‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 22 sur 48 · T. VI. IL · texte numérisé non relu

T. VI. IL

En effet, d'après saint Léon (Serm. 9 de Passione), pendant que le Sauveur était retenu comme homme devant le tribunal du pontife, de là il vit seulement comme Dieu la frayeur de son disciple placé hors de la maison ; et aussitôt par un coup d'oeil tout-puissant, il releva le courage de cette âme abattue qu'il toucha d'un amer repentir. Suivant saint Augustin (Lib. m de Gonsensu Evang. c. 6), le regard divin tombé sur Pierre, ce fut le souvenir excité dans lui de la faute qu'il avait commise et de la prédiction qu'il avait entendue auparavant. Ainsi le Seigneur jeta sur lui des yeux compatissants, parce qu'il le pénétra d'une salutaire componction et qu'il le retira d'une chute dangereuse. C'est dans ce même sens que nous prions souvent Dieu de nous regarder favorablement. Or ce souvenir suggéré au disciple coupable fut l'heureux commencement d'une parfaite conversion ; car, selon saint Chrysostôme, il n'y a point de meilleur remède au péché que la pensée continuelle de Dieu. « Sons l'œil propice de son Maître, dit le Vénérable Bède (in cap. 22 Luc), Pierre, rentrant en lui-même, effaça les taches de son reniement par les larmes de la pénitence ; car la grâce divine est nécessaire non-seulement pour accomplir la pénitence, mais même pour l'embrasser. De là vient que le Prophète royal s'écriait : Jusques à quand mon ennemi s'élèvcra-t-il contre moi? Daignez me regarder et m'exaucer, Seigneur, mon Dieu ; c'est-à-dire ayez pitié de moi, et venez à mon secours. »

Pierre, sentant donc que son cher Maître l'avait entendu et regardé, fut ému et bouleversé; il sortit aussitôt de la cour, où il l'avait renoncé dans la compagnie des méchants, et se retira dans une grotte appelée le chant du coq. C'est là qu'il pleura amèrement (Matth. xxvi, 75). Les larmes de la contrition qui proviennent d'un cœur affligé sont vraiment

amères ; les larmes de la dévotion sont au contraire si douces qu'elles servent d'aliment continuel aux plus saintes pensées, comme l'avait éprouvé le Prophète royal quand il disait : Mes larmes furent ma nourriture pendant le jour et la nuit (Ps. xli, 4). A l'endroit même où l'Apôtre repentant pleura d'abord son péché, pour rappeler sa pénitence, on bâtit plus tard en son honneur une église située entre la montagne de Sion et la ville de Jérusalem. Depuis ce moment, Pierre prit l'habitude de se lever chaque nuit an premier chant du coq, qui lui rappelait le- souvenir douloureux de sa chute ; il restait alors en prières jusqu'au matin, ne cessant de pleurer sa faute, non point seulement parce qu'il avait mérité une peine terrible, mais plutôt parce qu'il avait renié le meiUeur Maître. Ce souvenir était pour lui le plus cruel supplice, comme l'atteste saint Chrysostôme. Des larmes brûlantes coulaient si abondamment sur ses joues qu'ellss y creusèrent un sillon toujours humide ; ce qui l'obligeait à porter continuellement dans son sein un linge pour les essuyer.

Considérez à présent le Heu qui fut un écueil pour le Prince des Apôtres, et apprenez de là à fuir toute assemblée qui pourrait devenir pour vous une occasion de scandale. « Où donc Pierre renia-t-il le Sauveur? se demande saint Ambroise (in cap. 22 Luc). Ce ne fut point sur la montagne, ni dans le temple, ni dans sa maison ; mais dans le prétoire des Juifs, dans la demeure des princes, là où Jésus était enchaîné et la vérité captive. » Comme le fait observer saint Jérôme, « Pierre se tenait dans la cour, près du foyer, avec les serviteurs. Cette cour représente le monde, la concupiscence en est le foyer et les démons en sont les serviteurs; or celui qui ne s'en éloigne pas avec soin ne peut pleurer ses propres péchés. » Remarquons à ce propos

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combien il est dangereux de vivre dans la cour des grands. Pierre n'entra qu'une fois dans un palais, et il y perdit toute son énergie jusqu'à renoncer Jésus -Christ. Que seraitil arrivé^ s'il y fût resté plus longtemps? Aussi, ce ne fut point là, mais seulement dehors, qu'il se repentit. De même, l'étoile du Messie s'éclipsa aux yeux des Mages, dès qu'ils furent arrivés dans le palais d'Hérode; mais à peine en furent-ils sortis qu'elle reparut brillante. — 0 combien est funeste la conversation des méchants ! s'écrie le Vénérable Bède (in cap. 14 Marc). Pierre parmi les Juifs n'osa pas avouer même comme homme Celui qu'il n'avait pas craint de proclamer Fils de Dieu parmi les disciples. Gomme il ne pouvait non plus pleurer sa faute en restant dans la coar de Caïphe, il se retira à l'écart afin que, séparé des impies, il pût librement effacer par des larmes abondantes les souillures contractées par sa lâche défection. » C'est ainsi qu'aujourd'hui beaucoup d'hommes admis dans les palais renient Jésus-Christ par leurs œuvres coupables ; et c'est à peine si jamais ils en font pénitence, parce que ces lieux n'y sont point propres ; celui donc qui veut éviter le péché et réparer le mal qu'il a commis doit fuir les sociétés dangereuses ou mondaines. Aussi saint Bernard dit : « Il est très-difïicile de faire pénitence sans quitter le siècle : dans ce milieu corrompu, tout devient achoppement pour le vice et obstacle pour la vertu ; les uns par leurs maximes empoisonnées, les autres par leurs exemples pernicieux vous entraînent dans le péché ; ceux-ci par leurs flatteries vous portent à la vaine gloire ; ceux-là par leurs détractions vous font tomber dans l'impatience. »

Nous qui avons audacieusement renié le Christ notre Rédempteur par des pensées^ des paroles ou des actions criminelles, imitons la pénitence de Pierre, Reconnaissant sa

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faute, il en a de la douleur et du regret, il laisse la compagnie, occasion de sa chute, et gagne la solitude, amie de la componction ; c'est là qu'il pleure amèrement, bien convaincu qu'un esprit brisé par le repentir est un sacrifice agréable à Dieu, et que le Seigneur ne rejette point un cœur contrit et humilié, comme le Prophète royal l'a déclaré (Ps. L, 19). Faisons de même à l'égard du Sauveur, en nous rappelant ses douleurs et nos péchés; allons dehors avec Pierre pour y pleurer amèrement sur nous-mêmes ; Celui qui daigna regarder le disciple infidèle ne manquera pas de nous regarder aussi miséricordieusement. Suivons ainsi la route de la pénitence que nous a tracée le Chef des Apôtres ; et puisque nous avons péché comme lui, repentons-nous avec lui, pour mérirer le pardon. Abreuvés, à son exemple, d'une absinthe doublement amère, versons des larmes abondantes de contrition sur nous-mêmes et de compassion sur le Christ souffrant ; de cette manière nous serons, comme Pierre, affranchis de la dette du péché et remplis de l'esprit de sainteté. Quant à Pierre converti, dit saint Ambroise (in cap. 22 Luc), je ne trouve point qu'il ait parlé mais qu'il a pleuré ; on mentionne bien ses larmes mais non point ses œuvres dé pénitence. Sa contrition paraît avoir été si parfaite qu'elle lui a tenu lieu de toute autre satisfaction, û Prince des Apôtres ! s'écrie saint Léon (serm. 9 de Passione), heureuses sont vos larmes qui, pour effacer le crime d'un triple reniement, eurent tout l'efTicace du saint baptême! D'oiî Ion doit conclure que la contrition peut s'élever à un tel degré qu'elle suffise pour enlever toute peine.

Arrêtons-nous à considérer l'ordre des événements relatifs à la conversion de Pierre. Elle eut pour occasion d'abord le chant du coq, puis pour cause le regard du Sei-

gneur, et pour résultat le repentir de l'Apôtre. Ainsi se passent les choses encore aujourd'hui dans la conversion du pécheur. D'après saint Grégoire en effet (lib. 30 Moral. c. 4), la voix du prédicateur qui excite nos cœurs à la componction est pour nous comme le chant du coq. Mais il faut en outre que le regard du Seigneur fasse sentir au coupable quelque rayon de la grâce ; car ce dernier restera misérablement dans les ténèbres, jusqu'à ce qu'il soit éclairé parla véritable lumière du monde. Enfin, les larmes du repentir commencent à couler de nos yeux, quand notre âme est enflammée par une étincelle secrète de l'amour divin ; et nous allons aussitôt dehors, en sortant de l'état déplorable où nous étions tombés. Le Vénérable Bède dit à ce sujet (in cap. 22 Luc.) : « Pierre, qui avait renié son Maître au milieu de la nuit, se repentit au chant du coq ; ainsi les ombres de l'oubli qui avaient causé son égarement furent dissipées par les premières lueurs d'espérance que fit briller le souvenir de la bonté divine. Le coq qui donne le signal de ce retour salutaire me semble figurer tout docteur ou pasteur vigilant qui nous arrache au sommeil et nous retire de la paresse en disant : Réveillez-vous, justes, et gardez-vous de pécher (T Cor. xv, 34). »

L'Apôtre ainsi réveillé et converti se mit à pleurer sur son divin Maître et sur son propre péché, en songeant aux biens qu'il avait reçus et à l'ingratitude qu'il avait montrée. Faut-il s'étonner si les regards du Seigneur ont fait alors couler les larmes de Pierre ? Les yeux du Seigneur ne sontils pas comme la flamme ardente (Apoc. i, 14), tandis que ceux de Pierre étaient comme de glace ? rien donc de surprenant que cette flamme rencontrant cette glace l'ait fondue ; et celui que le Soleil de justice daignait frapper de son éclat ne pouvait rester dans la nuit de l'infidélité. 0

doux Sauveur ! combien votre coup d'oeil est efficace pour réchauffer le cœur froid et pour illuminer l'esprit obscurci, en sorte que l'homme voie son Créateur et reconnaisse son erreur ! ah ! comme il vous faut peu de temps pour amollir la dureté de l'âme, de manière à en faire jaillir une source abondante de pieuses larmes I « Admirons, dit saint Anselme (de Redempt. gen. hum.), avec quelle clémence miséricordieuse, avec quelle force attractive, le Sauveur regarda son disciple trois fois infidèle, quand il le fit rentrer en lui-même et pleurer avec un regret amer. 0 bon Jésus 1 veuillez me regarder avec une semblable compassion, moi malheureux qui si souvent, hélas I vous ai renié par des affections et des œuvres coupables, à la voix d'une servante effrontée, savoir de mapropre chair. »

Envisagée selon le sens moral, la première servante qui fit renier Jésus à Pierre représente la cupidité ; la seconde figure la volupté charnelle ; et dans la personne des assistants on peut voir une image des démons qui concourent à la chute des hommes. La* cupidité ou avarice sert, en effet, aujourd'hui de concierge principale chez la plupart des grands ; car, comme une portière, elle introduit dans leurs palais tous ceux qu'elle veut, par le moyen de l'argent. De là cetLe maxime consignée au Hvre des Proverbes (xviii, 16) : JLe présent que l'oti fait ouvre la voie et fraie les avenues auprès des princes. Oh 1 combien il est à craindre que la charité, reine des vertus, ayant été chassée des maisons de ceux qui gouvernent, une servante vénale ne commence à y régner en maîtresse ; car dès que la cupidité y est admise la charité en est bannie, parce qu'elles sont toutes deux inconciliables. L'avarice a pour complice la luxure qui, d'accord avec les démons, porte à renoncer également Jésus-Christ. Pierre, dont le nom signifie connaissant, est

ici le symbole des clercs qui, connaissant le Seigneur, ne le suivent néanmoins que de loin, parce qu'ils le recherchent, non point pour lui-m.ême, mais pour leur intérêt personnel; aussi vaincus par l'avarice, ils finissent souvent par le renier lâchement. En somme, combien de malheureux courtisans qui fréquentent les palais, et qui, tant qu'ils y sont, n'arrivent jamais ou ne pensent pas même à faire une sérieuse pénitt nce.

De la défection momentanée de Pierre ressortent plusieurs enseignements. Le premier, c'est que les pasteurs de l'Eglise doivent compatir aux faiblesses de leurs ouailles ; car selon saint Grégoire (Hom. 21 in Evang.), le Seigneur permit que son principal disciple succombât d'abord afin qu'il se relevât bientôt plus fort par une généreuse pénitence, et que, devant être le Chef de l'Eglise, il apprît par l'expérience de sa fragihté à supporter miséricordieusement les infirmités des autres. Aussi, comme saint Chrysostôme le fait justement observer (Hom. 83 in Matth.), les fonctions du sacerdoce n'ont point été réservées à des Anges, parce qu'étant eux-mêmes innocents et impeccables, ils auraient pu traiter leurs sujets avec trop peu de ménagement et de miséricorde ; mais elles ont été confiées à de simples mortels, fragiles et pécheurs, afin qu'ils se montrent doux et indulgents pour les fautes de leurs semblables.

Le second enseignement est que nul ne doit se prévaloir de ses qualités, ou se confier en ses forces. « Le Seigneur a laissé tomber le Prince des Apôtres, dit saint Léon (Serm. 9 de Passione), afin de montrer à lEglise, par l'exemple de son Chef futur, combien est salutaire le remède de la pénitence ; c'était aussi afin que personne n'osât compter sur sa propre vertu, en voyant que le plus fervent des disciples n'avait pu éviter le péril de l'instabilité. » D'après saint Ghrysos-

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tôme(Hom. 83inMatth.), les Évangélistes s'accordent à rapporter cette chute mémorable pour nous apprendre le danger de présumer de soi-même, au lieu de s'appuyer uniquement sur Dieu. Selon saint Ambroise (in cap. 22 Luc), ces détails nous ont été transmis pour nous prémunir contre l'écueil ordinaire de la présomption ; car qui osera se vanter encore, après qu'il a vu tomber Pierre pour avoir dit : Et quand tous les autres seraient scandalisés à votre sujet, moi je né léserai jamais (Matth.xx\i, 33)? David avait dit pareillement dans sa prospérité : Non, je ne serai jamais ébranlé ( Ps. xxix, 7). Mais il ne tarda pas à se reprocher cette jactance comme lui ayant été très-funeste, ainsi qu'il l'avoue en ces termes : Seigneur, vous avez détourné de moi votre face^ et je suis tombé dans le trouble (Ibid. 8).

La troisième leçon que renferme pour nous la chute de Pierre, c'est que nous devons, dès le principe, résister au péché, parce qu'une première faute en entraîne souvent une plus grave. Nous en avons ici un exemple terrible : l'Apôtre commença à renier son Maître par un mensonge, puis il continua par un parjure et finit par des imprécations. D'après l'explication de saint Jérôme (in cap. 14 Marc), la première servante qui fit tomber Pierre représentait l'hésitation dans le bien, la seconde servante figurait l'adhésion au mal, et l'homme qui vint l'interpeller en dernier lieu signifiait l'acte qui réussit enfin à consommer le crime. Telle fut la marche progressive de cette triple négation qu'effacèrent les larmes répandues au souvenir de la prédiction du Seigneur.

La quatrième leçon, c'est que, si nous avons le malheur de tomber, nous devons nous relever aussitôt; car, d'après la Glose, persévérer dans une faute, c'est l'aggra-

ver. L'Esprit-Saint a dit : Celui qui méprise lès petites chutes en fera bientôt de plus grandes (Eccli. xix,l); et saint Grégoire ajoute (Hom. 11 in Ezech.):Le péché que la pénitence ne vient pas détruire ne tarde pas à en produire un autre. C'est ainsi qu'après avoir succombé à une première tentation, le Prince des Apôtres se vit exposé à de nouvelles tentations de plus en plus fortes.

La cinquième leçon, c'est de ne jamais nous décourager, quelle que soitTénorniitéde nos crimes, mais de les pleurer, à l'exemple de saint Pierre qui se purifia des souillures de sou reniement par les larmes de son repentir. Admirons ici l'efTicacité de la pénitence et, quelque coupables que nous soyons, conservons toujours l'espérance du pardon ; car la gravité de ses chutes n'a point empêché Pierre de recevoir les clefs du ciel et de devenir le modèle des pénitents.

La sixième leçon, c'est que nous prenions garde de jamais renier Jésus-Christ. Ce malheur arrive en quelque sorte à quiconque commet un péché mortel ; car toutes les fois qu'on adhère ainsi au démon, on renonce au Sauveur en s'éloignant de lui pour s'attacher à son ennemi.

Pour faire à nous-mêmes une application de l'événement que nous venons de rapporter, représentons-nous Jésus-Christ jetant sur notre âme un regard plein de bonté. A cette vue, rappelons-nous sommairement nos péchés ; pleurons-les autant que nous le pouvons, du moins avec des larmes du cœur, et disons-lui : 0 Jésus ! qui, après avoir été renié trois fois par votre principal disciple, l'avez amené à résipiscence en le regardant avec miséricorde, daignez aussi me regarder avec clémence, afin que, comme lui, je pleure amèrement mes péchés, et que je ne vous renonce jamais plus par mes paroles ou mes actions.

Fatigués enfin de leur excès, tous les Juifs, ministres d'iniquité, se retirèrent pour aller dormir. Mais auparavant, ils jetèrent le Seigneur Jésus dans un cachot souterrain, où ils l'attachèrent à une colonne de pierre. Afin de le garder plus sûrement, ils laissèrent auprès de lui quelques sbires armés, qui le tourmentèrent toute la nuit, comme si le jour ne suffisait pas à ses ennemis pour assouvir sur lui leur méchanceté. Ces geôliers impitoyables l'accablèreat de railleries et de malédictions, en lui disant: Tu te croyais plus sage que nos princes et plus juste que les Pharisiens : maintenant on reconnaît ta folie et ta perversité. Tu as bien mérité cette affreuse prison, en attendant que tu subisses bientôt une mort cruelle. Aux paroles injurieuses ces vils stipendiés ne cessaient de joindre les plus indignes traitements, a Durant toute la nuit, dit saint Anselme (in Speculo), on ne laissa pas à Jésus un seul instant de repos ou de sommeil ; la tourbe scélérate des valets ne se lassa point d'insulter et de frapper l'innocent Agneau. Contemplez donc votre divin Maître confus de tant d'opprobres et néanmoins toujours patient au milieu des tourments ; il tient les yeux baissés et garde un continuel silence, comme s'il était réellement coupable ; témoignez donc à votre Créateur ainsi outragé la plus vive compassion. »

Pendant que le Seigneur reste ainsi lié à la colonne et debout jusqu'au matin, saturé de douleurs et d'ignominies, transi de froid et exténué de fatigue, vous irez le trouver pour lui prouver .que vous êtes profondément affligé de ses extrêmes souffrances, vous baiserez pieusement ses mains et ses pieds vénérables ainsi que ses liens cruels ; vous vous prosternerez devant lui et vous lui direz en pleurant et en gémissant : 0 mon bon Jésus ! en quelles mains barbares vous êtes tombé I Que votre patience est admirable ! car

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voici vraiment l'heure des ténèbres que vous avez annoncée. Puisqu'il ne m'est pas donné de vous délivrer, ah ! reposez du moins sur mon épaule votre tête divine. Vous lui recommanderez alors votre personne avec tous ceux que vous aimez spécialement; et ne doutez point que vos prières ne soient exaucées. Vous ajouterez en finissant : 0 doux Seigneur, que faudra t-il que je dise demain à votre trèsdigne Mère ? Enfin, vous essaierez de vous endormir quelques instants à ses pieds sacrés, si toutefois l'état lamentable dans lequel vous voyez votre aimable Sauveur vous permet de goûter quelque repos.

Prière.

Seigneur Jésus, qui vous êtes laissé souffleter chez Anne par un valet insolent, puis traîner comme un criminel enchaîné devant Gaïphe, et accabler de coups et d'affronts pendant toute cette nuit de votre Passion, je vous en supplie, accordez à un pauvre pécheur, tel que je suis, de souffrir patiemment de pareils outrages pour la gloire de votre nom, afin d'obtenir en compensation les joies é ternelles. Et puisque j'ai eu le malheur de vous renoncer souvent par des pensées, des paroles, des œuvres et des omissions coupables, miséricordieux Sauveur, daignez me regarder avec clémence comme vous avez regardé Pierre, afin que, comme lui, je parvienne à connaître et à pleurer mes infidélités, et que je mérite ainsi de trouver auprès de vous grâce et indulgence. Ainsi soit-il.

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