PAR DRE
Le lobe intermédiaire persistait dans la plupart des crelles mais pas aussi régulièrement que le Jobe antérieur (1).
En somme, les résultats sont nets, la cause paraît entendue : les homogrelles — et plus particulièrement les syngénésiogreffes — faites dans un site favorable s'adaptent à leur nouvel hôte et à l'hétérotopie qui chez lui leur est imposée.
Nous n'avons relevé dans la littérature qu'une note un peu moins optimiste. C'est celle de Th. Mar- TINS. L'hypophyse, dans ses expériences, n'a pas conservé son aspect normal. Et si la différenciation cellulaire est encore perceptible au bout de trois mois, l'affinité pour les colorants est moins intense, les cellules sont plus petites et avec tendance à la pycnose, Souvent lorsque la greffe a été faite dans le rein, il trouve de grands kystes à l'intérieur du grefon.
Mais ces expériences ne portent que sur un petit nombre de cas, dont quatre seulement, concernant des animaux en état de « réceptivité à la greffe », c'est-à-dire hypophysectomisés.
(1) Le résultat était meilleur lorsque les hypophyses implantées provenaient d'animaux immatures.
Expérimentation personnelle.
La greffe hypophysaire intra-médullaire.
Nous avons tenté de notre côté quelques expériences. Notre but était de vérifier la reprise histologique et fonctionnelle des homogreftes d'animaux jeunes sur animaux adultes en expérimentant sur le chat, seul animal dont nous pouvions, à l'heure actuelle disposer. Nous nous proposions, après hypophysectomie, de greffer dans le même temps, ou quelques jours après, l'hypophyse d'une jeune chat de moins d'un mois dans la moëlle osseuse tibiale et de suivre -par l'étude de la courbe du poids, par des biopsies testiculaires en série chez le mâle, des biopsies des cornes utérines ou des ovaires chez la femelle, dans quelle mesure s'exerce le rôle de suppléance de la crelle.
La moëlle osseuse n'avait été que rarement utilisée pour la thyroïde (KocnEer-May), mais jamais pour l'hypophyse (1).
Or, elle a chez le chat — comme d’ailleurs chez les rongeurs — le privilège de rester en activité très longtemps. Même à l'âge adulte, c'est encore une moëlle rouge. Nous retrouvions là le même avantage que chèz l'enfant où notre maître, M. le Professeur LomBaRD avait fait ses premières grefles.
(1) Nous n'avions pas connaissance alors du travail de Iwao et Ocniai.
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Nous n'avons rempli que bien imparfaitement notre programme. Malgré des suites opératoires immédiates très simples, nos animaux n'ont pas survécu. plus. de dix-sept jours à l'hypophysectomie. Nous pensons en trouver la raison dans les protocoles de Houssay: cet auteur insiste en effet beaucoup sur les soins post-opératoires. Il conseille de maintenir dans la pièce une température de 22° et d'alimenter les animaux avec de la viande, ou mieux du jus de viande, avec du lait où mieux de la crème... Nous n'avons pu dans les circonstances actuelles réaliser ces conditions.
Cependant, n'ayant trouvé nulle part une technique exacte d'hypophysectomie chez le chat, nous croyons intéressant de combler cette lacune en publiant celle que nous avons mise au point. Nous apportons aussi le résultat histologique favorable d'un de nos grefons examiné au bout de quatorze jours.
Technique de l'hypophysectomie
par voie bucco-pharyngée chez le chat
a) Anesthésie.
Les anesthésies à l'éther administrées au masque ou avec un simple tampon ne peuvent être ici utilisées. La sonde trachéale, reliée à un flacon à double tubulure et à une soulflerie ne nous a également donné que de mauvais résultats. On est d'abord gêné par la sonde qui traverse la cavité buccale ;
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l'animal dort mal, et si l'on force la dose il entre très vite en syncope. La marge de sécurité est très
étroite.
Nous nous sommes donc tournés vers les ancithésiques injectables. Avec le somnifère, introduit par voie sous-cutanée ou intra-veineuse, nous n'avons eu que des déboires. L'anesthésie est longue à venir, insuffisante, et [à encore la dose toxique est très proche de la dose anesthésique.
Nous avons obtenu, par contre, d'excellents résultats avec l'Evipan sodique en injectant 50 mmgs par kg en deux minutes dans la veine saphène interne. L'animal s'endort dès la première minute sans présenter aucun phénomène d'excitation, la respiration est profonde et régulière, la résolution musculaire complète. La dose indiquée procure une aneshtésie de 50 minutes environ, ce qui est largement suffisant.
Nous avons, dans un cas, associé la morphine
(1 cm° 1/2) et utilisé seulement 35 mmers/ke. avec un très bon résultat.
b) Technique opératoire.
L'animal est allongé sur Je dos, la tête légèrement surélevée. Un ouvre-bouche, du modèle ordinaire maintient fortement écartés les deux maxillaires et offre largement à la vue la voûte palatine et le voile membraneux. Une incision médiane, antéro-postérieure, est pratiquée sur le voile, depuis son insertion
sur le bord postérieur du palais osseux jusqu à la
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luette qui est respectée. La tranche de section saigne peu. Un écarteur autostatique est placé entre Îles deux lèvres de la boutonnière ainsi créée. Au-dessous apparaît la voûte du pharynx. Sa muqueuse est désinfectée puis incisée exactement sur la ligne médiane, depuis l'insertion basi-crânienne de la paroi pharyngée en arrière, jusqu à deux centimètres en avant. À la rugine, on la refoule de chaque côté avec le périoste et l'on aperçoit alors nettement la suture transversale qui unit le basi-occipital au basisphénoïde. À trois millimètres en arrière, une petite fossette de la dimension d'une petite tête d'épingle, un peu allongée sagittalement (t}; marque notre repère de trépanation (fig. 1 et 2). Repère excellent dont la valeur s'est toujours trouvée vérifiée.
Nous nous servons d’un trépan constitué par un tube de 7 mm. de diamètre, terminé par une couronne dentée (fig. 5). L'axe de ce tube est occupé par une tige pointue à son extrémité, et qu'un pas de vis permet de faire avancer ou reculer à volonté. La pointe est fixée dans la fossette. Le trépan peut ainsi mordre sur l'os sans déraper et rester exactement centré sur le repère. Au fur et à mesure que la trépanation progresse, la pointe est sraduellement retirée. L'épaisseur de la base du crâne du chat est à ce niveau de 4 mm. environ. Lorsque la rondelle osseuse a été complètement isolée, on la mobilise puis on l'extirpe facilement avec un crochet de dentiste ; on la met de côté dans une compresse stérile.
(1) Homologue de la fossette pharyngée de l'homme.
Fig. 1.
— Base du crâne de chat.
Fig. 2. — Région pharyngée de la base du crâne.
a) fossette pharyngée, repère de trépanation
b) crochet de l'aile trerygoïdienne interne qui
trouve à l’aplomb de la fossette.
Fig. 5. — De gauche à droite : crochet à dure-mère, trépan pour hypophyseclomie chez le jeune chat (diamètre
4 mm), trépan pour hypophysectomie chez l'adulte (diamètre 7 mm.).
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Aussitôt, la tranche osseuse saigne abondamment, peut-être aussi le plexus veineux du plancher de la. selle turcique. Généralement un tamponnement serré d'une dizaine de minutes, ou la mise en place d'un fragment de muscle, suflisent à arrêter l’hémorra-
gie (1).
Dès qu'elle a cessé, on aperçoit très bien l'hypophyse, blanc-rosée, tapissée par un fin voile duremérien; celui-ci est attiré par un crochet à dure-mère et sectionné avec des ciseaux droits. longs et fins. - Aussitôt l'hypophyse fait hernie. Avec une petite - pipette reliée à une trompe à eau. on la libère des quelques adhérences qui l'entourent. Si le vide est suffisamment puissant, l'aspiration suit à détacher la glande. Sinon, une pince courbe d'ophtalmologiste est olissée sous elle et l'extériorise après avoir écrasé Ja tige pituitaire. Nous déconseillons l'usage de Ja curette, aveugle et traumatisante (2).
(1) Mais parfois l'hémorragie continue, tenace, même après vingt à trente minutes d'attente. Il ne faut pas insister, nous avons ainsi perdu un animal. Le mieux est alors de réadapter [a pastille osseuse — qui assure aussitôt l'hémostase et de remettre au lendemain ou au surlendemain l'hypophysectomie elle-même.
On pourrait peut-être, en soulevant sous des fils le tronc brachio-céphalique droit, la carotide primitive et [a sousclavière gauche juste le temps nécessaire à l'extirpation de la glande (2 à 3 minutes) opérer complètement à blanc.
(2) Signalons que parlois Île lobe postérieur vient tout de suite et facilement. On Île reconnaît à sa teinte blanc nacrée et à ses dimensions (tête d'épingle en verre). Il ne faut pas croire l'hypophysectomie terminée.
Ceci fait, la rondelle osseuse est replacée dans l'orilice. de trépanation et scellée à ses bords avec du plâtre de dentiste. La muqueuse pharyngée est rabattue par-dessous, sans suture. Le voile du palais
est reconstitué par quatre ou cinq points très rappro-
chés au fil de lin.
Aussitôt après l'intervention, l'animal présente parlois quelques convulsions généralisées — sans doute dues à une légère hémorragie méningée — qui cessent au bout de 20 à 30 minutes. Le réveil a lieu deux à trois heures après, et au bout de six à sept heures, l'animal commence à aller et venir. Les jours suivants, il reste plus ou moins somnolent et volontiers immobile, se nourrit peu.
La vrelle est pratiquée, soit dans la même séance, soit deux ou trois jours après. Nous l'avons toujours pratiquée dans la moëlle osseuse de la métaphyse tibiale supérieure.
La technique est simple. Insistons seulement sur le fait que la moëlle osseuse saigne énormément et quil faut savoir attendre parfois très longtemps pour obtenir par le tamponnement une hémostase rigoureuse. Là aussi il y aurait peut-être intérêt à agir en deux temps, à vingt-quatre heures d'intervalle. Chaque fois que nous avons placé l'hypophyse dans une cavité qui suintait encore, elle s'est résorbée. :
éd c) Résultats.
Sur quatre expériences nous n avons obtenu qu un seul résultat favorable. Dans deux cas, le siège de la greffe a suppuré. Dans un cas, l'hypophyse qui avait été placée dans la cavité diaphysaire alors que la moëlle saignait encore un peu, n a pas été retrou-’ vée lors des coupes en série.
Dans le cas où l'hypophyse de jeune chat divisée en deux fragments a été placée dans une cavité médullaire rigoureusement exsangue (après tamponnement de 20 minutes environ), le résultat histologique 14 jours après, sans qu il se produisit [a moindre suppuration, fut le suivant :
« Dans la région médullaire existe une hématopoièse abondante, et, enveloppé de tissu conjonctif jeune comme par une métaplasie conjonctive de la moelle, le fragment d'hypophyse antérieure se détache nettement. Sa structure histologique est normale. On ne note aucun signe de dégénérescence. On reconnaît les cellules slandulaires avec leur noyau nettement arrondi, non pycnotique. Des capillaires sinusoïdes nombreux sillonnent les travées intercellulaires. Au fort grossissement, on identifie les cellules chromophobes à leur teinte pâle et à la taille de leur cytoplasme, et les cellules chromophiles volumi-
neuses avec des granulations.
« Bien quil ne s'agisse pas d'une technique de coloration spécifique, on croit pouvoir affirmer qu il s'agit de cellules basophiles.
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« En bordure du greflon, on trouve des cellules hypophysaires dispersées dans un conjonctif lâche. Aucune infiltration leucocytaire n'est décelable à la périphérie où à l'intérieur du greffon. » (1)
MATINS, Homogrelle hypophysaire intra-médullaire chez
le chat, 14 jours après l'intervention. Faible grossissement 00 d. \
(1) Nous remercions tout particulièrement M. le Prolesseur Benoîr et M. le Professeur Agrégé KenL qui ont bien voulu interpréter nos coupes et se charger de la réalisation des microphotographies. |
Fig. 5. — Même coupe que fig. 4. Fort grossissement. 0650 di.
Fig. 6. — Coupe d'hypophyse normale de chat.
Fort grossissement 650 d.
ANT ee
En somme: au bout de 14 jours, une homogrelfe hypophysaire, faite dans la diaphyse tibiale d’un chat hypophysectomisé au préalable, présente tous les signes histologiques d'un fonctionnement glandulaire normal.
Nous ne nous cachons pas l'imperfection de nos résultats, et nous espérons pouvoir — s'il nous est permis un jour d'expérimenter dans de meilleures conditions, — préciser la valeur fonctionnelle de ces greffes et leur temps de survie.
Nous avons pu, au cours de la rédaction de cette thèse, nous procurer le travail de Iwao et Ocniaï qui aboutit aux mêmes conclusions que nous. Obpérant sur le lapin — mais sans hypophysectomie préalable, — ces auteurs pratiquent une homotransplantation hypophysaire dans la diaphyse fémorale. Quatre semaines après, les coupes montrent un tissu glandulaire en tous points semblable à celui d'une hypophyse normale : mince capsule conjonctive périphérique, aucune trace d'infiltration de cellules lymphoiïdes (fig. 7). Ces expériences nous confirment que la moelle osseuse constitue un site particulièrement favorable : comme la chambre antérieure de l'œil (HArERIUS, ScawrizEr et CHartp- PER, 1935), la moelle osseuse n exige donc pas la carence hormonale du receveur pour permettre au greHon qui lui est confié de reprendre.
| EE STRS PRES Homogrefle d'hypophyse intra-médullaire chez le lapin, 4 semaines après l'implantation (Iwao &
Ociai).