‹ La grande symphonie heroïque des punaisesChapitre 8 sur 9 · AIR · texte numérisé non relu

AIR

Mon dos est une mer, mon cœur une tempête...

Je crache mes poumons, et j’ai mal à la tête...

Dans le val de mes reins minés je sens courir Je ne sais quelle affreuse bête...

Mes cors aux pieds me font souffrir.

(Avec prière.)

Si ta justice est satisfaite,

Mon Dieu ! mon Dieu ! fais-moi mourir !

CHŒUR DES PUNAISES

On connaît son métier ! Quand notre homme est trop vif, La la pif !

On s’esbigne d’un trait ! et puis, cahin, caha,

Pif la la !

On revient à la charge avec le tremblement,

Rantanplan ! ! !

l’infortuné voyageur.

Si ta justice est satisfaite,

Mon Dieu ! mon Dieu ! fais-moi mourir !

Oh ! ce fut un combat terrible, en vérité,

Dont la narration nous fait peur... D’un côté,

Les assaillants ayant disséminé leur force,

Des pieds du patient se ruaient vers le torse !

Et c’était un carnage horrible, horrible... dont Surgissait par instant un râle furibond !

Puis des éclats de rire ! un blasphème ! une orgie !

Des rauquements stridents et sans analogie !

En vain l’infortuné voyageur se grattait,

En vain il se tordait, en vain se débattait,

Les ennemis marchaient, ivres de leur victoire,

Et leur fût-il resté rien qu’une goutte à boire,

Ils auraient persisté dans leur acharnement.

L’horloge, par bonheur, fut prise en ce moment D’un besoin de jaser... elle sonna deux heures...

Une... deux... lentement, en notes si majeures Que notre tenaillé s’éveilla tout à coup.

Une allumette — trrrinck — a grincé... Feu partout ! Les punaises, ainsi qu’un soleil d’artifice,

S’écartent, pressentant l’heure de la justice.

Il fut impitoyable, à son tour ! On le vit Écraser et broyer, sans trêve ni répit,

Et même il rôtissait les corps à la chandelle !

Et la confusion de la fuite fut telle Qu’un père de famille écrasa son garçon,

En cherchant à gagner un trou de paillasson...

Puis c’étaient des fuyards qui tombaient dans le vase Sur lequel Lancelot a fait sa périphrase...

Dans les noms de ces morts nous trouvons . . .mon Dieu ! qui? Le nom si glorieux de Cocoricouski.

COCORICOUSKI.

ROMANCE

Je suis parti pour servir la patrie ;

Comme un lion j’ai longtemps combattu ; J’ai tout quitté, ma punaise chérie,

Aux yeux de chrome... un ange de vertu ! Vais-je flétrir les lauriers de la guerre Dans un endroit... un endroit réservé ? Vais-je périr en insecte vulgaire ?

Rien qu’une main, Français, je suis sauvé !

(Avec force).

A moi ! l’eau monte ! Je suffoque...

Adieu !

THUNDER-TEN-TRONCKH, de sa cachette.

Claque, ma vieille... Je m’en moque Un peu !

COCORICOUSKI.

Je meurs... écoutez ma prière...

THUN DER-TEN-TRON CKH

Cet oison est-il embêtant !

COCORICOUSKI.

Au haut des deux, ma demeure dernière, Mon général, je m’en vais pas content !

(Il claque.)

Gocoricouski vient d’expectorer son âme.

Thunder-ten-Tronckh, blasé sur les horreurs du drame, Sort du madapolam d’où, lâchement blotti,

Il a vu décimer les gens de son parti.

Il danse un entrechat sur les rideaux de serge,

Il rit, il mange, il boit, se saoule et se goberge.

Le pauvre voyageur, exsangue, anéanti,

Dort d’un sommeil épais qui ressemble à la fièvre ;

Des mots incohérents se heurtent sur sa lèvre ;

Sa respiration anhélante, parfois,

A des acuités de fifre et de hautbois...

Si ce n’est le repos, c’est au moins l’inertie.

Thunder-ten-Tronckh commence à jouer sa partie.

En marchant à travers tous ces cadavres froids,

Il découvre le corps d’une vivandière,

Fendu du flanc jusqu’à... l’autre côté, derrière...

Une vivandière enceinte de sept mois...

Il recueille les œufs de cette infortunée,

Et puis les insinue avec dextérité

Dans le nombril du bon voyageur éreinté...

Gomme Titus, il n’a pas perdu sa journée.

Encore vous faut-il expliquer ce nombril Extravagant de face, étrange de profil,

Ce nombril, ce n’est pas un nombril, c’est un gouffre ! Les œufs, le voyageur les gardera, dût-il Enfumer son nombril bizarre avec du soufre,

Le nettoyer ensuite avec de l’alcool,

Et finir la lessive avec du vitriol !

Aussi Thunder-ten-Tronckh, content de sa besogne, Entonne-t-il un ranz tyrolien, sans vergogne :

TUNDER-TEN-TRONCKH .

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