‹ La Grèce ancienneChapitre 31 sur 144 · IV. — I.K ItAMUT A LA MEH. l · texte numérisé non relu

IV. — I.K ItAMUT A LA MEH. l

En 1 absence de documents, on peut conjecturei- ci- qui suit : La Crète, par le fond de sa population, «!'tait bien s<r'ur de la (irèce, et demeura toujours en contact avec celle-ci. Mais la civilisation phénicienne agit de bonne heure sur les Cretois pour les intluencer. Or, quelle était la grande supériorité des Phéniciens? La marine. Plus hardis et mieux outillés que les bateaux grecs, les navires de Sidon faisaient de longs voyages; leurs pilotes connaissaient mieux les astres et les divers secrets de la navigation. L'heure vint — après quelles luttes et quels tâtonnements, nous ne savons — où quelque grand chef montagnard, dans le genre des Héraclides, établit sa domination sur File entière, et, profitant de ce que savaient les Phéniciens, profitant peut-être des vaisseaux qu'il leur avait enlevés, et des spécialistes qu'il leur avait débauchés, organisa une puissance maritime qui mit un certain ordre dans le désordre, et se fit sentir jusque sur les côtes de la Grèce. Peut-être cet homme fut-il, en réalité, une série d'hommes, l'incarnation de toute une phase plus ou moins brillante durant laquelle, entre les Phéniciens plus commerçants cjue pirates, et les Grecs plus pirates que commerçants , prit place un type intermédiaire , dont la légende même montre le caractère hybride, puisqu'elle fait de Minos le rejeton d'une Orientale et d'un Occidental. C'est cette « fusion » momentanée, féconde en mesures de police maritime qui, par comparaison avec l'état d'anarchie antérieure, fît bénir dans l'opinion publique le nom de ce terrible Minos, et lui obtint l'honneur significatif d'être promu, ainsi c{ue son frère Rhadamante, au grade de justicier des enfers.

Les hommes du type de Minos, pour avoir mis de l'ordre dans le désordre, n'en paraissent pas moins avoir été des façons de grands pirates, comme les Hercule et les Thésée, malgré leurs exploits de gendarmes terrestres, demeuraient malgré tout de grands bandits. La légende du Minotaure, ce monstre auquel Minos livrait ses victimes dans le fameux « labyrinthe » de la Crète, n'était pas à l'avantage du grand chef crétois. Parmi ces victimes, figurait un tribut de sept jeunes gens et de sept jeunes filles que les Athéniens devaient payer annuellement au monstre,

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et dont Tlicséc les affranchit. Celte idée de « tiibut », payable en êtres humains, n'est peut-être pas une invention. Elle concorde très ])ion, dans tous les cas, avec ce concept si vraisemhlablc d'une pii'aterie régularisée.

Quoi qu'il en soit, la puissance de Minos ou des Minos subit, avant la fin de l'époque héroïque, une décadence indiscutable. L'extermination du Minotaure et l'enlèvement d'Ariane par Thésée sont l'expression légendaire de cette chute. Vers l'époque de la guerre de Troie, la Crète n'est plus que l'île aux cent cités, dont le représentant dans la coalition, Idoménée, est un personnage de second plan. Il n'est pas interdit de supposer que le triomphe du héros athénien sur le monstre crétois est plus ou moins lié aux dernières luttes du type hellène contre le type héraclide.

L'or de la Colchide et les Argonautes. — Prospère et triomphant, ce type hellène pouvait déployer librement sa force d'expansion. Il la déploya en des expéditions diverses, qui durent être très nombreuses, mais dont quelques-unes, ayant frappé tout particulièrement l'imagination, sont demeurées dans la mémoire des poètes, les seuls historiens d'alors.

Les deux plus célèbres sont l'expédition des Argonautes et la guerre de Troie.

L'expédition des Argonautes a pour point de départ une de ces histoires de bannissement û fréquentes dans la sociéfé grec- (|uc. Phryxos et sa sœur Hellé avaient été bannis ]>ar leur père Athamas, roi de cette cité d'Orchomène en Béotie, qui était le centre de la puissance des Myniens. Les deux jeunes gens se sauvèrent dans la direction de la mer Noire, c'est-à-dire on sens inverse de la route suivie jadis par les Pélasges. Les faibles, les vaincus, aiment à se replier, de préférence, vers des lieux déjà connus, où l'on a des parents, des amis, des frères de race: on se retire par où Ton est venu. Les deux exilés, dit la légende, traversèrent sur un bélier le détroit que nous appelons les Dardanelles, llelléytomba, ce qui fit appeler ce détroit rilellespout. Phryxos parvint en Colchide, ou il immola le l)élier à .lupiler.

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et la peau du bélier devint le palladium de la (lolcliidc, Tobjet sacré auquel la grandeur du pays était attaché.

La grandeur de la Colchide était attachée, non point à une peau de mouton, mais à plusieurs. C'étaient celles qu'on disposait dans le lit des cours d'eau pour y recueillir les paillettes d'or. Plus rare qu'aujourd'liui, ce métal excitait lorcément les convoitises. Bien des bandits rêvaient évidemment d'aller conquérir la toison d'or, c'est-à-dire d'aller faire une rafle des paillettes, et satisfaire ainsi leur :;oùt pour les métaux précieux. La Colcbide, en un mot, était pour nos Grecs ce que le Pérou devait être pour les Espagnols du xvi" siècle. Les récits merveilleux qui circulaient sur les richesses du Phase électrisaient l'ardeur des aventuriers. Mais on conçoit que ce n'était pas une petite chose que d'organiser, avec les ressources de ce temps-là, une expédition aussi lointaine. Il fallait des chefs très puissants, des « meneurs d'hommes » très forts. Ce fut le rôle de Jason, fils du roi diolcos. Ce port, situé vers le nord-est de la Grèce, était le plus rapproché des régions vers lesquelles il s'agissait de cineler.

La légende donne à Jason des compagnons illustres : d'abord l'inévitable Hercule, dont on prolonge la vie et qu'on met partout; Thésée, à qui l'on fait partager systématiquement nombre d'exploits d'Hercule; Pirithoiis, l'ami de Thésée; Castor et Pollux, les terribles athlètes-navigateurs; Méléagre, roi de Calydon, illustre par une chasse au sanglier devenue célèbre; Pelée, père d'Achille, qui représente les Achéens dans ce groupe de héros où le type éolien domine; Esculape, fils d'Apollon, le poète Orphée. La science et les arts, on le voit, faisaient partie de l'expédition. Les chefs, en hommes éclairés, avaient pensé à tout. Et la légende du navire Argo, sur lequel s'embarquent les conquistadors, n'est pas moins caractéristique. Ce bâtiment fabuleux a laissé des souvenirs qui se sont traduits par une exaltation admirative. C'était un vaisseau divin, dont le màt parlait et rendait des oracles. Bref, les charpentiers de marine avaient dû se surpasser et confectionner un chef-d'œuvre — plusieurs chefsd'œuvre sans doute. Tout révèle la mise en train d'une entreprise vraiment exceptionnelle, et même gigantesque aux yeux

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des populations, qui n'avaient encore vu rien do si beau et de mieux inontr en fait do coup de main marilime.

L'expédition fut victorieuse. Après avoir pris pour guide le Phénicien Phinéos qui, dit la légende, gardait Tentrée de rilcllespont, et trionqihé de grands obstacles, représentés par des dragons et « monstres » divers, les aventuriers semparèrent de la toison — autrement dit pillèrent beaucoup d'or — et l'aventure se termina par le classique enlèvement de femme. Médée, lille du roi de Colchide, fit partie du butin de .lason, et une nouvelle série de légendes prend pour thème les pratiques de sorcellerie importées en Grèce par cette femme. Évidemment, les sorcières d'Asie étaient des femmes tout à fait supérieures dans leur genre, et la réputation spéciale de Médée atteste l'admiration professée par les Grecs pour les talents exotiques de cette terrible hôtesse. On lui attribue notanmient le rajeunissement du vieil Eson, père de Jason. Notons que les aventuriers espagnols, en même temps qu'ils iront chercher l'or sur les pas des Cortez, des Pizarre et des Ponce de Léon, chercheront aussi la fameuse « fontaine de Jouvence ».

Après divers exploits magiques, la sorcière Médée de\'ient, comme tant d'autres personnages, une « bannie ». Elle s'exile, après avoir mis à mort ses enfants, s'envole sur un char traîné par des dragons ailés, et va se réfugier en Attique, où elle épouse Egée, père de Thésée. Nous avons déjà vu que Thésée lui-même est représenté comme l'époux de plusieurs femmes oilcvces, notamment d'Ariane et de Phèdre, filles de Minos, et de la fameuse Hélène, qu'il aurait ravie à Ménélas avant que Paris leùt ravie à son tour. Le même prince avait essayé d'enlever Proserpine (Perséphone) au dieu des enfers. Tous ces faits, par leurs analogies curieuses, jettent un certain jour sur les mœurs et les procédés habilueh des « héros » de cette époque.

L'emplacement et la richesse de Troie. — L'enlèvement d'Hélène, nul ne l'ignore, est le point de dc'qiait th' la guori'e do Troie, (.et événement est très nettomont [)ostériour à l'expédition des Argonautes. Les traditions qui s y rapportent com-

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