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LITHOGRAPHES ROMANTIQUES

Bonington (1801-1828), enfin, dans sa brève carrière, avait donné à la France pittoresque du baron Taylor des pages uniques et par le sentiment subtil, le sens des pierres usées et des foules grouillantes et par le maniement léger, délicat du crayon lithographique, une science des nuances, des valeurs que Ton n’a pas égalée : Y Eglise Saint- Sauveur de Caen , la Vue de Saint-Gervais et Saint-P rotais à Gisors , la Fontaine de la crosse à Rouen , et avant toul, la Vue du Gros-Horloge . Selon le mot de M. Bracquemond, il illuminait le papier. Sur ses traces et dans la même publication qui incitait ainsi les artistes à l’étude des beautés naturelles et à celle des harmonies constituées par les hommes, Eugène Isabey (1804- 1886) publia, de 1830 à 1832, des vues d’Auvergne d’une ampleur magistrale. La Vue de Thiers est une œuvre grandiose, de la plus haute originalité, un morceau de technique sûre. A côté de ces pages par lesquelles l’art s’enrichissait, d’autres où se reflètent les exagérations et les outrances des passions de ce temps. Louis Boulanger (1806-1867) faisait admirer par le cénacle la Ronde du Sabbat , une Scène de la Saint-Rarthélemy (1829), pages immenses, ampoulées, incorrectes, ridicules, les Fantômes, illustrations névrosées pour Victor Hugo. Célestin Nanteuil (1813- 1873) exploitait le bric-à-brac romantique, costumes, décors, architecture d’un moyen âge et d’une Benaissance de fantaisie. Il mettait du moins dans ses compositions lâchées, désinvoltes, un esprit, une entente de l’effet décoratif, un brio qui les protège encore.

Sous la monarchie de Juillet, en un moment où, pour des esprits subalternes, le romantisme se réduisait à des attitudes, Aimé de Lemud (1816-1887) obtenait un succès retentissant avec Maître Wolframb (1838) et cette pièce demeure caractéristique de l’époque où elle parut.

C’est aussi, sans doute, à l’influence du romantisme qu’il faut attribuer tout ce qu’Eugène Lami ou Achille Devéria mirent de finesse, de couleur, d’art véritable dans la représentation delà vie mondaine. Eugène Lami (1800-1890) dans ses Contretemps (1823), ses Souvenirs de Londres (1826) ses Six quartiers de Paris (1827), sa Vie de château (1828), contait la vie mondaine avec cette compréhension exquise qui fait aimer ses aquarelles et ses tableaux. Achille Devéria (1800-1857) borna son ambition à la lithographie, dont il aimait et avait pénétré le langage. Il se complut aux effets délicats que son crayon obtenait presque sans recherche. Il traduisit les étoffes luxueuses, les intérieurs somptueux, les soies, les bijoux, la pénombre des salons et des boudoirs qu’éclaire un jour tamisé par d’épais rideaux. Il fit des portraits de femmes riches.

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