VI PREFACE
à propos de TArbusterie florale, de rapplication du Greffage au Rosier, de son éducation à la Pépinière ; en même temps nous prenions une part active aux Concours de Roses, depuis Fontenayaux-Roses, Brie-Comte-Robert et Troyes, qui furent les premiers, jusqu'aux Expositions universelles de Paris.
Notre conférence de 1889 sur « les Progrès et les Conquêtes de l'Horticulture française » n'at-elle pas célébré le courage des explorateurs, et la patience savante de nos semeurs, et le labeur intelligent du cultivateur rosiériste?
Jadis, la Rose vivait « l'espace d'un matin » ; mais nos pères ont créé la Rose perpétuelle, et notre génération l'a rendue éternelle.
Quand nos jardins se sont dépouillés de leur parure, lorsque les régions sans hiver qui leur succèdent entrent dans la période de repos, nos forceries ne viennent-elles pas, à leur tour, fleurir et décorer les pays couverts de neige et de. glace, en attendant que les effluves du printemps ramènent la gaîté dans nos parterres?
Nous avons donc examiné, pour l'amateur et le praticien, la culture du Rosier, son emploi dans les parcs et les jardins.
Des chapitres sont consacrés au greffage des Rosiers sur les différents sujets multipliés par semis, bouture ou drageon, et sans lesquels ils ne pourraient vivre et développer leur élégante floraison.
PRÉFACE. Vil
L'Hivernage de l'arbuste, si précieux dans les climats tempérés, n'a pas été oublié, et la Taille du Rosier est examinée sous ses divers aspects.
Quant au Choix des plus jolies roses à cultiver, j'en ai confié le soin à mon lils Lucien.
Il a su les discerner à travers ce dédale des collections comprenant plusieurs milliers de variétés différentes, et les classer par tribus, d'après leur coloris.
Notre principal désir est d'intéresser nos lecteurs et nos lectrices, surtout celles-ci, qui se font un plaisir de greffer et de soigner elles-mêmes leurs corbeilles de Roses.
L'amour de la Femme pour la Rose a été de tout temps et de tous les pays. En lui dédiant ce modeste ouvrage, nous unissons, suivant le poète,
La Reine de la terre à la Reine des fleurs.
Charles Baltet.
LA
lions t'seï*
'^^ureusejnentj le climat de la France et des
' ut le monde aime les roses, et chacun sait
ver une place où elles puissent se montrer dans
' * leur frafcheur et leur éclat, depuis la modeste
' ^'6 de Touvri ère jusqu'au parc du grand seigneur.
jt.rtout des roses : à la maison, aux fêtes populaires
I n tirries, à Toccasion des réjouissances publiques...
Gurs^ encore des fleurs, et tout d'abord des roses,
jours des roses!
voi'i heuteusenie:
^^*^'sjnes est varié à plaisir, et le talent de , ^^'^teurs arrive à tel point quMls savent boule- .T^^„ ^ ®^^soj]s iTiaitriser le soleil et rire des rudes ^' ^^' '^^ions pas ringéniosité de nos semeurs et
nïemenl ^^^ explorateurs qui, sagement et
nr\^... *^Ous dii- voilent les horizons de Finconnu.
tnh^cr ^ - ' ^^s r-o^es sont non seulement remon-
iijits, mais pfK. . - . , - 1 M '
.-nrc ,.;,. ^'les eoci^n ouïssent chaque jour de 1 année
asoJuti ' ^^^cJres cjoroUes parfumées. N'est-ce pas
-^ocîaî * / X* ^^iiS'tejMi>s altendue du fameux problème Baltm:t. __ r-, ,^
Plantons donc des Rosiers; la terre est immense et les gens de goût sont légion.
Les administrations elles-mêmes ne peuvent-elles suivre le mouvement? Les Compagnies de chemins de fer, par exemple, ne devraient-elles pas fleurir les gares et le talus des voies ferrées ? Quelle heureuse diversion aux idées moroses des voyageurs? Ceux-ci deviendraient plus nombreux... et plus gais.
A leur tour, les municipalités perdent souvent une belle occasion d'être agréables à leurs administrés.
— Pourquoi les roses manquent-elles dans ce square, demandais-je, un jour d'excursion, à un gardien tout galonné, sabre au flanc?
— Mais, monsieur, le monde vient cueillir les roses, et ça augmente ma surveillance.
— Eh bien, vous popularisez le goût des plus jolies choses de la nature.
— Ah ! monsieur, si seulement je pouvais dresser un petit procès-verbal; mais jamais... et je suis réprimandé par le chef.
— Alors, qui supposez-vous les auteurs de ces larcins?
— Oh ! mon Dieu, quelque bonne mère de famille pour ses petits ou [baissant la voix) un amoureux pour son adorée....
— Laissez-les tranquilles, mon brave. Soyez paternel et... rappelez- vous votre jeunesse....
Nous connaissons cependant des jardins publics oii la traditionnelle Défense de toucher est remplacée par a V administration confie à ses concitoyens la garde^ etc. de ce jardin ».
Et tout y est respecté : groupes de Rosiers variés,-
corbeilles de Bengale, guirlandes fleuries de Belle
Lyonnaise ou de Sancy de Parabère reliant un arbre à l'autre, celui-ci dont le fût disparaît déjà sous
la robe virginale du « Bouquet de la Mariée ».
Cet amour de la rose est trop étendu et observé par toutes les classes de la société pour qu'il nous soit permis de donner des conseils. Bornons-nous à dire : Choisissez de jolies variétés, déjà renommées, tout en étudiant les nouveautés, car il ne faut pas être en retard. Procurez-leur une bonne nourriture en amendant le sol ; ne négligez pas les arrosages et les labours, sans abuser; observez bien la taille et comparez les résultats. Soyez intraitable avec les ennemis du Rosier, et, si quelque sujet périclite, n'hésitez pas à le remplacer par un autre qui soit élevé en pot pendant Tété, ou à racine nue pour l'hiver.
Quant à l'agencement général des plantations, Tinitiative éclairée des maîtres de la maison saura bien en diriger l'organisation et l'installation.
La forme et les dimensions du jardin, son « caractère », sa situation, son voisinage et la composition de ses essences arbustives seront les premiers inspirateurs du groupement, de l'isolement ou de la dispersion de la Reine des fleurs, qui sait maintetiir son sceptre malgré les Dahlias, les Cannas, les Pélargoniums, les Chrysanthèmes, les Œillets toujours recherchés et les aristocratiques Orchidées...
Rappelons brièvement les utilisations favorables au Rosier, le mettant en évidence dans ses principaux avantages et le rendant capable d'embellir encore le jardin, le parc public ou particulier :
Dispersion de Rosiers en grands buissons rustiques et florifères à travers les bosquets d'arbustes ou les reliant à la pelouse.
Les espèces non remontantes : Alba^ Gallica (Cent-
feuilles, Provins, Mousseuses), Lutea, Moschata.Rubiginosa^ Villosa et autres énumérées à notre dernier chapitre, cultivées de pied franc, conviennent à cet emploi de « grande coquette » dans les jardins, sans préjudice de rustiques variétés remontantes.
Parterre de roses, total ou partiel, égayant la monotonie du slyle français.
Berceaux, tonnelles, vérandas, pignons illustrés de festons de roses qui courent dans le treillage. Les touristes se souviennent des « Restauration » fleuries sur les bords du Rhin et des « Pergola » d'Italie.
Espaliers de roses contre les bâtiments. Les faubourgs de villes et les plages de plaisance en fournissent l'exemple avec la safranée Gloire de Dijon et la carminée Reine Marie- Henriette,
Gerbes et panaches de roses décorant le tronc nu des arbres à frondaison tardive ou s'élevant en voûte étoilée dans leur ramure. Ailante, Bonduc, Catalpa, Févier, Frêne, Hêtre, Micocoulier, Orme, Sophora... ont tout à y gagner.
Tapis de roses sur les rochers, les escarpements et les ruines au moyen des R. bracteata et Wichuraiana dont les rameaux traînants, diaprés de nombreuses corolles étalées sur un feuillage vernissé, font oublier la Ronce sylvestre.
Pourquoi les enthousiastes de la Rose ne tenteraientils pas la création d'une Roseraie, nous n'osons pas dire genre L'Hay, — car il s'agit ici d'un splendide et instructif tour de force que chacun ne pourrait réaliser avec le succès de l'honorable M. Jules Gravereaux, — mais d'une Roseraie édifiée suivant leurs moyens, l'amour de la science et une ferme persévérance à
mener à bonne fin un projet utile et agréable ?
Espérons que bientôt le fulgurant Crhnson Rambler, le Souk ara -Ibara des Japonais, s'imposera partout et sous toutes formes: en applique (Gg. i), en portique, en parasol, en dôme, en colonne et... en pleine liberté.
Grâce à l'obligeante courtoisie de M. Gravereaux, nous reproduisons quelques vues de la Roseraie de L'Hay. La figure 2 est une avenue du Paradis...
Les grands domaines, où la vue du promeneur demande à être égayée, admettront des groupes, des corbeilles, des massifs d'une seule variété ou de variétés distinctes, en tout cas présentant entre elles une analogie d'allures, de végétation, de coloris.
A côté des espèces à floraison remontante, souvent préférées, la division des non-remontantes possède des types à développement excentrique, lesquels, isolés sur une pelouse, embusqués auprès d'un pont ou couronnant la crête d'un ravin, ne manqueraient pas d'originalité.
Le modeste amateur — modeste dans ses moyens d'action — qui ne saurait donner un pareil champ à sa passion se contentera de moduler ses jouissances par des groupements combinés de taille ou de coloris et composés d'autant d'espèces différentes.
La sécheresse, la gelée et des causes invisibles ou inconnues se chargent de lui rappeler qu'il importe de varier ses plaisirs et de les renouveler le plus souVent et le plus longtemps possible.
Offrir en tout temps, et atout âge, une Rose à ses charmantes visiteuses, n'est-ce pas le triomphe de l'amateur?