CHAPITRE II
1. Origine de la manière noire. Définition. Discrédit initial. — 11. Premiers essais aux Pays-Bas; en Allemagne. — III. La manière noire en France au xvne siècle. — IV. L’Angleterre. Coup d’œil rétrospectif. Hollar. Faithorne. — V. La manière noire au xyne siècle et au début du xvmc siècle. John Smith. — VL La grande époque. Les graveurs de Reynolds. Mac Ardell et les Irlandais. Th. Watson. R. Earlom. J. 1t. Smith et ses élèves. — VIL Le pointillé. Bartolozzi. — VI 1 1. Le burin. Strange. Woolett. — IX. Hogarth.
I. — Eu 1642, Louis de Siegen, de Cassel, établi à Amsterdam, produisit unportrait de la Landgrave de Hesse (fig. 108) d’après un procédé nouveau dont il défiait lui-mème de pénétrer le secret. Sa découverte passa presque inaperçue.
Quelques années plus tard, le prince Rupert (1619-1682), se trouvant en Hollande, s'intéressa à ces travaux. Rupert était, en même temps que chevaleresque et aventureux, curieux d'art et de science; il obtint, de Siegen, communication de sa méthode mystérieuse. Rentré à Londres, après la restauration des Stuarts, il publia quelques pièces assez remarquables, entre autres une tête d ’ exécuteur d'après Ribera. L'historien de la gravure, John Evelyn (1620-1666) qui le vit graver, le célébra dans son ouvrage comme l’inventeur du système dont Siegen était l'auteur véritable, et cette erreur fut longtemps accréditée.
La manière noire , comme l'on appelle en France le procédé auquel les Anglais ont attribué le nom de mezzotint , est d'une exécution à la fois, parodoxale et fort simple.
Le graveur au burin ou à l’eau-forte trace sur le cuivre un dessin que le tirage imprimera en noir sur le papier. Partout où l'outil a passé il y a encrage; il y a blanc là ou la planche est restée vierge. Dans la manière noire, au contraire, une opération mécanique préalable, pratiquée avec un berceau , a grené le cuivre d’une façon uniforme : la planche