PIO. 43. ALBERT DURER
La Promenade.
étrangers contemporains. Pas plus en Italie qu'ailleurs, '
LA GRAVURE EN ALLEMAGNE ET EN ITALIE, iro
il ne s'est trouvé au xvie siècle un graveur aussi originalement inspiré, aussi savant, aussi habile praticien que celui-là. Marc-Antoine lui-même, quelque supérieur qu'il soit au maître de Nuremberg par Tarnpleur du sentiment et la majesté du style, Marc-Antoine ne saurait ni le déposséder de sa légitime renommée ni enlever à Part qu'Albert Durer représente sa vertu particulière et son autorité.
Né à Bologne, où il avait étudié à l'école du peintreorfèvre Francesco Francia, Marc - Antonio Raimondi n'était encore qu'un nicllateur obscur, auteur par surcroît de quelques planches gravées tant bien que mal "°- •* ~ AlBBRT
••««aï i Le pommeau d'épée de Maximilien.
d après les dessins de son maître ou d'après ses propres dessins1, lorsqu'un voyagcqu'il fit à Venise et l'étude attentive des estampes d'Albert Durer lui révélèrent les conditions intimes d'un art dont il n'avait en quelque sorte connu encore que les procédés extérieurs. Malheureusement, tout en imitant en vue de son instruction personnelle des modèles alors incomparables, le jeune graveur poussa, comme on l'a vu, l'imitation un peu
i. La plus ancienne des gravures datées que Ton connaît de Marc-Antoine, Pyramc et Thisbé, porte le millésime i5o5. Si, comme il y a lieu de le croire, Marc-Antoine naquit vers 1480, il avait donc plus de vingt ans déjà lorsqu'il fit paraître cette estampe, d'ailleurs fort médiocre.
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trop loin, puisque pour s'assurer un double profit il copia avec le même soin le faire et la signature. Quel-' ques années plus tard , il arrivait à Rome, où Raphaël, : à la recommandation de Jules Romain, lui permit de graver d'abord un de ses dessins, Lucrèce se donnant la mort. D'autres modèles sortis aussi du crayon de Raphaël furent ensuite reproduits par Marc-Antoine avec un succès tel que ces fac-similés de la pensée du « divin maître » se trouvèrent bientôt entre toutes les mains, et que les meilleurs juges, y compris Raphaël lui-même, se tinrent pour pleinement satisfaits.
La noblesse de sentiment, la pureté de goût et d'exécution qui brillent dans ces planches devenues classiques n'ont pu être surpassées. C'est là ce qu'on doit y admirer sans réserve; il ne faut point y chercher autre chose, encore moins regretter de ne pas l'y trouver. Leur reprocher l'absence de couleur et de plans aériens serait aussi injuste que de demander aux estampes de Rembrandt un style et des types italiens. Celles-ci rayonnent de poésie par le ton et l'harmonie de l'effet ; celleslà sont des modèles de beauté exprimée par la ligne, par le caractère élevé de la forme. Les deux grands maîtres de Bologne et de Leyde, si opposés l'un à l'autre quant à la nature des aspirations et au choix des moyens, ontr chacun en sens contraire, réussi à faire prévaloir leurs doctrines, tous deux ont atteint leur but : à chacun leur part de gloire.
Il serait donc au moins oiseux de signaler pour s'en plaindre, ainsi qu'on l'a fait quelquefois, ce qui manque aux chefs-d'œuvre de Marc -Antoine et de parler du charme qu'aurait pu y ajouter plus de souplesse dans le
VIO. 4$. — MARC-ANTOINE.
Lucrèce, d'aprê» Raphaël.
coloris ou dans remploi du clair-obscur1. Des qualités de cette espèce devaient se manifester ailleurs que dans des
La Poésie, d'après Raphaël.
pièces gravées, — il faut bien se le rappeler — non d'après
i. Michel Huber (Manuel des curieux et des amateurs de l'art, t. III) dit textuellement: « Il n'y manque (à- ces estampes) qu'un burin plus nourri et cet effet qu'on admire dans les pièces
LA GRAVURE EN ALLEMAGNE ET EN ITALIE iij
des tableaux, mais d'après des dessins au crayon ou à la plume. Elles ne pouvaient se glisser, au xvie siècle et en Italie, sous le burin d'un disciple de Raphaël : burin épique, pour ainsi dire, et dédaigneux de conditions tenues alors pour secondaires. Aussi la main qui le dirige a-t-elle plus de résolution que d'adresse, plus de vigueur que de patience. Pour modeler un corps dans l'ombre, elle se contente de serrer plus ou moins des hachures irrégulièrement contrariées ou même à peu près parallèles, en les subordonnant au sens de la forme et du mouvement qu'il s'agit d'exprimer; puis quelques traits légers indiquent la demi-teinte et se terminent par des points inégalement espacés dans les parties qui avoisinent les clairs.
Quoi de plus simple qu'une pareille méthode? Quoi de plus précis pourtant dans les résultats et, quant au dessin, quoi de plus expressif ?L'cxact entre-croisement des
gravées d'après Rubens. » C'est à peu près comme si l'on disait : il ne manque au style de Pétrarque que de ressembler à celui de l'Arioste.
FIC. 47. M \ H . \ N TO 1 H T..
Apollon , d'après Raphaël.