‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 52 sur 68 · Chapitre IV · texte numérisé non relu

Chapitre IV

^'ous attachant tidèlement à la tradition conservée depuis l'origine du Christianisme,... Nous enseignons et déhnissons, avec l'approbation du sacré Concile, que c'est un dogme divinement révélé : Que le Pontife romain quand il parle ex cathedra; c'est-à-dire lorsque, remplissant la charge de pasteur ot de docteur de tous l s Chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il déUnit qu'une doctrine" sur la foi ou les mœurs doit être tenue par l'Église universelle, jouit pleinement par l'assistance divine, qui lui a été promise dans la personne du Bienheureux Pierre, de celte infaillibilité dont le divin Rédempleur a voulu que son Église fût pourvue, en déhnissant sa doctrine touchant la foi ou les mœurs ; et ([ue par conséquent de telles définitions du Pontife Romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise. — Que si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la témérité de contredire notre définition, qu'il soit anathème.

Transfiguration du Sauveur sur le mont Tliabor.Fête commcmorative de cet'.e divine manifestation.

Les trois Évangélistes qui racontent comment Notre-Seigneur se transfigura devant ses trois Apôtres privilégiés ne nomment point la montagne trèsélevée sur laquelle s'accomplit cet événement merveilleux. Mais, d'après le sentiment commun des saints Pères et des pieux fidèles, une tradition respectable nous apprend que ce fut sur la plus haute montagne de la Galilée, sur le Thabor. Ainsi fatlestent principalement les plus savants écrivains ([ui ont habité la Palestine à des époques très-anciennes, où ils ont recueilli 'es souvenirs relatifs aux laits évangélii[ues : tels sont, au quatrième siècle, Eusôbe archevé([ue de Césarée, surnommé le Père de /'/i/5- (oireecdriiasriVac; saintCyiilleévêqued,^ Jérusalem, auteurdcscélèbvas, Catéchèses ; saint Jérôme, docte solitaiiedel{elhléem;eUlans le huitièmesiècle saint Jean Daniascène, moine éruditde Jérusalem.

Aussi, depuis un temps immémorial, le Thabor est devenu fameux parle pèlerinage des Chrétiens, qui de toutes les contrées viennent y honorer la mémoire du Sauveur glorifié avant même sa résurrection ; c'est ce que firent, entre beaucoup d'autres, saint Willihalde évèque en Germanie au huitième siècle, Arculphe évoque en Gaule au septième, saint Antonin au sixième, et l'illustre dame romaine sainte Paule au quatrième. Auparavant déjà, la digne mère de Constantin, sainte Hélène, avait visité ce lieu mémorable; elle y avait fait bâtir une magnifique église richement dotée, en l'honneur de la glorieuse Transfiguration et des trois disciples qui en avaientété les heureux témoins. Plus tard, on y joignit d'autres églises avec des monastères dédiés à Moïse et à Élie ; ainsi fut accompli de quelque manière le désir qu'avait jadis exprimé- saint Pierre, comme le Vénérable Bède le faisait déjà remarquer au huiliôme "siècle. Mais au treizième, ces églises et ces monastères fuient détruits par les Sarrasins qui élevèrent des châteauxforts à leur place ; ceux-ci furent rasés à leur tour, de sorte que différentes ruines sont accumulées aujourd'hui sur le Thabor. Maintenant on y trouve sous de petites voûtes trois autels, où les pèlerins peuvent satisfaire leur dévotion, à l'endroit môme consacré par la divine manifestation de Notre-Seigneur.

Aux témoignages nombreux et aux antiques monuments qui nous montrent le Thabor comme le théâtre constamment vénéré de la Transfiguration, quelques voyageurs modernes, tels que M. de Lamartine, opposent l'existence prétendue d'une ville ou d'une citadelle sur le sommet de celte montagne, à l'époque même de Jésus-Christ ; et ils disent que le Sauveur a sans doute choisi un lieu solitaire plutôt qu'un endroit habité comme le Thabor, pour opérer ce prodige qu'il commande de tenir secret jusqu'après sa résurrection. Il est bien vrai que, deux siècles environ avant Jésus-Christ, une ville située sur le Thabor fut prise par la ruse d'Anliochus le Grand, comme l'historien Polybe le rapporte; mais il parait que cette ville, précédemment indiquée dans l'Écriture sainte, fut alors détruite, car depuis ce temps elle n'est plus mentionnée. En outre, l'historien Josèphe,qui écrivait peu d'années après la mort de Jésus-Christ, parle du Thabor comme d'un lieu actuellement inhabité; et il dit qu'il y fit fortifier un camp où il 'se retira avec les Juifs réunis pour s'y garantir des ti-oupes romaines conunandées par Vespasien. Or, ceci se passait trente-cinq ans après la Transfiguration. C'est donc sans raison plausible ou suffisante que plusieurs écrivains, pour se donner comme des cri-

tiques éclairés, OQt voulu coutesler rancieiine et commune tradition ; aussi, faute de documents historiques i)ropres à confirmer leurs assertions, ils ne s'accordent point entre eux touchant le lieu de la Transfiguration. D'après quelques-uns, ce serait le Liban, voisin de Césaréc où quelques jours auparavant Notre-Seigneur avait annoncé sa glorification comme prochaine. D'après quelques autres, ce serait le mont des Oliviers ; mais comme il est fort peu élevé, cette opinion est contraire au texte même de l'Evangile qui place la Transfiguration sur une très-haute montagne.

La TraiisliguralioQ du Sauveur renferme trop d'instructions importantes pour rester confondue parmi les autres nombreuses merveilles de sa vie sur la terre; car cette glorieuse manifestation est admirablement propre à exciter nos sentiments de foi, d'espérance et de charité, lorsque nous voyons les mystères principaux de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption s'y révéler d'une manière éclatante avec la divinité de .lésus-Christ. De plus, le Sauveur y donnait à ses disciples favoris une preuve et une image consolante de sa résurrection prochaine, en même temps qn'il y ofiVait à tous ses élus un gage et un spécimen magnifique de leur future résurrection. Aussi, depuis un temps immémorial, dans toute l'Église on fait mémoire de la Transfiguration le premier samedi et le second dimanche du carême, où on lit l'Evangile qui en contient la n-lalion. La raison de cet usage, si nous en croyons Ludolphe d'accord avec Durand de Mende, c'est que cet événement eut lieu vers cette époque de l'année, au commencement du printemps ; car on peut conclure des difîérents textes évangéliques qu'il arriva peu de temps avant la Passion de Jésus- Christ, comme le font remaniuer Baronius et Benoit XIV. Il est en efl"et certain que Notre-Seigneur se transfigura le huitième jour après avoir annoncé son départ pour Jérusalem, où il allait, disaitil, souffrir d'affreux tourments, subir une mort ignominieuse et ressusciter trois jours lîprès.

Pour honorer celte glorification anticipée de son divin Chef, l'Église ne se contente pas d'en faire mémoire avant le temps de la Passion, elle prescrit d'en célébrer la solennité après le temps de la Résurrection, leG d'aofjt; car, selon la remarque de Ludophc et de Durand, ce fut vers cette é|)0 [ue de l'année que les Apôtres commencèrent à publier la Transfiguration du Seigneur. Suivant d'antres écrivains, le jour de cette fête a été fixé le G d'août, parce qu'il est l'anniversaire même de l'événementi; mais d'après ce que nous avons dit, cette opinion parait moins conforme aux textes

évangélique.-. Appuyés sur plusieurs documents très-anciens, les liturgistes soutiennent que cette fête existait dès les siècles les plus reculés en diverses églises particulières, soit d'Orient, soit d'Occident, notamment chez les Grecs et chez les Arméniens. Néanmoins, chez les Latins elle n'était pas encore générale au quinzième siècle, lorsque CalliKte III la rendit obligatoire pour l'Église universelle par une bulle de 1457. L'occasion de ce décret fut l'insigne victoire que Huniade, roi de Hongrie, venait de remporter sur Maliomet II en le contraignant de lever le siège de Belgrade, 6 août 1466. Afin d'implorer continuellement le secours de Jésus-Christ en faveur des Chrétiens menacés par les Turcs, le Souverain-Pontife obligea de C'iébrer partout très-solennellement chaque année, le sixième jour d'août,la fête delà Transfiguration; il recommandait en même temps de suivre le nouvel office propre qu'il publiait, en octroyant des indulgences particulières, comme pour la Fête-Dieu, à tous ceux qui le réciteraient ou entendraient au chœur. De cette ordonnance plusieurs historiens ont faussement conclu que la solennité de la Transfiguration a été instituée par Callixte III ; mais il est certain qu'elle était établie longtemps avant lui ; entre autres preuves il suffirait de citer le témoignage de Ludolphe qui vivait plus d'un siècle auparavant.

Voir les Saints Lieux, par Mgr Mislin, t. III, c. XL et le Traité de Festis par Benoit XIV.

Page 1