DELACROIX
de la rue et dans la présentation de la misère. Là où les artistes voyaient, uniquement des prétextes à des spirituelles anecdotes, lui qui n’était ni spirituel ni mesquin, il affirmait qu’il y avait vie et par conséquent art. Ses lithographies anglaises sont pleines d’un haut enseignement. Une troupe de chevaux conduits par un maquignon [Cl. 37] un maréchal ferrant au travail [Cl. 32-34], une paralytique que l’on promène [Cl. 30], lui sont des sujets suffisants, parce que littéralement imprécis ou indéterminés. 11 faut mettre hors de pair le Joueur de cornemuse [Cl. 26] et surtout le Mendiant [Cl. 27], pièces également remarquables par leur conception, le dessin sommaire caractéristique, la mise en valeur des ressources lithographiques.
La mort prématurée de Géricault rompit le premier essor de la lithographie réaliste et laissa le champ libre aux Romantiques.
Goya prépara cette évolution, en 1828 il publia à Bordeaux une suite capitale de quatre pièces, la Tauromachie . Avec une brutale puissance, par le contraste violent des blancs heurtés aux noirs, il y rendait les passions de la foule tumultueuse qui assiégeait l’arène.
IL — Avec les Romantiques, la lithographie se fit chaude, véhémente tour à tour et caressante. Delacroix (1798-1863) qui depuis 1816 l’avait maniée sans en soupçonner les richesses, eut probablement les yeux dessillés par Géricault. Macbeth , en 1823, le révélait maître du procédé et la sensationnelle suite pour l’illustration de Faust en 1828 (fig. 147), si elle compte dans l’histoire du Romantisme, par sa verve, par sa profondeur philosophique et dramatique, comme par ses outrances, offre aussi au point de vue technique, des pages de l’effet le plus coloré, le plus audacieux, le plus rare. Les épreuves de remarque, avec leurs marges toutes chargées de croquis, sont d’un prix inestimable. Les suites à’Hamlet et de Goetz de Berlichingen exécutées, non sans quelque fatigue, liamlet depuis 1836, Goetz depuis 1836 jusqu’en 1843, malgré des beautés de premier ordre, surtout pour traduire le drame allemand, ne retrouvent pas l’envergure du Faust. Entre temps, Delacroix avait, en 1828, jeté sur la pierre avec toute safuria un Cheval dévoré par un tigre et d’un crayon plus lent, plus soigneux, plus soucieux d’achever il avait dessiné un Lion de l'Atlas dévorant un lapin et un Tigre royal , pièces remarquables, mais qu’un traducteur professionnel aurait pu signer et dans lesquelles on ne retrouve pas la griffe du maître. Un Lion dévorant un cheval fut en 1844 la dernière lithographie de Delacroix.