LES GRISETTES A II SPECTACLE
bien permis de chercher les positions qui délassent lorsqu'on entre dans une salle de spectacle à cinq heures pour y rester quelquefois jusqu'à minuit passé.
Mais la grisette va rarement seule au spectacle; il faut avoir avec soi une amie pour lui communiquer les émotions que l'on éprouve, pour causer de la pièce, des acteurs, des actrices; s'il fallait être toute une soirée sans causer, le plaisir ne serait pas complet; aussi ces demoiselles vont-elles presque toujours en compagnie; elles se rendent souvent à un théâtre par bande de quatre, cinq et six, el quelquefois davantage. Elles franchissent les escaliers avec une rapidité effrayante; vous les entendez avant de les voir. Elles arrivent à la seconde galerie; pendant que l'une d'elles donne les billets à l'ouvreuse, les autres sont déjà entrées, et franchissent les banquettes en s'écriant :
— Tiens, mettons-nous là.... — Non, non, Dédelle, là-bas plutôt, nous serons mieux. — Ah! mesdemoiselles, pourquoi donc ne pas nous mettre en face, il y a de la place. — Non, le lustre gène, ii vaut mieux être de côté. — Àh! cette bêtise, n'est-ce pas, Louise, que le lustre ne gêne pas. — Je vous dis que nous serons bien ici.
Enfin ces demoiselles se sont placées de côté sur le devant, mais bientôt la galerie se remplit, il vient du monde derrière les griseltes, puis encore d'autres personnes sur le troisième banc. Et pour voir, quand on est sur le côté et que l'on n'est pas sur les premiers rangs, il est rare que l'on ne soit pas obligé de se pencher en avanl.
Aux troisièmes galeries et au paradis on a l'habitude de mettre une espèce de rampe en fer qui permet aux personnes placées au second rang de s'appuyer en se tenant debout et sans gêner le premier banc : par exemple, les derniers venus qui occupent le troisième rang ne se gênent pas pour s'appuyer sur les personnes qui se reposent sur la rampe. C'est un coup d'œil curieux que de voir tout ce monde groupé, entassé, ramassé; des têtes sortent de dessous un bras, d'autres se faufilent entre les jambes, et on éprouve