LA JEUNE PUNAISE
(Gracioso).
Vous avez appelé vos enfants... Je suis prête !...
(Soudain, avec terreur).
Mais que vois-je? c’est donc un combat qui s’apprête?
On m’avait dit un festival,
Et j’avais déjà mis mes vêtements de fête,
Avec mes escarpins de bal.
Grâce ! grâce pour moi-même !
Grâce pour l’amant que j’aime !
(Parlant à un conscrit.)
Tu pars ! tu pars ! O jour fatal !
LE PUNAIS
Dam ! c’est l’ordre du général.
LA PUNAISE
Punais, idole de mon âme !
Beau punais brun, écoute-moi !...
LE PUNAIS
Non, non 1 la gloire me réclame...
Adieu !
LA PUNAISE
Mon cœur est plein d’émoi !
Beau punais brun, écoute-moi !
LE PUNAIS
ROMANCE
O ma fiancée !
Toi que j’ai bercée
Sur mon cœur brûlant,
Par un crépuscule De la canicule,
Je m’en vais à la guerre... Est-ce assez canulant !
LA PUNAISE
Pauvre délaissée !
Moi qu’il a bercée Sur son cœur brûlant,
Par un crépuscule De la canicule,
Il s’en va-t-à la guerre !... Eh bien 1 c’est régalant !
THUNDER-TEN-TRONCKH
Enfants, embrassez-vous sous mon panache blanc !
LA PUNAISE
Tu sauras tout... cruel, arrête !
Je porte dans mon sein le fruit de notre amour...
LE PUNAIS, vexé et à part.
Seigneur mon Dieu, comme c’est bête !
Porte-le sur ton dos... ça paraîtra moins lourd.
ENSEMBLE O ma fiancée !
Toi que j’ai bercée
Sur mon cœur brûlant,
Par un crépuscule De la canicule,
Je m’en vais à la guerre... Est-ce assez canulant !
Pauvre délaissée !
Moi qu’il a bercée Sur son cœur brûlant,
Par un crépuscule De la canicule.
Il s’en va-t-à la guerre !... Eh bien ! c’est régalant !
THUNDER-TEN-TRONCKH
Enfants, embrassez-vous sous mon panache blanc !
Voyez la tourbe se déroule,
Insoucieuse des périls ;
On dirait l’océan qui houle !...
Combien sont-ils ? combien sont-ils ?
Comptez les cimiers, les cuirasses, Comptez les tenailles voraces,
Comptez les innombrables traces Qu’ils sèment partout en passant !
Autant compter — rêve stérile !
Les mots du dernier vaudeville Et tous les traits dont Biéville Marque son feuilleton puissant !
Leurs hauts faits, c’est un vrai poëme, Le poëme des conquérants Et leurs noms, l’histoire elle-même N’en saurait citer de plus grands !
Ce vieux, qui branle et qui chancelle, Faisait rage dans la ruelle Avant de prendre une écrouelle Dans la cravate d’un docteur (1 ) ; L’autre qui marche sur sa piste,
Un soir d’ivresse — triste ! triste !
Sur l’âpre cuir d’un réaliste Ébrécha son dard fureteur !
Cet enfant, à face creusée,
Qui suit comme à l’enterrement,
C’est une existence brisée,
La fatalité ! le roman !
Oh ! la jeunesse vagabonde !
Lui, pour ses débuts dans le monde,
Il choisit une actrice blonde,
Et s’endormit dans les carmins.
Son amour fut court, mais sublime !
Après deux nuits de ce régime,
Il s’éveilla, pâle victime !
Dans le delirium tremens.
(1) Sans doute feu le docteur Véron qui avait gardé ses écrouelles, n’ayant été touché que par la branche cadette. ( Note de V éditeur.
Et voici les vieux de la vieille,
Ceux dont, au milieu du sabbal,
La haute expérience veille Sur le bon ordre du combat.
Habitués aux stratégies,
Ils ont toutes les énergies,
Et sortent, les griffes rougies,
Des coups les plus aventureux. . .
Ce vaillant qui marche à leur tête, Astiqué comme un jour de fête, Fulgurant comme la tempête,
C’est Cocoricouski le Preux !
Mais, parmi ces suceurs de chyle,
Qui sait, à l’instar de Cromwell, Joindre aux persistances d’Achille L’adresse de Machiavel ?
Ah ! c’est le seigneur, c’est le maître ! C’est l’autocrate et le grand-prêtre !
Des envieux diront, peut-être...
Vous savez tout ce qu’ils diront...
Il n’est vertu qui ne se nie !
Laissons passer la calomnie,
Saluons bien bas le génie...
Vive le grand... Thunder-ten-Tronckh :
Tous ces héros altiers, en cohorte pressée, Passaient cavalcadant, sans que la fiancée
Dirigeât vers leurs ors un rayon de son œil ;
Des amours menacés elle portait le deuil.