, au commencement du siècle, sur le versant de l'Aspromonte, du côté de la mer Tyrrhénienne, autour de Tropea et de Nicotera, et surtout de Palmi, de Seminara et de Sinopoli, dans un canton où le grec resta d'usage gérai jusqu'à l'entrée du xvn* siècle, il y avait un noyau de population hellénique resté intact. Les monastères y étaient r florissants et la tradition des fortes études s'y mainte- 1 nait. C'est de là que sortit Léontios Pilatos, le maître de l grec de Boccace, fondateur de l'enseignement de cette lan- | gue à Florence et auteur de la première traduction latine ' des poèmes homériques. C'est là aussi que fut élevé le moine Barlaam, natif de Seminara, qui joua un si grand çôle dans les querelles théologiques de l'empire grec et
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enseigna son idiome natal à Pétrarque. ÉcrivaiB d'un atticisme très remarquable pour son époque, mathématici^i, théologien de la science la plus vaste, métaphysicien pvo^ fond et d'une singulière hardiesse (c'est toujours le trait propre des Calabrais), Barlaam est une desplus puissantes et des plusoriginales figures de rhellénismeduxiV'sièclje. Mais c'était un caraclèreinquietetpeuhonorable,etsuEtoutiun.efrf prit extraordinairement versatile : tantôt, àConstantinople, défenseur attitré de rorthodoxie orientale contrôles erreurs des Latins, tantôt, à la cour papale d'Avignon, dénonçantau Souverain Pontife les hérésies des Grecs; tantôt novateur téméraire autant qu'on pouvait l'être dans son siècle, tantôt ultra conservateur comme le plus scolastique des moines de Byzance. Après avoir quitté la patrie italienne pour, aller en Étoile se perfectionner dans les sciences ecclésiastiques grecques, après s'être fixé à Constantinople en 1327, y avoir été le protégé de Jean Cantacuzène, avoir obtenu l'hégouménat d'un des principaux monastères de la ville et avoir été chargé d'une grande mission diplomar tique en Occident, Barlaam quitta cette ville en 1341^ outré de colère de Tissue, peu flatteuse pour son amour-propre, que venait d'avoir sa fameuse querelle avec Georges Palamas et les moines du mont Athos, au sujet de la lumière incréée du.Thabor. Rompant avec éclat avec les Orientaux, le moine calabrais de l'ordre de Saint-Basile vint se fixer à Naples, où le roi Robert le Sage le combla d'honneurs et le mit à la tête de sa bibliothèque. Il écrivit alors des pamphlets théologiques contre l'Église de. Constantinople, comme auparavant il en avait écrit contre l'Église de Rome; il y prouvait la procession du Saint-Esprit, du Père. et du Fils, après avoir prouvé dans ses traités antérieurs qu'il procédait du Père seulement. Le Pape Clément VL récompensa la palinodie de Barlaam en le nommant^ en 1342, évêque de Geraee. C'estlà qu'il mourut, encore dans la force de ràge^ en 13:48^ et eut pour successeur, dans son dvèohé.
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un autre moine ba^Uen, de naissance orientale cetle fois, qui n'avait pas <ionné moins de ^ages à la cause ix)m!aiine, Siméon de Constantinople. L'évèché de Gerace, comme nous le montrerons au chapitre de cette ville, resta de rite grec jusqu*en 1472. Vers le temps où florissait Barlaam, Jean Couropalatis faisait venir à grands frais, à Constantinople, le moine calabrais Aspasios, pour servir de précepteur, dans lesleitres latines, à son fils Constantin Harménopoulos, ce qui suppose que ce moine était célèbre par son érudition égale dans les deux langues grecque et latine.
Les noms que je viens de rappeler sont les derniers dont la grécité calabraise puisse se parer. Le foyer qui les avait produits s'éteignit lui-même bientôt. L'ignorance envahit tout, et la nationalité gréco-italienne marcha de plus en plus vers une fin obscure. En 1370, le Pape Urbain V se préoccupa de Tétat de décadence intellectuelle où étaient tombés les moines basiliens de Tltalie et de la Sicile et de raltération de leurs livres liturgiques. Il confia à Tarchevêque d'Otrante la mission de réveiller chez eux quelques études et de rechercher le texte authentique de la règle de saint Basile. La Papauté entrait à leur égard dans une voie plus libérale et plusgénéreuse» en même temps qu'elle se préoccupait de ramener à l'union l'Eglise d'Orient. Elle comprenait, mais trop tard, de quelle utilité eût pu lui être pous cette œuvre un clergé grec instruit, versé dans les traditions de son rite et en même temps attaché à l'unité catholique, tel qu'elle eût pu Tavoir en Calabre et en Sicile, si Ton s'était conduit autrement à l'égard de celui de ces contrées. Mais c'était dès lors un cadavre que l'on cherchait à galvaniser. Urbain V échoua dans sa tentative et après lui Martin V. Au lendemain du Concile de Florence, le grand cardina 1 Bessarion décrivait ainsi l'état où en étaient venus ses frères en saint Basile« dans l'Italie méridionale : « La plupart des moines des couvents basiliens de l'ItaUe, ignorants de la langue grecque, entantqu'Ita-
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liens, et fils de pères qui parlent un idiome latin, ne savent pas même lire Talphabet de Saint-Basile. D'autres, qui ont appris à lire le grec, font des fautes à chaque mot à la lecture et ne comprennent pas le sens de ce qu'ils lisent. Enfin il n'y en a qu'un très petit nombre qui, un peu mieux instruits, entendent que bien que mal les leçons. Mais aucun de ces moines ne comprend complètement le grec, d'où suit qu'aucun d'eux ne sait bien et ne peut vérifier sur le texte les canons et les règles auxquels ils sont soumis, règles portées par leur grand instituteur et qui doivent diriger le gouvernement de leur sainte vie. » On croirait lire une description des moines actuels de Grotta-Ferrata et de ce qui reste de clergé grec-uni dans l'ancien royaume de Naples, pauvres gens aussi ignorants que respectables, qui, par manque de connaissances, commettent à chaque instant les plus étranges fautes de liturgie, prennent des cérémonies latines d'introduction récent^ chez eux pour de vieux usages grecs qu'ils auraient mieux conservés que les Orientaux, et dont la plupart lisent péniblement, sur un imprimé en caractères latins, les prières grecques qu'ils ne comprennent plus.
Cependant Bessarion, demeuré passionnément grec malgré son adhésion au catholicisme, s'efforça, par le plus noble sentiment de patriotisme national et rehgieux, de faire revivre, en le relevant intellectuellement,. l'hellénisme calabro-sicilien. Et, certainement, si quelqu'un avait été capable de réussir dans cette tâche, c'eût été lui. Grâce à ses persévérants efforts, le Pape Calliste 111 et le roi Alphonse s'entendirent pour fonder à Messine des écoles et une académie grecques, destinées à l'instruction du clergé, et même des laïques de rite grec de la Terre d'Otrante et de la Sicile. Il voulait en faire à la fois un instrument de relèvement pour les derniers débris d'une Église qui avait eu ses gloires et dont la fondation était liée au souvenir de l'héroïque résistance de l'orthodoxie aux iconoclastes, un centre d'en-
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seignement de la langue et de la littérature des Hellènes pourTItalieet TEspagne, et un foyer où se conservât, presque aux portes de la Grèce, asservie à ce moment par les musulmans, la tradition des grandes études, d'où elle pût rayonner de nouveau sur l'Orient, en y réveillant la nationalité hellénique. Bessarion lui-môme, venu à Messine comme abbé commendataire du monastère basilien du Sauveur, ne dédaigna pas de professer en personne dans l'école dont il avait été le fondateur. Le célèbre Constantin Lascaris, fugitif de Constantinople prise par Mohammed II, devint son successeur dans la chaire de Messine, après avoir passé quelques années à Milan et à Rome. 11 y professa le grec avec le plus grand éclat, de 1462 à 1493, année où il mourut. Ses leçons, du reste, ne paraissent pas avoir beaucoup profité aux Grecs de la Calabre et de la Sicile ; car le seul Basilien calabrais dont le nom soit connu dans la littérature greccpie du xv® siècle, le moine Angeles ou Ange de Calabre, ayant été élevé en 1463 à l'évèché de Martorano, doit nécessairement avoir été l'élève de Bessarion, et non de Lascaris. Mais les leçons de celui-ci eurent une influence considérable sur la Renaissance italienne, en groupant autour de lui de nombreux élèves de toutes les parties de l'Italie, entre autres Bembo, qui dans ses lettres et dans son dialogue sur l'Etna, vante l'éloquence de Lascaris, son goût exquis pour les arts et sa philosophie sublime, disant de lui : Nihil tllo sene humaniuSy nihil sancHus.
On possède quelques lettres de Constantin Lascaris, écrites pendant son professorat à Messine. Elles respirent toutes les amertumes de l'exil et le plus poignant regret de la patrie perdue. « L'avarice des princes, écrit il à Giovanni Pardo, a relégué dans la Calabre Théodoros (1), élevé si haut dans Tétude de la philosophie. Elle a fait fuir Andronicos, fils de Gallistos, jusque dans les Iles Britanni-
(1) Probablement le célèbre Théodoros Gazés.
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ques (1), où il est mort sans amis. Elle a forcé Dèmètrios (2) de retourner dans fea patrie, pour vivre enclave des Barbares. Je ne parte pas de mon maître Argyropoulos, qui souffre la pauvreté dans Rome et vend successivement ses Hvres. Rome n'est plus. Ils n'existent plus ces grands citoyens de Rome qui aimaient également les lettres latines et les lettres grecques. Elle n'est plus cette Naples, colonie de Chalcîs et d'Athènes, gymnase de l'éloquence grecque, où les Romains accouraient pour s'instruire. Tout est diangé. Préoccupé de ces pensées et d'autres semblables, je demeure ici, les yeux attachés sur la mer, sur Charybde et Scyila, et sur ce périlleux détroit. Je m'afflige de rester en ce lieu ; je gémis de ne pouvoir m'embarquer; je ne sais que fiiire ni dans quelle terre aller. »
Lascarîs mort, son œuvre et celle de Bessarionfut abandonnée. On ne fit plus rien de sérieux pour réveiller et pour ttiaihteniï» l^sprit dfe Thelléiiisme chez les Grecs de Calabre et de Sicile, chez qui, dans le cours duxvi«siècle, achevèrent de périi* les derniers vestiges de leur langue. Même la belle bibliothèque de Constantin Lascaris, qui lui avait servi dans son enseignemeht et qu'il avait léguée à la ville de Messine, en fut enlevée par les Espagnols. Elle est aujourd'hui presque entière à Madrid, et nous la connaissons par le savant catalogue d'Yriarte. Plusieurs ouvrages, transcrits de la main même de Lascaris, y portent des épigraphes qui rappellent quelques détails curieux ou témoignent de quelque noble sentiment. Sur une belle copie delà Po/{ïigt^d'Aristote, on litces mots : « Louange à Dieu, auteur de tout bien I Ce livre est le travail et la propriété de Constantin Lascaris, de Byzance, et après lui de qui con-
(1) Ceci est une erreur; c'est à Paris qu'il s'était fixé.
(2) Quel est ce personnage? S'il s'agit de Dèmètrios Chaicondylas, an des plus illustres des Grecs réfugiés en Occident, Lascaris était mal informé de son sort.
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que saura le comprendre. » Les manuscrits d'Hérodote, de Thucydide, d'Euripide, de Sophocle, de Platon, etc., portent diverses notes relatives au séjour de Lascaris en Italie et en Sicile. Un abrégé d'histoire universelle, demeuré inédit, que Lascaris avait conduit jusqu'à la prise deConstantinople, se termine par le récit de la mort de l'Empereur * et par ces paroles touchantes : c Avec lui périt la royauté des Romains, et la liberté, et la civilisation, et les sciences, et tout ce qu'il y a de bon. »
Aujourd'hui Ton parle encore grec dans quelques localités delà Calabre et de la terre d'Otrante. Mais ce ne sont pas les descendants de ceux dont cette langue était l'idiome national au temps des Byzantins et des Normands ; ce sont les petits - fils de colonies de réfugiés de la Grèce, venus chercher un asile en Italie après la conquête turque. Nous les retrouverons à Bova et nous les étudierons à propos de ce bourg, qui est leur chef-lieu dans la Calabre.
Nous nous sommes laissé entraînera jeter un coup d'œil d'ensemble sur l'origine, le développement et les vicissitudes de l'hellénisme calabrais. Ceci nous a mené fort loin de Squillace. Il faut maintenant y revenir, pour achever de résumer ce que Ton sait de l'histoire de cette ville.
Comme Crotone, Squillace parait être parvenue, grâce à sa forte position, à l'énergie de ses habitants, et sans doute aussi à sa situation un peu éloignée de la mer, à se mettre à l'abri des ravages des Sarrazins au ix® et au x« siècle. Du moins, dans aucune chronique authentique, ni italienne, ni byzantine, ni arabe, il n'est question d'une prise ni d'un pillage de cette ville. Les histoires au sujet d'un établissement des musulmans à Squillace, persistant pendant un demi- II 28
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siècle, ainsi que des exploits de son chef Olcbec ou Usbec, histoires accueillies par quelques écrivains italiens, n*ont pas d'aulre source que les fausses chroniques forgées par Pratilli, et Ton ne doit pas en tenir compte. En réalité, les habitants de Squillace, à l'abri de leurs remparts, virent passer à leurs pieds, sans en être atteints autrement que parla dévastation de leurs campagnes, le flot des principales invasions musulmanes, les armées qui, débarquées à Reggio, marchaient vers le nord et s'avançaient jusque du côté de Tarente, toutes les fois du moins que ces armées prenaient, comme celle d'Othon H en sens inverse, la route du littoral de la mer Ionienne, au lieu de se diriger par Seminara, Nicotera, Monteleone et Cosenza.
Nous lisons dans la chronique de Lupus Protospatharius qu'en 1044 Guillaume Bras-de-Fer fit une pointe en Calabre avec Guaymar, prince de Salerne, que les Normands, à ce moment, avaient reconnu pour leur suzerain féodal. Ils s'emparèrent de Squillace et y construisirent au-dessus de la ville, sur le sommet de la hauteur, le chàteau-fort qui fut nommé Stndula. La ville revint au bout de peu de temps aux mains des Grecs, et ce fut seulement en 1060 que Roger parvint à s'en rendre définitivement maître, quelques mois après la reddition de Reggio k Robert Guiscard. Au partage de la Calabre entre les deux frères, qui eut lieu en 1062, Squillace fut mise dans le lot du comte Roger, lequel vint fréquemment y résider.
L'évêcbé de cette ville fut au nombre de ceux que Roger fit les premiers passer au rite latin. L'évèque Theodoros Mesimerios, qui assista en 1093 à la consécration de Yé* glise deSancta Maria de Turre, érigée tout auprès de Ter* mitage de saint Bruno à San-Stefano del Bosco, lieu compris dans le diocèse de Squillace ; qui en 1095 accorda au même saint Bruno de nombreux privilèges temporels et spirituels par un acte en double texte, grec et latin ; cet évoque était grec de rite et de nation* Mais il mou-
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rut en 1096, et le comte Roger profita de cette occasion pour opérer sans difficulté et sans secousse le changement de rite. Le premier évèque latin de Squillace fut Jean, fils de Nicéphore, doyen de Téglise de Mileto. Le grand comte accorda des richesses considérables et des privilèges étendus à révêché ainsi transformé, lesquels privilèges furent confirmés en 1145 par son fils, le roi Roger, lors de la revision générale qu'il fit faire de tous les diplômes de concessions princières octroyés avant lui. En même temps, pour atténuer le mauvais effet de cette mesure sur la population toute grecque de la ville, le comte Roger enrichissait et développait le monastère grec de Saint-Grégoire de Stalletti et fondait celui de Saint-Nicolas de Mariota. De Tannée 1096 est encore un diplôme latin, conservé aux archives de Naples, diplôme par lequel Roger gratifie le normand Armenfroi, son chapelain, abbé du monastère latin de Saint-Mathieu, récemment fondé, de la concession de cent quarante-neuf vilains du domaine royal, dont les noms, tous grecs, sont énumérés dans l'acte, avec leurs familles. Ils sont divisés en quatre groupes : trente-neuf familles du district de Squillace ; soixante des districts de Stilo et de Castelvetere (alors appelé en grec Caslron Alarou) ; trente-six du district de Squillace, dont les chefs, cette fois, sont presque tous prêtres ou fils de prêtres ; quatorze enfin, du district de Squillace encore, qui doivent, à la mort d' Armenfroi, passer en la possession de l'évèque de la ville.
En 1113, nous voyons tenir à Messine, parla comtesse régente Adélaïde, un parlement féodal des barons du comté de Calabre et de Sicile. L'histoire n'en mentionne qu'un petit nombre d'autres, celui de Salerne, en 1129, où la couronne royale fut décernée au jeune Roger, et celui de Palerme, en 1130, où il fut couronné ; quant à celui que le grand comte Roger avait tenu à Mazara, pour régler la question des dîmes ecclésiastiques de la Sicile, on en ignore
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la date. Le parlement de 1113 eut entre autres objets les affaires de Tévéché de Squillace. Trois ans auparavant, Adélaïde avait donné à Tévéque Pierre et à ses successeurs, à titre de fief noble, La Roccelletta (appelée en grec ht Ronkella toû Skillakos), où se trouvait un monastère basilien administré par Tliégoumène Gerasimos. Le diplôme latin original de cette donation est conservé aux archives épiscopales de Squillace, et a été publié par Ughelli, En outre, la même donation est mentionnée, avec une platea de Tétat des vilains du fief, dans le visa grec ajouté en 1145 au bas d'un des plus célèbres diplômes du grand comte Roger. C'est la charte latine, rédigée à Mileto en 1102, par laquelle le comte donne à saint Bruno, pour son monastère de San-Stefano del Bosco, comme esclaves et vilains, servi et villani, cent douze des soldats de race grecque composant la compagnie du capitaine Sergios, qui avait comploté de le livrer à l'ennemi lors du siège de Capoue. C'est à la fois le châtiment de leur trahison et le paiement de la dette de reconnaissance dont Roger se considérait somme lié envers Bruno, pour la vision miraculeuse dans aaqueUe le fondateur des Chartreux lui était apparu la nuit dans sa tente, lui révélant le complot qui le menaçait. La charte dit que tous ces hommes avaient été levés dans le district de Squillace et de Soverato.
L'année 1133 nous fournit encore un diplôme des archives de Naples, relatif à l'histoire de Squillace. C'est celui par lequel Donato, évêque de cette ville, confirmée Sicrio, abbé du couvent de Sancla Maria de Turre, les libertés qui avaient été accordées à son monastère par le comte Roger, d'accord avec le Pape Urbain II. Jonas, archimandrite du couvent basihen situé dans Squillace même, signe en grec parmi les témoins de ce diplôme latin.
Quand, en 1296, Roger de Loria vint en Calabre avec Frédéric d'Aragon, roi de Sicile, pour enlever le pays à Charles II d'Anjou, il s'empara de Squillace, succès qui fut
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considéré comme important au début de la campagne. Mais la retraite de Tarmée sicilienne et aragonaise hors du continent italien suivit de près.Tendue nécessaire par la rupture violente qui avait éclaté, au siège de Cotrone, entre Famiral et le jeune roi.
A la fin du xni« siècle, la seigneurie de Squillace fut érigée en comté et concédée à Bertrand de Baux, auteur de la branche de cette illustre maison provençale qui s'établit au royaume de Naples. Bertrand de Bauxétait aussi comte de Montescaglioso et d'Andria ; il épousa Béatrix, fille du roi Charles II d'Anjou et veuve d'Azzone VIII, marquis d'Esté et de Ferrare. Le comté de "Squillace, peu avant la fin du xiv* siècle, était venu en héritage à Marino Francesco Ruffo de Marlano, prince de Rossano. Les mesures de répression de la Conjuration des barons firent revenir ce comté à la couronne, en 1485, par voie de confiscation, et le roi Ferdinand, l'érigeant en principauté, la donna à son second fils Frédéric, avec plusieurs autres seigneuries confisquées surLuigi Caracciolo, comte de Nicastro, et Antonio Centiglia, marquis de Cotrone.
Lors de la conquête éphémère du royaume de Naples par Charles VIII, Squillace se soumit d'abord sans résistance aux Français de Stuart d'Aubigny. Mais le cœur de ses habitants était resté attaché à la maison d'Aragon. Ils furent des premiers à se soulever à la nouvelle du débarquement du roi Ferdinand IlàReggio; et après la première bataille de Seirtinara, gagnée parle général français, dans les quelques mois où la situation de Gonzalve de Cordoue, qui commandait pour Ferdinand dans le midi de la Calabre, demeura extrêmement critique, Squillace fut, avec Reggio, l'une des rares places sur lesquels le grand capitaine s'appuya pour soutenir une guerre de postes contre Stuart d'Aubigny. En 1497, le roi Frédéric, devenu maître de tout son royaume, donna la principauté de Squillace, dont il avait porté le titre jusqu'à son avènement, à Gof-
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fredo Borgîa, comte de Cariati, le quatrième des fils naturels du Pape Alexandre VI et de Vanozza, qui avait épousé, en 1494, Sancia, bâtarde du roi Alphonse II. La possession de la principauté lui fut confirmée en 1502, au nom de Ferdinand le Catholique, par Gonzalve de Cordoue, cpiand il s'empara de la Calabre pour le monarcpie espagnol. Un village voisin de Squillace, et qui dépendait de sa seigneurie, porte encore aujourd'hui le nom de Borgia, monument du passage de la principauté entre les mains de cette famille. De la descendance de Goflfredo Borgia, éteinte au commencement du xvii* siècle, la principauté de Squillace vînt à celle de son frère aîné, le duc de Gandia. C'est ainsi que Francisco de Borgia, fils du commandeur d'Azuaga et petit -fils de saint François de Borgia. lequel fut vice-roi du Pérou sous Philippe m, portait le titre de prince de Squillace, ou, comme on disait à la cour d'Espagne, principe de Esquilanche. Il a imprimé diverses poésies espagnoles, entre autres un poème héroïque assez étendu sur l'établissement de la maison d'Aragon à Naples, intitulé Napoles recuperada por elrei D. Alonso (Saragosse, 1651). Sans être un poète de premier ordre ce grand seigneur, qui était arrièrepetit-fils d'un Pape, et du plus criminel qui ait jamais souillé la chaire de Saint-Pierre, et petit-fils d'un général des Jésuites qui fut un grand saint, a su, mieux que la plupart de ses contemporains, se préserver des ridicules boursouflures du gongorisme. Comme viceroi du Pérou, il se montra un administrateur fort habile. C'est lui qui fonda, sur les bords du Maragnon, une ville de Borja, comme ses prédécesseurs de la même famille dans la principauté de Squillace avaient fondé la localité calabraise de Borgia. Le passage du titre de prince de Squillace, non dans la branche de la famille Borgia établie à Velletri, mais dans la maison de Sansevero, son extinction dans lexvm® siècle, enfin l'érection d'un marquisat de Squillace pour Leopoldo di Gregorio, faite en 1744 par le roi Charles III de Bour-
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bon, sont des faits qui intéressent médiocrement riiis*» toîre.
Zavarroni enregistre les noms d'un certain nombre de littérateurs nés à Squillace, et presque tous gens d'église. Ils sont de la plus complète obscurité. Sous ce rapport, Squillace n'a pas été aussi féconde que Stilo, où nous rencontrerons les grands noms de Sirleto et de Campanella. Le premier, du reste, tient aussi à Squillace, puisque le fameux cardinal Guglielmo Sirleto en a été évèque, et après lui trois de ses neveux. Mais, parmi ses enfants, Squillace a dû une illustration toute moderne aux deux frères Pepe, dont le nom est resté profondément populaire en Calabre, où leur portrait se rencontre dans presque toutes les maisons.
La famille Pepe, inscrite au Livre d'or de la noblesse de Messine, était fort ancienne. Établie à Squillace, son domaine patrimonial était celui de la Coscia di Stalletti, emplacement de l'antique Monaslerium Vivariense de Cassiodore. C'est laque naquit, en 1780, Tainé des frères qui ont rendu ce nom célèbre, Florestano Pepe. Il sortait, en 1798, du collège militaire de rAnnunziateUa, à Naples, avec le grade de sous-lieutenant au régiment de Bourbon, quand fut proclamée la République Parthénopéenne. Embrassant avec ardeur la cause libérale, il servit dans les troupes de la république et fut fait su ccessivement lieutenant et capitaine sur le champ de bataille, dans les derniers combats soutenus par son gouvernement expirant. Après la défaite, il parvint à éviter les prisons royales et à gagner la France sain et sauf. Il s'engagea dans la légion italienne formée parle premier Consul, et qui prit part à la campagne de Marengo, puis continua à servir avec distinction dans l'armée française jusqu'en 1806, qu'il rentra dans son pays à l'avènement du roi Joseph. Nommé adjudant-général en 1809, il fut fait chef d'état-major de la division napolitaine envoyée à l'armée d'Espagne, et se distingua par sa
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bravoure et ses talents dans les campagnes de Catalogne, en 1810 et 1811, sous les ordres des maréchaux Macdonald et Suchet. Ils le recommandèrent d'une manière toute spéciale à ^Murat, qui le nomma général de brigade et l'emmena avec lui à l'expédition de Russie. Florestano Pepe y prit une part glorieuse aux combats de géants dans lesquels les Napolitains, transportés au milieu des neiges et des glaces, si loin de leur beau climat natal, montrèrent par leur héroïsme que le roi Joachim avait su faire d'eux, chose qu'on n'eut pas cru possible, de dignes émules des soldats français. Quand les débris désorganisés de la grande armée atteignirent, après d'épouvantables souffrances, la frontière de Prusse, Pepe prit le commandement d'une division de cavalerie napolitaine restée en réserve dans ce pays et couvrit avec elle la retraite des troupes qui gagnèrent Dantzig. Enfermé dans cette place en 1813, il fut un de ceux qui, dans le dernier conseil de guerre tenu avant la capitulation, soutinrent le plus énergiquemjBnt, sans parvenir à le faire prévaloir, l'avis de tenter de se faire jour l'épée à la main au travers des ennemis, pour essayer de rejoindre à Hambourg le maréchal Davout. Dantzig rendu, Florestano Pepe allait être emmené prisonnier en Russie, lorsque les arrangements séparés de Murât avec l'empereur Alexandre lui rendirent la liberté et lui permirent de rentrer en Italie. Il y fut employé à comprimer, en 1814, un commencement d'insurrection bourbonienne dans les Abruzzes, fomenté par les Autrichiens et les Anglais. L'année suivante. Murât, grisé par le spectacle du succès du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, déclarait imprudemment la guerre à l'Autriche pour l'affranchissement de l'Italie et lançait de Bologne la fameuse proclamation, rédigée par le généreux Rossi, où, pour la première fois, en appelant les Italiens aux armes, il leur était parlé de l'unité nationale de leur patrie. Mais bientôt après, forcé de se replier de la ligne du Pô sur les Marches, le beau-
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frère de Napoléon y perdait la bataille de Tolentino. Cette journée, aussi fatale à la France qu'à Tltalie, fut honorable pour les troupes napolitaines, qui y firent la plus belle résistance aux Autrichiens, supérieurs en nombre, bien qu'elles n'eussent plus leurs cadres français des précédentes campagnes. Florestano Pepe y déploya une vigueur intrépide et Murât, bon connaisseur en fait de courage, le fit général de division sur le champ de bataille. Mais l'armée défaite, obligée de battre précipitamment en retraite, se débanda, et Murât, désespéré s'enfuit en France. Après son départ, Pepe resta seul commandant à Naples jusqu'à l'entrée des Autrichiens, qui restaurèrent les Bourbons.
Le roi Ferdinand reconnut son grade, mais ne lui donna aucun emploi. Bientôt même la police, le tenant pour suspect, l'invita à quitter Naples et lui interdit en même temps le séjour de Squillace, sa ville natale. C'est alors qu'il acheta la villa de l'archevêque Capece-Latro, à la porte de Tarente, et y fixa sa résidence. Lorsque survint la révolution constitutionnelle de 1820, dont son frère Guglielmo fut un des principaux chefs, Flore stano Pepe prévit quelle en serait l'issue et la désapprouva franchement comme imprudente et prématurée. C'était d'ailleurs un soldat, qui ne voulait pas s'occuper de politique. Mais quand le gouvernement libéral fit appel à son épée pour le service du pays, il n'hésita pas à la lui consacrer. On l'envoya pour soumettre Palerme insurgée; mais la capitulation qu'il accorda à cette ville ne fut pas agréée sous le rapport politique par le Parlement napolitain, qui l'annula tout en décernant des éloges au général. Celui-ci, blessé d'un tel désaveu, renvoya au roi Ferdinand la croix de l'ordre de saint Ferdinand, qui venait de lui être décernée et le brevet de pension qui l'accompagnait. Cependant, les Autrichiens approchant pour envahir le pays, il accepta de servir de nouveau sous les ordres de son frère Guglielmo, comme chef
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d'étal-major de Tarmée qui allait tàclier de les arrêter. Après l'entrée des Autrichiens, Ferdinand, restauré dans son pouvoir absolu, le destitua de tous ses emplois et Tintema sous la surveillance de la haute police. Il vécut dès lors en particulier et ne voulut plus à aucun prix rentrer dans la vie publique. En 1848, il refusa la pairie et le rétablissement dans le service actif, que lui offrait le gouvernement constitutionnel. 11 demeura étranger à toutes les agitations de cette année, se tenant obstinément dans la retraite, où il mourut à Naples, en avril 1881.
Le second frère, Guglielmo Pepe, a fait plus parler de lui dans le monde que Florestano; mais c'est une figure moins pure. Florestano avait tenu à rester un militaire, esclave de son devoir professionnel et ne connaissant pas autre chose, même quand il était injustement persécuté par la police d'un gouvernement aveugle et étroit. Guglielmo, général aussi, se fit homme politique et agitateur ; il crut servir la liberté par des insurrections militaires à l'espagnole, sans comprendre ce qu'elles ont de funeste et l'impossibilité d'en faire sortir le règne des lois. Les nombreux écrits qu'il a publiés pour justifier et glorifier sa conduite dans les révolutions auxquelles ils s'est trouvé mêlé, respirent un patriotisme sincère, ardent et convaincu, mais révèlent en même temps une vanité poussée à l'excès , qui éloigne la sympathie, et un caractère singulièrement brouillon.
Né trois ans après son frère, Guglielmo Pepe n'avait que seize ans et était simple cadet à l'école militaire quand éclata la révolution de 1799. Ayant reçu de la République Parlhénopéenne Fépaulette de sous-lieutenant, il combattit à Portici les troupes du cardinal Ruffo, et après la capitulation de Naples, passa six mois en prison avant d'être jugé par une commission militaire. Son extrême jeunesse le sauva de la potence et fut cause qu'on ne le condamna qu'à l'exil. 11 se rendit alors à Lyon, où il s'en-
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rôla avec son frère dans la légion italienne et fit ainsi la campagne d'Italie sous le premier Consul. Rentré à Naples en 1801, il tentait bientôt après d'exciter un soulèvement dans les Abruzzes, soulèvement qui échoua et à la suite duquel il fut, à dix-neuf ans, condamné à la prison perpétuelle. L'entrée de Joseph Bonaparte à Naples, en 1806, le rendit à la liberté, et le fit revenir dans l'armée avec le grade de major. A la bataille de Maida il tomba aux mains des Anglais et fut envoyé de nouveau devant une commission militaire, en tant que rebelle envers son roi légitime. Condamné cette fois à mort, il parvint à corrompre ses gardiens, s'évada et après bien des péripéties qu'il a racontées dans ses Mémoires, rejoignit les troupes françaises dans les îles Ioniennes, d'où il revint ensuite dans le royaume de Naples. En 1809, Murât le nomma son officier d'ordonnance et lui donna le grade de colonel, qui lui avait été promis par le maréchal Masséna. En 1810, Guglielmo Pepe commandait un régiment napolitain en Catalogne, où il reçut le titre de baron. Général de brigade en juin 1813 et de division en mai 1815, il fut au nombre des officiers qui se réunirent pour imposer une constitution à Murât, avant l'ouverture de sa dernière campagne. Son frère, à ce moment suprême, ne pensait qu'à se battre, sans soulever une question politique dont l'heure était bien mal choisie.
Après la restauration des Bourbons, Guglielmo Pepe resta dans le service actif, mais surveillé par la police et soupçonné de muratismey parce qu'il était de ceux qui voulaient conserver les institutions civiles de la société moderne, introduites par les Français. Ce fut lui qui eut, en 1818, la mission d'extirper le brigandage dans les provinces d'Avellino et de Foggia; il y réussit en peu de mois, grâce au déploiement d'une grande énergie dans la répression des bandes, que jusqu'alors les agents du gouvernement avaient trop ménagées. Deux ans après, lorsque Morelliet
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Menichini levèrent Tétendard de la révolte au nom du parti libéral, la police voulut faire arrêter Guglielmo Pepe. Mais il échappa aux poursuites, souleva un régiment et alla rejoindre les insurgés, qui le saluèrent leur commandant en chef. Devant Timminence du danger que courait sa couronne, le roî Ferdinand céda. Le 7 juillet 1820, il consentit à promulguer la constitution des Certes de Cadix et à y prêter serment. Appelant alors auprès de lui Guglielmo Pepe, il lui offrit le rang de capitaine-général, correspondant à ce qu'est celui de maréchal en France, en le suppliant de lui conserver son trône. Le général, ne voulant pas être soupçonné d'avoir agi dans un but personnel, refusa le bâton, mais prit le commandement suprême de l'armée jusqu'à la réunion du Parlement, et réprima dans Naples même les tentatives républicaines de quelques carbonari exaltés. Cependant, au bout de trois mois, la révolte de Palerme, puis la confirmation de la Sainte- Alliance au congrès de Laybach, et la mission qui y fut donnée à l'Autriche d'étouffer la révolution de Naples, vinrent enlever tout espoir de succès à la cause constitutionnelle. Au lieu d'organiser sérieusement une armée, on avait passé le temps à parler et à se diviser. Les étrangers avançaient, et rien n'était prêt pour leur résister. Comme il arrive toujours à la suite d'une révolution militaire, les troupes étaient tombées en pleine dissolution. Le gouvernement libéral n'avait à opposer à deux armées autrichiennes, qui marchaient contre lui, que des régiments débandés et 20,000 miliciens non disciplinés, non exercés, réunis dans les Abruzzes. Guglielmo Pepe, qui doit porter daus l'histoire toute la responsabilité de l'inaction funeste dans laquelle il était resté depuis trois mois, sans rien faire pour organiser les soldats qu'on l'avait chargé de former, alla se mettre à la tête du ramas confus d'hommes à peine armés qui existait seul, et prétendit, avec ces forces ridicules, barrer le chemin aux Autrichiens, qui ramenaient avec eux le roi Ferdinand. Car
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le ministère constitutionnel et le Parlement avaient commis rinconcevable faute de le laisser se rendre au congrès de Laybach. Le général de Tarmée libérale fut battu à plate couture dans les Abruzzes, le 7 mars 1821, et son armée se dispersa comme un troupeau de moutons. Rentré presque seiû à Naples, il demanda à rassembler de nouvelles troupes entre Salerne et AveUino. Mais il était trop tard, et bientôt il n'eut plus qu'à s'embarquer pour échapper aux vengeances de la réaction. 11 refusa la nomination illusoire de ministre auprès des États-Unis, que le ministère constitutionnel, resté à son poste à Naples en attendant l'entrée des Autrichiens, lui offrait pour rendre sa personne inviolable pendant qu'il traverserait l'Europe; puis il gagna l'Espagne, à ce moment encore constitutionnelle, et de là passa en Angleterre. En arrivant il y apprit qu'à Naples une commission spéciale, après la rentrée du roi, l'avait condamné à mort par contumace.
Guglielmo Pepe resta vingt-sept ans exilé. Il passa ce temps à Londres et à Paris. En 1822 il publia, dans cette dernière ville, une Relation des événements politiques et militaires sur la révolution de Naples ^ et en 1823 à Londres des Mémoires historiques, politiques et militaires sur la révolution de Naples. Il lit ensuite paraître en français et en italien, à Paris, en 1847, au milieu du mouvement des esprits qui annonçait la prochaine explosion de la révolution italienne, les Mémoires de sa vie.
Quelques mois après, le soulèvement de la Sicile ayant contraint Ferdinand II à donner une constitution à son royaume, l'amnistie politique qui accompagna cet acte rouvrit au général Pepe les portes de Naples. Il y fut reçu avec enthousiasme par la population, et la pression de l'opinion publique força le roi, bien malgré lui, à confier à ce vétéran du libéralisme révolutionnaire, le commandement du contingent napolitain qu'il envoyait au secours de l'insurrection lombarde. Pepe atteignait les bords du Pô-
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avec son corps d'année, quand, à la suite des événements du 15 mai 1848 à Naples, Ferdinand, redevenu le maître de se laisser aller à ses penchants de monarque absolu, lui envoya l'ordre de ramener les troupes en arrière, de ne pas prendre part à la guerre contre l'Autriche, et de marcher sur la Calabre pour y étouffer l'insurrection libérale, qui avait éclaté à la nouvelle des scènes de la capitale, livrée au pillage des lazzaroni et de la soldatesque étrangère. C'est une cruelle épreuve pour un militaire que de se trouver ainsi placé dans la nécessité d'opter entre le devoir du patriotisme et celui de l'obéissance du soldat. Guglielmo Pepe suivit les inspirations du premier. Il fut Italien avant d'être Napolitain. Se mettant en rébellion ouverte contre les ordres du roi, il franchit le Pô avec les deux divisions qu'il commandait, et dont pas un homme n'hésita à le suivre, même dans les régiments suisses. Il entra ainsi en ligne contre les Autrichiens dans la Vénétie. La défaite de Durandoà Vicence l'ayant séparé de l'armée de Lombardie, il se replia sur Venise pour la couvrir. L'année suivante, après ledésastre desPiémontais à Novare, Ilaynau et Radetzky ^ retournèrent contre la cité des Doges, qui seule, dans toute ritalie, tenait encore le drapeau de l'indépendance. Ce fut Guglielmo Pepe qui dirigea l'héroïque défense de Venise, prolongée du mois de mai au mois d'août 1849, ayant ainsi la bonne fortune de couronner sa carrière par la plus belle page militaire qu'elle contienne. Quand la ville bombardée, déchnée par le choléra, réduite à la famine et manquant de munitions, fut obligée de se rendre, il gagna Corfou sur un bâtiment français, et de là vint se lixer quelque temps à Paris. C'est dans cette ville qu'il publia encore, en 1850, une Histoire des révolutions et des guerres de l'Italie en 1847, 1848 et 1849. Mais il n'aimait pas le séjour de la France, il nourrissait des préjugés injustement hostiles contre le pays qui lui avait à deux fois donné le plus généreux asile. L'établissement du second Empire acheva de rendre Paris
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odieux à ce vieux soldat du libéralisme. 11 alla se fixer à Turin, où Cavour jetait les premières bases de Tœuvre de raffranchissement de l'Italie, et c'est là qu'il mourut en
Par son testament, le général Guglielmo Pepe légua son domaine patrimonial de Stalletti aux cinq officiers d'étatmajor napolitains qui s'étaient le plus distingués à ses côtés dans la défense de Venise. L'ancienne propriété du grand Italien du vi* siècle est ainsi devenue le salaire des services de vétérans des combats de l'Italie moderne pour son indépendance.