‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 69 sur 135 · LES DÉBITS DIS CONSOLATIONS* "2(')'A · texte numérisé non relu

LES DÉBITS DIS CONSOLATIONS* "2(')'A

mon onzième petit verre d'aujourd'hui... et il n'est pas (rois heures!... Ah! mes entants, ce que c'est que de nous pourtant ; et dire qu'après ça il faut mourir un jour!... Donne-m'en encore un petit verre, va!... J'aime autant "avoir tout de suite ma douzaine sur l'estomac.

Le particulier du matin revient dans le milieu de la journée ; il est toujours de mauvaise humeur : il a un œil poché. 11 retrouve le vieux tenant son balai ; celui-ci lui dit :

— Est-ce que tu n'as pas battu ta femme?

— Si fait!... C'est-à-dire, au moment où j'allais la corriger, elle m'a attrapé l'œil avec son poing... Mais je la repincerai... vu que depuis à ce matin j'ai découvert d'autres horreurs à son sujet !

— Ah! bah ! Et de quoi?

— l'ne redingote en Elbeuf pour les dimanches, que je n'avais que depuis dix ans et qu'elle a mise en plan le mois dernier, sous prétexte de payer un à-compte sur le terme au propriétaire. Des bêtises, quoi!... Est-ce qu'on doit s'inquiéter des propriétaires? Est-ce que ces gens-là sont pas assez riches , pisqu'ils ont des maisons?

— Mais s'il t'avait mis à la porte en gardant tes meubles...

— Mes meubles! Ah ouiche ! c'est du propre... Et puis, d'ailleurs, est-ce qu'il aurait osé le faire?... J'ai encore appris ça par le petit... Mais je vas rentrer tout à l'heure chez moi pour rebattre mon épouse... parce que j'entends pas un désordre comme ça dans ma maison. Garçon, deux petits verres*... de la vieille... Tout de suite, je suis pressé.

— Eh ben, une minute! il attendra ben qu'on nous serve celuilà, dit un homme en blouse, qui vient d'entrer avec d'autres individus qui ont l'air de s'être déjà mis en ribote chez le marchand dp vin et qui viennent s'achever chez le marchand de liqueurs.

— ISouS voulons être servis d'abord, nous autres... Si c't individu est pressé, nous allons lui donner son compte.

2f)4 LES DÉBITS DE CONSOLATIONS.

Eh ben! de quoi? répond l'homme en veste; est-ce que tu vas m' apprendre à parler, mauvais faignant... Ne le prends donc pas si haut, ou je rabattrai ton bec.

— Toi!... viens donc un peu que je 1e cale! vieux pochard! s'écrie l'homme en blouse en se retroussant et se mettant dans la position voulue pour tirer la savate. Avance donc!... si t'as pas rien que du raisiné dans les veines... Mais tu cannes déjà!...

— Je canne!... Attrape ça pour boire.

Aussitôt les coups de poings, les coups de pieds sont donnés, reçus, rendus avec une vigueur, une vivacité que les témoins semblent admirer; car, au lieu de séparer les combattants, ils les laissent se battre tout à leur aise; et le vieux marchand de bric-à-brac,

Page 1