I AGE I COULEUR! DOT: I ESPÉRANCES I SIGNE PARTICULIER I IDÉAL
No 430, demoiselle | 26 ans | brune | 350,000 / 350,000 | néant | quelconque
Vous avez plusieurs fois valsé avecelle à nos petites sauteries intimes; la ùsmoi, selle espérait vous voir à nos dernières soirées pour vous répondre de vive voix,
mais vous devenu si rare depuis quelque temps, qu'elle a dû me charger de cette mission délicate.
Je vous attends maintenant pour vous donner quelques derniers détails et pour fixer le jour d'une entrevue avec la jeune fille. Étes-vous heureux! on marque une certaine impatience et l'on soupire en contemplant votre portrait! Je connais assez votre cœur pour répondre de votre empressement.
Accourez donc et croyez-moi votre toujours dévoué.
Narcisse Boulandais
Je me permets de joindre à ma lettre un prospectus détaillant les très avantageuses conditions que j'offre aux clients de l'agence pour les articles indispensables, trousseaux et layettes.
Vous voyez que non-seulement je marie mes clients, mais encore, que je pense aux exigences de leur nouvelle situation. Je m'occupe môme de l'avenir, je vous ai dit que pour mes clients j'étais plus qu'un père !
N. Boulandais
J'oubliais. Pour votre voyage de noces, je pourrai vous donner uneliste d'hôtels de premier ordre avec lesquels j'ai des traités qui assurent aux clients de l'agence des soins empressés, une exquise délicatesse, des chambres avec vue sur les sites poétiques et une très confortable nourriture, le tout aux prix les plus modérés.
a Monsieur Narcisse BOULANDAIS Directeur de la Clef des cœurs Monsieur
Je vous remercie bien sincèrement de la peine que vous vous êtes donnée pour découvrir la jeune personne idéale que le ciel, je n'en doutais pas, devait me reserver. Cette jeune personne idéale, je l'ai trouvée moi-môme. Le billet de faire part ci-joint vous l'apprendra.
J'allais vous écrire pour vous prier de rayer mon nom des registres de l'agence lorsque votre lettre m'est parvenue.
Je suis à la fois confus et désolé, confus de l'immense faveur que mademoiselle 430 voulait bien m'accorder et désolé de porter le désespoir dans ce cœur aimable et confiant.
A.h! que ne sommes-nous en Turquie !
Je crois cependant avoir trouvé un moyen de tout arranger. Vous m'avez dit dernièrement que mademoiselle 430 hésitait entre moi et mon ami Pontbuzaud, eh bien, je la repasse à Pontbuzaud! Tachez de la décider pour ce pauvre ami, au besoin, dites-lui du mal de moi. Je me résigne à devenir pour elle pire qu'un monstre, pour faire le bonheur de mon ami. Plus tard si, comme je n'en doute pas, ils sont heureux ensemble, je dirai en contemplant leur joie : voilà donc mon ouvrage ! Et une noble satisfaction emplira mon âme.
Votre paternelle préoccupation des layettes m'a profondément touché. Soyez sûr que, bien que mon bonheur à moi ne soit pas l'œuvre de l'agence, c'est à vos bons soins que j'aurai recours si le ciel daigne bénir mon mariage.
Je vous prie d'agréer, monsieur , les remerciements infinis * de votre très reconnaissant
Bezucheux de la ITIICOTTIÈUE
0 mon ami, elle sera heureuse, je te le jurel
Mon cher Pon-tbuzaud,
Cours vite à la Clef de cœurs.
La demoiselle 430 qui hésitait entre toi z'et moi (comprend-on ça !) s'est enfin
décidée C'est to.i qu'elle a choisi. (Suis-je assez infortuné !)
Par malheur, on avait confondu nos deux photographies et c'est moi qu'on a prévenu. Vole rapidement vers l'agence pour que l'erreur n'aille pas plus loin.
La lettre de faire part ci-jointe t'apprendra que, de mon côté, j'ai découvert l'être charmant destiné à faire la joie de mon âme! Les négociations avec le papa de cet être charmant m'ont fait un peu négliger mes amis depuis quelque temps, nous rattraperons le temps perdu au dîner d'enterrement de ma vie de garçon.
Ton Bezucheux de la Fricottière ex-célibataire (bientôt) Mon cher Bezucheux,
Merci, noble ami 1
La demoiselle 430 a reconnu son erreur, c'était en effet moi qu'elle préférait. M. Boulandais nous présenta l'un à l'autre et nous sympathisâmes immédiatement.
— Voici, par exemple, une anicroche : une vieille arrière-tante qui m'avait mauditfa oublié de me déshériter, son notaire vient de me l'annoncer; grâce à la négligence de ma bien-aimée tante j'hérite avec une ribambelle de cousins, juste une douzaine, mais comme elle était deux ou trois fois millionnaire, ma part sera encore raisonnable.
Ce n'est pas tout.
Une de mes co-héritières est une charmante jeune fille, je l'épouse arrangé en 48 heures.
Jo te présenterai à
Comment faire maintenant avec mademoiselle 430 ? Je ne peux pourtant pas devenir bigame!
Je suis désolé de la plonger dans le désespoir, mais je ne puis contrevenir aux lois de mon pays.
Dneidée lumineuse m'est venue! si je la passais à Saint-Tropez? Ce pauvre ami,
il faut bien faire quelque chose pour lui je viens d'en écrire à M. Boulandais,
j'espère que le petit changement pourra se faire.
J'ai une autre idée encore. Si nous prenions le môme jour pour enterrer notre vie de garçon ? — Mais non, l'idée est mauvaise, pas le môme jour, ça fait que nous l'enterrons deux fois.
Est-ce dit ? c'est dit A toi,
Tiburce Pontbuzaud
Mon cher Saint-Tropez,
Veux-tu me rendre un service ?
Je vais me marier — tout seul — avec une cousine, (ça fait une, compte bien !) Et il se trouvejustement que grâce aux bons soins de M. Boulandais la demoiselle n° 430 veut aussi m'épouser (ça ferait deux !)
Quelle situation !!!
Je connais ton amitié, je sais que jamais on n'y ar fait appel en vain.
Voici ce que je réclame de toi :
Tu vas t'en aller trouver M. Boulandais (il est prévenu) tu rencontreras chez lui .MUc 430, tu diras que tu viens de ma part,tu seras gracieux, empressé, éloquent, tu diras du mal de moi, et tu épouseras...
Tu tâcheras de la rendre heureuse, ô mon ami, pour que je n'aie pas de remords. Son cœur sera brisé, il est certain que dans les premiers temps tu auras à sécher ses larmes et à lui prodiguer des consolations, mais à la longue mon image s'effacera de son cœur et elle s'habituera à toi, j'aurai fait deux heureux — cela me sera compté là-haut.
Bezucheux se marie, je me marie, tu vas te marier, ça fait trois enterrements
de vie de garçon nous rirons copieusementl
ton bienfaiteur, Tiburce Pontbuzaud Mon cher Pontbuzaud,
Trop tard! Voilà huit jours que je suis presque marié. Des négociations entamées à la dernière soirée de la Clef des cœurs, ont abouti et les bans viennent d'être publiés.
Je n'avais voulu rien dire avant d'être tout à fait sûr. Excuse mes cachotteries et mets-les sur le compte de ma modestie. Tu dois comprendre que malgré le plaisir que j'aurais à t'obliger, je ne puis épouser aussi la demoiselle 430. Ma future m'a déjà déclaré qu'elle était horriblement jalouse.
Tu sais, malgré tout ce que disait M. Boulandais, j'ai réussi un mariage assorti. M. Boulandais nous classait dans les non assortis, parce que je suis blanc, et que ma future est un peu négresse. Je suis très heureux. Depuis mon enfance, je ne rôve que voyages, tropiques, colonies, forôts vierges et les circonstances m'ont toujours empoché d'aller plus loin que Monaco... je trouverai tout cela dans mon ménage!...
..Bisjeco^ Kl JTTR.opriJx'vl Po^t8uz)au<D
Tu as entrevu ma future aux soirées delà Clef des cœurs, c'est la y&f[ fille d'un ancien ministre des finan-
£-W ces deHaïti, que des malheurs poli-
^^ tiques ont forcé à émigrer. Je crai-
gnais d'être obligé de choisir Haïti pour mon voyage de noces, mais mon beau-père, pour des raisons politiques, m'en a dispensé.
Je compte sur vous tous pour m'aider à ensevelir ma
fgP
Invitation au ciuer d'entcrren.e ts.
vie de garçon. Ce sera très chic, mon beau-père demande à être de la cérémonie.
Le sort de la pauvre demoiselle 430 me tourmente. J'écris à Lacostade pour lui démontrer qu'elle ferait tout à fait son affaire.
A bientôt, mon futur beau-père brûle de vous ôlre présenté à tous.
Saint-Tropez.
Mon vieux Lacostade,
Tu fus cuirassier, c'est-à-dire chevalier français ; comme tel, tu te dois aux dames!
La demoiselle 430 consentait à m'épouser, mais par un coup du sort, je suis engagé ailleurs, nos bans sont publiés. (Je te présenterai à ma future et à mon beau-père, tu les trouveras peut-être un peu basanés, mais cela tient à ce qu'ils sont tout à fait du midi).
Il est certain que tu n'auras qu'à paraître pour que les sympathies de Mlle 430, un instant égarées sur moi, se reportent sur ta personne. MUo 430 gagnera beaucoup au change, ma modestie bien connue m'oblige à le déclarer hautement.
J'écris à M. Boulandais pour le prier d'arranger les choses.
Vas-y tout de suite et sois heureux.
A bientôt l'enterrement de ma vie de garçon.
A toi, Saint Tropez, ancien célibataire.
Mon cher Saint-Tropez,
Impossible!
Ma cuirasse a tapé dans l'œil de Mme 420, 800,000 francs, fortes espérances, grandes relations dans la diplomatie... je l'aime! elle m'adore!
Tu comprends, que môme pour rendre service à un ami, je ne puis briser le cœur à une faible femme qui m'adore ! Mes bans vont être publiés et le petit souper pour l'enterrement de ma vie déjeune homme est déjà commandé. Nous rirons une dernière fois!
J*écris à Bisseco etje lui passe ta commission. Tu connais son obligeance, c'est chose faite. Ne te tourmente donc plus pour le n° 430 et marie-toi avec sérénité.
Lacostade, ex jeune homme à marier.
Mon vieux Bisseco,
Au moment où je me prépare à conduire à l'autel une femme charmante, séduisante et surtout aimante, voilà que, par suite d'un malentendu, une autre femme me tombe sur les bras.
Décidément, il est temps que je me retire du monde, dans tous les salons que j'honore de ma présence, j'enflamme l'imagination des jeunes personnes.
Je te cède ma deuxième future, le n° 430 du catalogue de la Clef des cœurs. Présente-toi hardiment avec ma recommandation et je suis sur du succès.
C'est entendu, n'est-ce pas? Nous enterrerons notre vie de garçon en môme temps.
Le ministère est renversé !
Bezucheux se marie, Saint-Tropez se marie, je me marie, tu vas te marier. L'infortuné Cabassol seul va rester! Plaignons-le.
Ton Lacostade, célibataire en retraite.
Mon cher Lacostade,
Je ne veux pas que tu puisses dire que, moi, Bezucheux de la Fricottière, je suis un vil escroc. Je vais tout t'avouer. Sois indulgent, mon ami et prends pitié de mes remords. Tu sais que je me marie, tu as reçu la lettre de faire part, mais ce que tu ne sais pas, mon ami, c'est que ce sont tes corsets qui ont fait le mariage. Je t'expliquerai cela, mais sache que c'est grâce à tes corsets que j'épouse Mlle Cambiac, la fille de mon banquier; je fais une variante au vers connu :
« Un père est un banquier donné par la nature. »
Mon beau-père sera toujours mon banquier, je lui continue ma confiance.
Je reprends le cours de mes aveux.
Je me marie donc grâce à tes corsets. En bonne justice, c'est toi qui devrais
épouser, je t'escroque une fiancée. De là mes remords. Je les aurais tranquillement étouffés (je suis canaille, mais très franc] si une idée ne m'était venue : mon beaupère a deux Biles ; veux-tu devenir mon beau-frère? je t'indiquerai les moyens de parvenir à ce grade distingué.
Ces aveux ont soulagé ma conscience. Je suis plus tranquille maintenant. J'attends ton absolution.
BEZUCHECX DE LA FlUCOTTIÈRE,
Mon cher Bezucheox,
Comment, encore une future? Ça ferait trois! Qu'on aille encore nier mon prestige.
Je ne comprends rien à ce que tu me racontes. Je suis enchanté que mes corsets t'aient porté bonheur et je t'accorde le pardon que tu sollicites.
Je me marie aussi, je ne puis donc épouser la deuxième M1!e Cambiac, pas plus que je ne puis épouser le n<> 430 de l'agence Boulandais.
Ton Lacostade, futur mari du n° 420 (catalogue Boulandais).
Mon cher Lacostade,
Merci. Je cours chez M. Boulandais. Déjà je brûle pour le n° 430. 0 mon ami,
elle sera heureuse, je le jure.
Bisseco.
Le dernier des célibataires. — Expiration orageuse à la Clef de:: cœurs.— Coup de théâtre. — Le mariage de Cabassol,
Pendant que se négociaient les mariages de ses amis, Cabassol, absorbé par ses travaux parlementaires, n'avait pas paru au Bêbinard's club. Le citoyen Savoureux, en train de démolir un ministère, le mettait sur les dents. Des courses, des lettres, des articles pour deux ou trois journaux, des compterendus bien sentis des séances de la Chambre occupaient tous ses instants. Quand il croyait pouvoir s'échapper pendant une soirée, une séance de nuit ou un coup de collier à donner dans le journal le retenait, et il était obligé de remettre à plus tard les effusions de l'amitié.
Enfin, le jour même où Bisséco obtenait la main du n° 430, l'événement tant attendu arrivait : le ministère, savamment miné, déboulonné avec soin, s'écroula sous une poussée énergique du citoyen Savoureux, et le citoyen Savoureux, investi de la confiance du pays, fut chargé par l'exécutif d'en fabriquer un autre.
— Enfin 1 se dit Cabassol, je vais donc être quelque chose 1
Monsieur Boulandais opérant pour lui-même.
Au moment où ses amis, ayant appris l'heureux événement, se réunissaient posr aller en corps lui présenter leurs félicitations, Gabassol arriva comme une bombe au nouveau domicile de Bezucheux.
— Vite, des sels! du vinaigre! de l'éther! s'écria-t-il en se précipitant dans un fauteuil tout neuf, je sens que je m'évanouis, soignez-moi...
— C'est la joie du triomphe qui le... dit Bezucheux en secouant son ami.
Comment! est-ce que... Le ministère Savoureux n'est pas renversé, par
hasard?
— Hélas, pas encore !... Savoureux tient son portefeuille..
— Grands dieux ! il a dédaigné ton concours?... il s'est montré ingrat?. .
— Sais-tu ce qu'il a osé m'offrir? à moi, son secrétaire! son...
— Quoi?
— Une sous-préfecture, mon ami, une simple sous-préfecture! Et quelle sous préfecture !... La tienne, mon ami, la tienne!
— Mon arrondissement montagneux et embêtant?
— Juste! celle où tous les sous-préfets se pendent!
— El tu as refusé avec indignation?
— J'allais refuser... lorsqu'une pensée soudaine m'est venue et j'ai gardé la sous-préfecture pour venir vous l'offrir... Qui veut être sous-préfet?
— Personne, mon bon, nous nous marions...
— Toi, oui, je le sais, mais les autres?....
— Les autres aussi! Lacostade se marie, Pontbuzaud aussi. Saint-Tropez aussi. Bisséco aussi!
— Tous !... Par les soins de l'agence Boulandais?
— Moi par mes seuls mérites, les autres par les soins de l'agence I
— Eh bienl et moi? De quel droit vous mariez-vous sans moi? Nous sommes allés ensemble à l'agence, on doit nous marier ensemble... Vous n'avez pas entendu dire que M. Boulandais me mariât aussi?
— Non...
— Alors c'est de l'injustice. Il vous marie tous et il me néglige... Il y met de la mauvaise volonté... Je vais lui faire des reproches... Allons, personne ne veut de ma sous-préfecture?
— Si, dit Bisséco en s'avançant, j'ai réfléchi, donne-la moi tout de même. Ça fera plaisir à ma femme... Je tâcherai d'avoir de l'avancement!
— Tiens, mon ami, voici la nomination en blanc, je la ferai régulariser. Je vole à la Clef des cœurs.
Cabassol descendait déjà l'escalier. Un fiacre passait devant la porte ; il sauta dedans et donna l'adresse de M. Boulandais.
— Comment! se répétait-il en route, il y a une dame qui semble me voir avec une certaine faveur et mon mariage traîne!... il y a quelque chose de louche!... Moi seul pas marié! Boulandais me trahit.
Les plantations d'orangers symboliques, dans le jardin de l'agence, irritèrent davantage Cabassol. Ces arbrisseaux ridicules semblaient le regarder avec ironie et lui dire : t Nous ne fleurissons pas pour toi! » Cabassol traversa le jardin comme un ouragan et jeta sa carte au domestique.
— M. le directeur est occupé, dit le domestique, si monsieur veut prendre la peine de s'asseoir.
Cabassol ne prit pas la peine de s'asseoir; sans écouter les objections ou sans les entendre, il s'élança vers le cabinet du directeur, ouvrit brusquement la porte... et s'arrêta pétrifié par un spectacle inattendu :
M. Narcisse Boulandais était agenouillé aux pieds d'une dame!
— Comment, s'écria Cabassol, au lieu de vous occuper de vos clients, vous... Ah'
Cette exclamation ne contenait pas simplement de Tâtonnement, elle renfermait de la fureur el éclata comme une cartouche de dynamite.
La dame aux pieds de qui M. Narcisse Boulandais semblait en train de déposer ses hommages personnels, était le n° 475, la jeune veuve particulièrement distinguée par Cabassol parmi les nombreux et brillants partis catalogués à l'agence matrimoniale, celle-là même dont Cabassol sollicitait inutilement la main depuis deux mois, auprès de M. Narcisse Boulandais.
— Voilà donc! s'écria Cabassol en se croisant les bras et en foudroyant d'un regard indigné son infidèle manda"
taire, voilà donc le secret de vos réticences... Vous combattiez mes préférences pour la plus aimable de vos clientes (Cabassol s'inclina devant la dame), parce que vous vouliez la garder pour vousl
— Monsieur, je marie les autres, mais il ne m'est point interdit de songer à moi ! .'. . Décidément, à force de combattre le célibat chez les autres, j'ai pensé à l'attaquer chez moi Je me suis converti moimême...
— Et la mission dont je vous avais chargé? Vous deviez solliciter la main de madame pour moi, mais j'ai le droit de penser que vous m'avez nui dans son esprit et que vous êtes pour quelque chose dans le refus...
— Le refus? dit la dame n° 475 qui, terrassée par l'émotion, n'avait pas pu dire un seul mot jusque-là.
— Madame ne semblait pas me voir avec trop d'éloi gnement dans nos causeries aux soirées de la Clef des cœurs, reprit Cabassol avec amertume... dans nos douces causeries... Mais vous avez profité de la mission que je vous avais confiée pour étouffer une sympathie naissante...
— - Une mission? reprit la dame n° 475, un refus? mais il n'a jamais été question décela...
— Pas question de refus? s'écria Cabassol, mais alors M. Boulandais ne vous a donc rien dit?
— Je n'ai rien dit, fit M. Boulandais, parce que, dans ma grande expérience en matière d'unions, j'ai pensé que celle que vous rêviez n'était pas possible... C'est dans votre intérêt que j'ai agi et que je vous ai proposé d'autres...
Lecture du conti-at.
— D'antres? qui vous parle d'aulrcs? Vous avais-jc, oui ou non, prié d'être mon intermédiaire auprès de madame, non pour lui exprimer de dou* sentiments que je croyais lui avoir laissé entrevoir, mais pour lui demander de ne pas repousser l'offre d'un cœur sincère...
— Je n'ai pas jugé à propos...
— Je sais pourquoi maintenant... Et ce refus que vous m'avez apporté,
Vu ménage équestre.
ce faux refus? Comment qualifier cet abus de confiance? Vous n'aviez rien dit à madame...
— Et je pensais tout à l'heure, s'écria la dame n° 475, que M. Boulandais ne parlait pas en son nom personnel, mais bien au nom d'une personne qui s'était laissée deviner... lorsque tout à coup, le voyant se jeter à mes genoux, j'ai compris mon erreur...
— L'espérance renaît en moi! s'écria Cabassol; je vous en supplie, madame, si M. Boulandais au lieu de me tromper indignement, avait rempli sa mission avec fidélité... je vous en supplie, madame, l'auriez-vous chargé de me transmettre... un refus... un refus cruel?
Oubliant ou dédaignant la présence de M. Boulandais, Cabassol allait se laisser tomber aux genoux de la dame n° 475 et pour toute réponse, la dame mettait sa main dans celle que lui tendait Cabassol, lorsque M. Boulandais se précipita entre eux.
— Arrêtez! s'écria-t-il, arrêtez! ce mariage ne peut se faire!
M. et Mm« Cubassol en voyage de noces
— Pourquoi? demanda Gabassol en le repoussant?
— Parce que je n'ai qu'à révéler votre nom à madame pour la faire reculer... Je vais tout dire, puisque vous le voulez! tant pis pour vous, vous l'aurez voulu... Madame, savez-vous quel est le nom de monsieur? de monsieur qui sollicite si tendrement et si ardemment votre main et votre cœur?... Eh bien, frémissez ! monsieur s'appelle Gabassol et c'est votre persécuteur 1 l'exécuteur des vengeances de feu votre premier marif
— Hein? s'écria Cabassol.
— Quant à madame, vous devinez son nom, n'est-ce pas? C'est Mme Badinard, la très calomniée et
très malheureuse Mme Badinard !
Avant que Gabassol, foudroyé par l'étonnement, putse lancer à son secours, Mme Badinard était tombée dans un fauteuil qui se trouvait heureusement derrière elle.
— Ah! ah!, ah I reprit M. Boulandais, vous ne vous attendiez pas à cette révélation? Oui, madame, monsieur est bien le légataire de votre mari, cdui qui vous laissa jadis accablée sous le poids d'horribles calomnies et qui
se fit le vengeur féroce de torts imaginaires... c'est bien l'homme à qui vous avez dû intenter un procès en restitution d'héritage... Comprenez-vous pourquoi je n'ai pas voulu vous transmettre la demande de M. Gabassol?... La prudence la plus élémentaire me commandait d'éconduire M. Gabassol pour éviter de vous rappeler un passé douloureux... Et maintenant que, à mon grand regret, l'explication a eu lieu, je reprendrai la parole pour mon compte et je vous demanderai, madame, si vous voulez permettre à un galant homme de consacrer sa vie à tenter de vous faire oublier les épreuves imméritées d'un passé cruel?... En un mot, si vous voulez être Mme Boulan...
— Jamais! s'écria Mme Badinard en se levant avec vivacité.
— Et moi je vous demanderai, madame, s'écria Gabassol, si vous daignerez jamais me pardonner...
— Quoi donc? dit en rougissant Mme Badinard, vous n'eûtes jamais de torts... personnels envers moi... Au contraire, la première personne qui
reconnut et proclama mon innocence, ce fut vous... C'est donc de la reconnaissance, au contraire, que je vous dois!...
— Ah! madame! vous êtes aussi bonne que charmante 1
— C'est moi, monsieur, qui dois vous faire d'humbles excuses pour l'horrible procès que M. Mitaine, mon avoué, vous a intenté... Je ne connais tous les détails de l'affaire que depuis peu... J'avais donné les pouvoirs les plus étendus à mon avoué, afin de ne plus entendre parler de rien, de n'avoir plus
à m'occuper d'aucun détail de la succession de M. Badinard... et mon mandataire, dépassant ses instructions, vous a suscitéle plus injuste des procès... Je vous prie de me pardonner les ennuis que Me Mitaine vous a créés...
■— Ah! madame, pourrez- vous jamais me pardonner d'avoir été en quelque sorte le complice de feu votre mari, et de n'avoir pas rejeté tout de suite les atroces calomnies du testament.
— Encore une fois, je n'ai rien à vous pardonner, puisque vous n'avez rien à vous reorocher !
— Dites-moi tout de même que vous me pardonnez... je serai plus tranquille !
— Puisque vous le voulez, je vous donne l'absolution la plus complète...
— Et que...
— Comment, ce n'est pas encore assez?
— Et que tout est oublié !...
— - Tout est oublié!
— Et que ces fatales circonstances, qui devraient nous séparer, vous consentez à ce qu'elles fassent le contraire...
— Quoi!... sachant que je suis Mme Badinard, vous persévérez...
— Si je persévère!... Consentez-vous?... pour me prouver que vous m'avez ' >n\ h fait pardonné...
— Vous êtes bien pressant...
— Dites oui.
— Eh bien!... soit!
Cette fois Cabassol se mit tout à fait à genoux pour recevoir convenablement la main que madame Badinard lui tendait...
— Monsieur Boulandais! cria-t-il en se relevant après avoir longuement
Bisséco préfet.
BINDING SECT. **
P(t Kobica, Albert
Le. jrenae nirscende R27G73 parisienne