‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 66 sur 214 · XK ht» ROMAINS · texte numérisé non relu

XK ht» ROMAINS

— Cela n'a pas été bien du tout* «lit le directeur.

— Un nons a un peu égayas, dit l'auteur... 11 mo semble que vous n'avez guère applaudi?

— Guère applaudi! reprend I»' chef des romains avec assurance. Ali! monsieur... mais demandez plutôt à tout le monde!... On n'enlendait que moi !

Le directeur ne peut s'empêcher de rire de la réponse. L'auteur se pince les lèvres, et le romain reprend :

— Au reste, soyez tranquille ! ce n'est pas là une pièce tombée!... Vous verrez la seconde comme ça ira... et je ferai tous les acteurs! même ceux qui ne me donnent pas de billets.

LES l'JIAMPS-ÉM'Sfos.

C'est une charmante promenade, qui commence à la place de la <>>ncorde, et s'étend presque jusqu'à la barrière de l'Étoile. Cependant on ne devrait appeler Champs-Elysées que le coté qui longe le faubourg du Houle : la partie qui s'étend le long de la Seine est le Cours-la- Heine ; mais il est maintenant d'usage de confondre ces deux côtés sous la même dénomination.

En 1670 les Champs-Elysées étaient encore couverts dé maisons. C'est seulement à cette époque que l'on commença à planter des arbres; cette nouvelle promenade reçut le nom de Grand-Cours, |K)iir ne poinJ le confondre alors avec le Cours-la-Rcine.

Depuis ce temps les plantations furent souvent renouvelées. Aujourd'hui les arbres des Champs-Elysées sont grands, forts, touffus, et leur ombrage garantit de l'ardeur du soleil les nombreux promeneurs qui se donnent rendez- vous sous leur feuillage.

Les Champs-Elysées sont la seule promenade champêtre que les i. '17

200 1.1.5 CHAMl'S-KI.YSÉKS.

Parisiens aient conservée dans leur ville, où tous les arbres disparaissent pour faire place aux pierres et aux moellons. La longueur des Champs-Élysées est d'environ 100 toises; vous voyez qu'il y a de la place pour se promener; aussi les habitants de la grande ville viennent-ils souvent aux Champs-Élysées se délasser, se reposer du tracas des affaires. Cette promenade est aujourd'hui pour les Parisiens ce qu'était le Pré aux Clercs pour leurs aïeux.

I-c Pré aux Clercs embrassait l'espace où se trouvent aujourd'hui les rues Jacob, de Verneuil, de ITniversilé, des Saints-Pères, des Petits-Augustins, etc. C'était une vaste prairie, coupée en deux par le canal appelé la PctinScinc, qui commençait à la rivière et allait ensuite remplir les fossés de l'abbaye Saint-Germaiiwles-Prés. C'est pourquoi il y avait le grand et le petit Pré aux Clercs. I^es écoliers de l'Université allaient s'y divertir les jours de féle, comme aujourd'hui les étudiants vont s'amuser aux Champs-Elysées ; le Pré aux Clercs servait aussi de lieu de rendez-vous pour les duels ; nos Champs-Élysées sont plus pacifiques : on ne se bat guère sous leurs arbres, et les rnflînh d'honneur de notre temps se donnent la peine d'aller jusqu'Hii Imhs de Houlogne quand ils ont une querelle à vider.

Il est difficile de se faire une idée de tout ce que l'on trouve maintenant réuni aux Champs-Élysées en jeux, en divertissements, en récréations, eu plaisirs de toute espèce. D'altord les restaurateurs n'y manquent point : le restaurateur est indispensable dans tous les points de réunion , il est l ame dune fête, c est presque toujours chez lui qu'elle se termine.

I^es traiteurs des Champs-Élysées ont des petits Jardins, des j>etits cabinets entourés de verdure; tout cela leur donne un aspect semi-champetre qui fait que l'on se plaît chez eux, où l'on se croit à la campagne, quoiqu'on paie tout aussi cher que dans l'intérieur de la ville, et souvent davantage, il y a ensuite des cafés ; ils ne sont pas brillants et dorés comme dans les rues de Paris, mais on

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petil s'y reposer, y causer, et à la rigueur ou peut s'y rafraîchir.

I ne charmante salle de spectacle d'équitation vient de s'élever dans les Champs-Elysées; elle mérite que nous lui consacrions un article particulier; en attendant, nous devons dire que la présence du Cirque attire constamment la foule dans cette partie des Champs- Elysées pendant toute la belle saison.

Promenons-nous un moment sous ces arbres : ici c'est un homme qui montre la lanterne magique : pour un sou il vous fait voir la pu a' nu it use. Les bonnes, les enfants, les gamins, les lourlouroux

m pressent pour voir cette pièce-là ; on les enferme sous un rideau de toile bleue, où ils sont très serrés les uns contre les autres, ce qui ne les empêche pas d'avoir beaucoup d'agrément, à en juger par les exclamations de joie, les cris de surprise et une foule d'autres cris qui sortent de dessous le rideau. Heureux ceux qui, pour un sou, éprouvent tant de plaisir! C'est une bien belle chose •nie la pièce curieuse î... Nos théâtres nous montrent rarement cette pière-là.

Après la lanterne magique vous apercevez un bateleur, ou joueur

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de gobelets; les Champs-Elysées rourniillent de saltimbanques, de banquistes, ce qui n'empêche point que l'on en trouve encore assez dans les rues de Paris.

Voilà un paillasse qui marche sur la tète, voilà une femme qui porte sur sa poitrine un tabouret sur lequel un homme est assis, el l'homme tient encore un petit garçon dans ses bras, et le petit garçon tient un lapin par les oreilles; c'est surprenant, c'est merveilleux, c'est étourdissant. Par ici c'est un homme qui avale des épées ; par là c'en est un autre qui joue avec une barre de 1er rouge comme s'il tenait dans ses mains un bouquet de violette, et tout cela est accompagné de musique, et quelle musique!... l ue grossicaisse, une petite caisse, des cymbales, des clarinettes, des cors de chasse, des triangles, des pavillons chinois! Si votre tympan en réchappe, c'est qu'il est à l'épreuve, et vous pouvez assister sans danger à l'exercice du polygone de Vincennes.

Mais peut-être n'aimez-vous pas cette musique, peut-être neprouvez-vous pas un grand plaisir à voir une femme porter des poids de 200 livres sur son estomac. Vous recherchez des tableauv plus doux; avancez alors. I)e tous cotés des enfants jouent, courent, se cachent, se jettent des balles ou s'exercent au volant; tandis que leur bonne, assise un peu plus loin contre un arbre, écoute, les yeux baissés, la conversation d'un jeune soldat qui doit nécessairement être son pays. Ijà bonne d'enfant aime beaucoup l'uniforme; le troupier est fort dangereux pour son cœur, et la promenade des Champs-Elysées est bien commode pour le sentiment.

Cela vous ennuie peut-être de recevoir dans vos jambes les balles de ces moutards et les petits chevaux de bois que l'on pousse dans votre chemin ; mais un peu plus loin vous allez voir joueV de grands enfants, de vieux enfants même : car les amateurs de boule ne sont pas tous de la première jeunesse.

Le jeu de boule est très cultivé dans les Champs-Elysées : c'est là que s'exercent les grands joueurs ; on y fait de belles parties .

l.V.S CIIAMI'S-KI.YSKKS.

cl beaucoup de (làiit'iii's, de rentiers, d'invalides vont passer leur journée aux Champs-Elysées pour voir jouer aux boules.

On s'exeree aussi au Imlloil. Prêtiez garde à vous, promeneurs imprudents qui ne remarquez pas ce gros ballon en peau blanche ■|ui traverse les airs avec la rapidité d'une bombe ; le joueur qui

v«it un beau coup a faire accourt tout en sueur de votre côté

'"<u»j<cz-vous... il en est temps Vous ne vous êtes pas rangé...

lant pis pour vous, le jeune homme en manche de chemise s'est |cte contre vous, et vous a rudement repoussé de coté, alin de recevoir et de renvoyer le ballon qui venait droit sur votre tête; ■omnie vous ne vous attendiez pas à ce eboe violent, vous avez |>er<lii l'équilibre, et vous roulez sur le gazon... Tout le inonde rit •W votre chute, et je vous conseille d'en faire autant, car le joueur ♦'lait dans son droit, et vos plaintes seraient mal reçues.

Quelques amateurs choisissent aussi les carrés des (iliampshlysécs pour faire des parties de paume. U» raquette serrée ren-

Di

2U l LES CMAMHHÊLY&KËK.

voie la Italie avec force; elle siffle dans l'an-, VOUS la perdez [HVSque de vue... Mais prenez encore garde, si vous dirigez vos pas du coté des joueurs de paume, il peut vous arriver là une aventure du même genre qu'au jeu de liallon ; seulement, ici, on ne vous jettera pas par terre, mais c'est un coup de raquette «pie vous pourrez recevoir dans le nez : c'est beaucoup plus dangereux.

Promenez-vous encore, vous allez voir des jeux de bagues, des balançoires russes, des théâtres de marionnettes, des quilles, des

écoliers qui jouent aux barres prenez toujours garde à VOUS :

l'écolier qui se voit sur le point de faire barre ne respecte rien: il se jettera san> v l'aire attention sur le promeneur qui se trouvera sur son chemin, et alors vous pourriez bien rouler incore sur le

l.*S ( Il Vlil'S-KI.YSKFS. 2i) "i

gamil, sans que Ion VOUS ait iiiôiik* « rit- ^;ire! Mais re sont des

jeanst gens <|i i ■ s'amusent, et vous auriez très mauvaise grâce à vous fâcher. Vous allez peut-être trouver qn<- cette promenade «les tlhamps-Klysées que je vous dépeins comme si attrayante, offre à chaque instant des dangers que vous ne voulez pas courir. Ilassurez-vous, il y a bien assez de place dans ces vastes allées, dans ces carrés de verdure pour que vous puissiez vous promener à voire aise sans craindre les ballons, les coups de raquette et les joueur^ de barres.

Si vous aimez la solitude, dirigez -vous du coté de l'allée des Veuves : c'est par là, dit-on. que se donnent les rendez-vous amoureux; vous y trouverez encore un traiteur, et de plus un bal où

2»l> LUS < IIAHI'S-KI.YSKKS.

vous piurrez la in- gauler voire belle, si elle n'est |mhii1 effarouchée par celle danse badine ap|>elec vulgairement le ('mmni.

f.nlin, quand vous serez las de ia promenade, quand vous aurez assez joui du coup d'œil de tous ces jeux, assez admire ces charmantes maisons hàlies vers l'approche de la barrière, riila délicieuses, habitées en |»artie par de riches banquiers, «les étrangers et des marchands de chevaux, redescendez les Uiamps-Klvsées du eiMé de la ville, vous trouverez des chaises ou viennent se remiser les promeneurs, et oii ils peuvent sans fatigue passer à leur tour en revue les personnes qui se promènent, et jouir du coup d'œil des équipages et des cavaliers qui se rendent au bois.

Celle entrée de Paris par la barrière de l'Kloile est magnifique! une roule superbe, parfaitement entretenue, .ries équipages brillants , variés, dans lesquels se montrent des femmes gracieuses et parées, des cavaliers mis avec goût et caracolant sur de tiers coursiers, des maisons hAties, avec élégance et coquetterie, des promeneurs llilnant avec délices rie chaque cillé rie la route; eniin les Champs-Klysées avec toute leur magie, la place de la Concorde avec son obélisque, ses pilastres, ses fontaines, ses lanternes dorées, yuel coup d'œil, et quelle idée doit concevoir de Paris celui qui, venant pour la première fois dans la grande ville, y entre par cette barrière î

A coup sur ses pensées ne seraient pas les mêmes, si. au lieu d'arriver à Paris par les t.hamps-KIvsées, il \ entrait par la barrière de la (diopinelte, ou |Kir la barrière des liais.

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