‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 19 sur 135 · SN LES FL0UEURS · texte numérisé non relu

SN LES FL0UEURS

pour pantalon un caleçon qui vous va a moitié des jambes, et qui vaut bien dix francs.

Ou bien on vous apporte des échantillons de vin de Champagne, en vous disant :

Goûtez , monsieur! c'est une occasion qu'il faut saisir. . . cela vient de la cave du prince un tel... 11 avait la meilleure cave de Paris... mais ses héritiers aiment mieux l'argent!

Vous débouchez au hasard une ou deux bouteilles de Champagne ; le bouchon vous part dans le nez... C'est superbe; vous achetez cinquante, cent bouteilles à quarante sous! c'est pour rien!

Vu bout de quelque temps, votre vin ne part plus, ne mousse plus, par exemple il pique toujours , mais il pique tellement que vous ne pouvez plus le boire.

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Cfe sont la dë petites floueries; on en l'ail en grand, et celles-lît ont bien meilleur genre.

On annonce dans les journaux une entreprise qui doit présenter un bénéfice de deux à trois millions en moins de deux années.

Tantôt c'est une argile de nouvelle espèce, que l'on vient de reconnaître comme propre à fabriquer sur-le-champ de la porcelaine du Japon.

C'est une carrière tort étendue , qui renferme du marbre , te plus beau marbre que l'on ait encore vu, des blocs immenses, qui ne demandent qu'à voir le jour et à être transformés en palais, en statues, en colonnes, en chefs-d'œuvre.

("est une mine, dans laquelle on trouvera peut-être de l'or, pour le moins de l'argent, et une fort grande quantité de cuivre.

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C'est un immense terrain dans lequel on vient de s'apercevoir qu'il vient des truffes; il n'y a qu'à fouiller et en prendre; quand il n'y en a plus, il y en a encore. Tous les cochons du pays s'y donnent rendez-vous.

Puis suivent les détails de tous les avantages réservés aux actionnaires ; il y en a tant , on vous offre une si grande quantité de bénéfices , que véritablement il faudrait ne point posséder un sou dans sa poche pour se refuser à de tels avantages ; en un an , six mois , vous avez quadruplé vos capitaux, vous avez toutes les garanties possibles, garantie morale, garantie matérielle, garantie spirituelle !... c'est vraiment comme si l'on vous disait :

— Donnez-moi cinq francs, je vais vous en rendre vingt. Vous pourriez répondre :

— Je ne vous donnerai rien du tout , et vous ne me donnerez que quinze francs... ce serait plus simple. Mais cela ne peut pas se faire eomme cela ; l'opération manquerait .

Les actions sont de mille francs ; mais on a bien voulu en fractionner, on en a émis quelques unes à cent francs, pour la commodité du public. Hâtez-vous, par exemple, car il n'en reste plus que fort peu à placer!... Vous n'avez plus que dix jours pour obtenir des actions... Cependant, si vous ne vous présentez qu'après l'époque indiquée, on vous en donnera encore, mais par faveur. Véritablement, on fait tout ce que l'on peut pour vous être agréable en vous enrichissant , et si vous n'étiez pas content , vous seriez bien difficile.

Vous prenez des actions.

11 y a un proverbe qui dit : Semez de la graine de niais, et il poussera des actionnaires!. . .

Au bout de quelque temps , lorsque vous vous attendez à toucher un dividende , vous recevez une circulaire qui vous invite à passer à la caisse de la société, pour y verser de nouveaux fonds, indispensables au succès de l'entreprise.

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Quelques mois après, nouvel appel de fonds.... toujours pour assurer le succès de l'entreprise.

C'est absolument comme ces bateleurs du boulevart, qui reçoivent dans leur chapeau l'argent des curieux, et crient continuellement:

« Encore quelque chose, messieurs!... encore quelques petits sous pour faire le tour... Allons, messieurs, du courage... le tour va se faire, mais il manque encore quelques sous. »

Le tour que l'on joue aux actionnaires est fait depuis long-temps, et souvent ils ne s'en doutent pas encore.

Cependant quelques uns, voulant enfin connaître cette superbe découverte, dans laquelle ils ont placé des tonds , prennent la poste un beau matin, pour aller sur les lieux mêmes admirer le terrain, la ('arrière ou la mine. . .

Us auraient dû commencer par là! mais on ne pense pas à tout , surtout lorsqu'on est actionnaire.

Il se trouve alors que l'argile propre à la porcelaine du Japon ne peut pas même servir à de la poterie.

La carrière de marbre s'est convertie en une fondrière, de laquelle on ne peut pas tirer le plus petit moellon.

La mine d'or, d'argent ou de cuivre, n'est plus même une mine de charbon; les mineurs ont perdu le fameux filon qui leur avait promis une fortune; ils ne peuvent plus parvenir à le retrouver.

Quant au terrain où venaient des truffes, vous y trouvez une fort grande quantité de pommes de terre. Vous vous promenez en vain, accompagné de cet animal , fidèle compagnon de saint Antoine , en lui faisant signe de chercher dans la terre. Votre animal cherche en effet, il trouve une foule de choses, excepté des truffes. Et vous vous apercevez que vous êtes floué du montant de vos actions.

Défiez-vous donc de ces gens qui vous proposent de vous enrichir, comme si c'était la chose du monde la plus simple, la plus facile. Engagez-les à s'enrichir d'abord eux-mêmes , ce qu'ils n'ont jamais pu faire, tout en faisant soi-disant la fortune des autres.

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Mais dans une ville immense comme Paris, vous ne devez pas être étonné de rencontrer à chaque instant des Houeurs : elle renferme tant de gens qui vivent au jour le jour ; qui se lèvent sans savoir où ils coucheront, où ils dîneront, et dans quels souliers ils marcheront.

Ces gens-là cherehent, inventent sans cesse de nouvelles ruses, pour faire passer l'argent de votre poche dans la leur, n'osant point encore vous le voler ouvertement ; ils se creusent l'imagination pour vjvre à vos dépens, et emploient souvent à eela de l'esprit, de l'adresse, de l'invention, qui, bien dirigés et avec la volonté de rester honnête et de travailler, auraient pu faire des hommes distingués dans les sciences, le commerce et les arts.

Il y a encore les flotteurs de société. Les uns ont, à l'écarté, le talent de toujours retourner le roi; les autres sont de la première force au billard ; ils cachent leur talent , perdent quelques parties à un écu, et vous gagnent ensuite cinq ou six cents francs, sans que vous ayez trouvé le moyen de faire un carambolage.

Il y a des (loueurs dans toutes les classes, dans toutes les hiérarchies de la société ; c'est donc à vous d'être sans cesse sur vos gardes.

On a prétendu qu'il y avait aussi des flottantes, niais ce mot-là n'est pas encore admis, et nous refusons d'y croire.

LA PKÏITK POSTK

Qui aurait jamais cru que le métier de facteur de la petite poste de Paris deviendrait un état dans lequel on roulerait voiture?

Autrefois , pour obtenir une place de facteur, il fallait être forl . vigoureux, s'annoncer enfin comme un homme bien constitué , et surtout* un bon marcheur; car la besogne d'un facteur n'était pas autre chose; il fallait marcher... toujours marcher; c'était un véritable métier de juif errant !

Dans les campagnes encore , l'homme chargé de porter les lettres d'une commune à une autre a conservé le nom de piéton.

Maintenant postulez sans crainte l'emploi de facteur, hommes délicats, faibles, valétudinaires, boiteux même; vous irez en voilure; au lieu de vous fatiguer, cela vous fera du bien, et tout en faisant votre besogne, vous sentirez renaître votre santé.

N'allez pas croire que nous blâmions l'invention nouvelle!... J)im au contraire; tout ce qui tend à améliorer la position des

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