‹ La grande Marnière (volume 2)Chapitre 24 sur 71 · PASCAL, MALÉZEAU · texte numérisé non relu

PASCAL, MALÉZEAU

MALÉZEAU

Que S'est-il donc passé ?

PASCAL

Ah ! monsieur, une scène des plus violentes : le comte Robert m'a provoqué, menacé. Vous m'avez parlé, tout à l'heure, comme un homme de raison et de cœur... Je place en vous ma confiance... Ces insultes, dois-je les subir comme de justes représailles, ou les venger comme des offenses imméritées?... De Glairefont ou de Carvajan, enfin, qui a le bon droit pour lui? Je m'adresse à votre honneur : dites-moi la vérité !

MALÉZEAU, avec embarras.

Monsieur...

PASCAL

Vous vous taisez ? Ce que vous avez à me dire est-il donc si grave?

MALKZEAU, doucement.

Peut-on, sans hésiter, accuser un père devant son fils?

PASCAL, avec stupenr.

L'accuser?.,. Mais ce mot, dans votre bouche, le condamne!... Ignorez-vous qu'il avait des griefs, et que sa rancune était légitime ?...

MALÉZEAU, avec force.

Il avait le droit de se venger. Mais il a avili sa vengeance...

PASCAL

Et comment ?

MALÉZEAU

En y mêlant l'intérêt.

PASCAL

L'intérêt ? (Réfléchissant.) C'est vrai, il me l'a dit luimême.

MALÉZEAU

Combattre son ennemi: bien ! L'écraser: soit!... Mais le ruiner, le pressurer, s'engraisser de ses dépouilles et par quels moyens ! Non. Voilà pourtant ce que votre père a fait.

PASCAL, menaçant.

Monsieur 1...

MALÉZEAU, froidement.

Vous m'avez demandé la vérité. Je vous la dis.

PASCAL, avec douleur.

Oh ! que de honte !

MALÉZEAU, avec bonté.

Pardonnez-moi, jeune homme, mon langage est rude, mais, je suis un vieillard et de moi rien ne peut vous offenser... J'aime cette famille, voyez -vous, contre laquelle votre père s'acharne, et c'est pour vous apitoyer que j'ai le courage de vous faire souffrir... Si votre mère vivait, c'est à elle que j'aurais été demander grâce...

PASCAL, très doucement.

Elle vous eût entendu !.. Bonnemére!... Ah î monsieur, je la vois toujours triste et pâle, dans la chambre sombre où elle languissait. Jamais elle ne laissait échapper

un mot de reproche, jamais une plainte... Cependant elle souffrait, et, dejour en jour, s'étiolait, comme une plante " sans soleil... Quelquefois mon pore montait auprès d'elle... Alors elle me renvoyait doucemont, et, de loin, j'entendais les éclats d'une discussion violente. Jela retrouvais plus pâle, les yeux rougis, et pourtant elle avait encore la force de me sourire... Un soir, après un de ces orages, elle dut prendre le lit et bientôt il n'y eût plus d'espérance. Elle me fit appeler alors et me parlant tout bas : « J'ai laissé à ton père tout ce dont la loi me permet de disposer. Il voulait te mêler à ses affaires... Ace prix, tu seras libre. Ne teheurte jamais àlui, tu serais brisé... Pardonne-moi de t'avoir dépouillé et sois bon. Dans la vie, il faut être bon. Il n'y a que cela. » Ces douces paroles furent les dernières, et au matin elle était morte..

MALÉZEAU

Eh bien! que ce suprême conseil soit votre règle de conduite : soyez bon, usez de l'influence que vous devez avoir sur M. Garvajan et aidez-moi à sauver la maison de Glairefont.

PASCAL

Je n'ai pas attendu qu'on mêle demandât pour le ten- 'er... J'ai échoué misérablement... Mon père sera intraitnble, et je ne connais pas de force humaine qui puisse l'arrêter dans son entreprise. Quant à moi, monsieur, mutile, vous le voyez, et menacé, vous l'avez vu, j'ai hâte de me soustraire aux violences d'une lutte dont je l'aurais qu'à souffrir... Je ne veux pas assister àladéaite des uns, à la victoire des autres, et je pars.

MALÉZEAU

Alors tout est fini et il ne vous reste plus qu'à 3ompter sur le hasard.

PASCAL

Hélas I

MALÉZEAU

. Voici votre père; sans doute, il vous cherche il vaut mieux qu'il ne nous voie pas ensemble..

PASCAL

Je vais le rejoindre.

MALÉZEAU

Adieu donc, monsieur I

PASCAL

Adieu.

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