PRÉVENTIONS CONTRÉ LA MANIERE NOIRE
des surfaces qui retiendront plus ou moins l’encre. Il fait donc jaillir des ténèbres la lumière et les tons et opère, à peu près comme s’il dessinait sur un papier noir à la gouache.
Louis de Siegen avait du premier jour fixé les formes essentielles de son procédé; il était possible d’imaginer des recettes de détail, mais, dès ce moment, la manière noire se présentait comme d’un usage pratique et facile. Elle se répandit avec une extrême rapidité en Allemagne, aux Pays-Bas, en France comme en Angleterre, mais, elle ne fut, d’abord, accueillie par les artistes qu’avec une certaine suspicion.
Le beau travail du burin était partout en honneur. Les graveurs étaient moins fiers des effets produits, que des procédés par lesquels ils les obtenaient; ils maniaient une langue noble et avaient la vanité de faire du grand art. On n’examina donc pas si la manière noire était susceptible de perfection, on ne l’accabla pas des reproches que, plus tard, on devait accumuler contre elle, on ne dit pas qu’elle était capable de rendre les modelés les plus souples, les reflets les plus légers, mais qu’elle était impropre à traduire le style d’un dessin, qu’elle était brillante et molle et, somme toute, impersonnelle ; elle fut discréditée parce que mécanique et facile. Ainsi devaient être accueillies plus tard la lithographie et la photographie.
La méthode étant aisée, de nombreux artistes firent des essais auxquels ils ne s’arrêtèrent pas et dont la plupart ne furent pas mis en vente. La manière noire fut regardée comme un procédé commercial; ses produits peu coûteux alimentèrent l’imagerie populaire. Elle fournit des images de piété, des pièces satiriques ou d’actualité, des reproductions on contrefaçons de gravures au burin. Pourtant, si la masse des pages publiées — et De Laborde les évaluait à GO. 000 avant 1720 — a peu de valeur, le nombre est assez grand des estampes dignes d’éloge et qui garantissaient l’avenir du procédé.
IL — Ce sont les Pays-Bas qui montrèrent le moins de dédain pour la manière noire. Rembrandt, bien qu’on ait parfois supposé le contraire, ne l’employa jamais, mais Dusart s’en servit pour quelques estampes trè& supérieures à ses eaux-fortes. Dès 1676, J. Yan Somer publiait un remarquable portrait de Charles XI de Suède. A. Blooteling (1634-1690?), auquel on attribue l’invention du berceau, et G. Valck (1626?-1720?), travaillèrent beaucoup et le premier surtout, d’une façon fort habile. P. Sclienk, associé de Valck, vendait, en 1703, un portrait-médaillon du tsaréwitch Alexis, curieux pour l’iconographie et l’art.