‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 115 sur 214 · I.A ROTONDE PI' TEMI'LE · texte numérisé non relu

I.A ROTONDE PI' TEMI'LE

quelconque de la rue Sainte-Geneviève. Le chenil est déjà occupé par nue demi-douzaine de jeunes gaillards qui rapiotent.

-Comment que tu t'appelles, demande \epays au moutard bas Normand?

— Jérôme Barbot.

— Eli bien, Jérôme Barbot, voit i tes appartements, ça te coûtera six sous par semaine, et t'auras cinq pouces de large dans le lit commun, c'est la mesure. Avec ça, deux sous de soupe, quatre sous de fripaille, deux canons par jour, et te v'Ià niché. Voyons tes

Jérôme Barbot montre deux éclanches de veau d'un rouge violet.

— T'as des abattis de duchesse. Ça raccommodera joliment la terre de pipe; marchais, marchais! nous te mettrons peut-être aux vieilles bôtes... si t'es sage.

Le pays s'en va, Jérôme Barbot se couche, dort vingt-quatre heures sans sourciller, et le surlendemain, dès l'aube, il se rertd chez le pays, lequel le repasse à un autre paysy qui lui met deux tessons, des clous et du mastic entre les mains. Ici commencent les hautes destinées de Jérôme Barbot. Selon les promesses de son protecteur, le jeune néophyte passe promptement du raccommodage de la faïence à l'achat des têtes de clous et des bouteilles fêlées; puis, s'élevant à un genre d'exercice plus ambitieux, il tente les difficultés ardues de la tige de botte et du chapeau défoncé. Bientôt, ne connaissant plus d'entraves, son génie atteint aux plus délicates finesses du pantalon avec ou sans dessous de pied, du gilet à chale ou sans châle, voire de l'habit à pans larges ou efflanqués. Il se familiarise en même temps avec tous les détours de la plus haute psychologie, en ce sens qu'il étudie l'homme à l'état de créature passionnée qui veut vendre dix sous ce qui n'en vaut que cinq.

Vous croyez bonnement, mon cher monsieur, que toute l'adresse d'un marchand d'habits est d'acheter à bas prix; vous vous trompez. Le premier axiome du métier est d'acheter cher, paire que de cette façon on fait plus d'affaires, et si le bénéfice est moindre on se rattrape largement sur la quantité. Un autre principe de la science est de régler l'achat sur le cours des saisons. Soit un pantalon de cuir-laine; si vous le vendez au mois d'août, Jérôme Barbot vous alléguera que c'est un pantalon d'hiver et qu'il faudra le garder trop long-temps en magasin. Si, au contraire, vous l'offrez au mois a. 7

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