SCENE II
Les Mêmes, ROBERT, entrant le fusil sur l'épaule. ROBERT, gaîment.
Ah! je t'y prends, la Rose, à causer avec ton amoureux, (au Roussot.) Allons ! Housse ! Tes moutons ne sont pas là pour se garder tout seuls.
Le Roussot pousse un sifflement, éclate d'un rire idiot, et s'en va en faisant claquer son fouet.
ROBERT
Et tu fais la fière, Rosette, quand tu es si aimable avec le plus laid des gars de la ferme !
ROSE
Êtes-vous venu ici pour me chercher des raisons?
ROBERT
Ma foi non ! Je montais aux bois quand je t'ai entendue causer avec le berger. Mais je ne t'aurai pas dérangée pour rien...
Il l'embrasse.
ROSE
Lorsqu'on embrasse la fille, il ne faut pas tourmen-
ter le père... Qu'est-ce que vous avez encore fait au bonhomme Gassegrain?
ROBERT
Oh ! si tu veux que nous restions bons amis, ne parlons pas de ta vieille canaille de père.
ROSE
Et moi, monsieur le comte, je ne veux pas que vous me parliez, si vous devez le traiter de la sorte.
ROBERT
Allons! ne fais pas la méchante.
Il la prend, la serre et la caresse.
ROSE
Si VOUS vouliez, pourtant. Le père a la passion des bois et la rage du gibier. Eh bien! prenez-le comme garde. La masure de la Sauuelle est sans locataire. Ça me serait bien commode pour venir en journée au château... et ça me ferait tant do plaisir.
ROBERTj la lutinant.
Tu n'es pas bête, (changeant de ton.) Mais, non, vois-tu, le vieux Gassegrain est trop gredin I
ROSE, avec colère.
Ah ! c'est comme ça ! Eh bien ! si vous touchez maintenant à un pli de ma robe je préviendrai mademoisellei Antoinette, votre sœur. Ah ! mais !
ROBERT, riant.
Bravo! La vertu t'embellit !... Tiens, regarde là-bas ton galant aux cheveux rouges qui t'observe...