JOB
Job, assis sur sa couche de cendre, se demande d*oti vient le mal qui encombre la terre, et pourquoi lui qui se sent innocent souffre de tant de façons. Arrivent ses Amis, les théologiens, les politiques, les artistes de son époque, qui lui donnent tour à tour leurs avis. Job résiste, leurs raisons ne le persuadent pas. Alors chacun le traite avec hauteur. Les uns lui reprochent d'être sans religion.... Sans religion, lui le pauvre Job ! Les autres prétendent qu'il a mal employé son temps, parce qu'il ne l'a pas em-
s LA GRÈVE DE SAMAREZ. *
ployé comme eux. Job, après avoir consulté ses Amis, se trouve aussi peu éclairé qu'auparavant.
-- n II faut convenir que je ne ressemble pas mal à Job, » me disais-je en entrant dans ma bibliothèque, le lendemain du jour où j'avais eu la fâcheuse idée d'ouvrir mon grand Bahut, et d'en faire surgir ce que vous avez vu , Lecteur !
Après une nuit d'un sommeil agité, je m'étais réveillé la tête lourde; et m'étUnt posé de nouveau cette question : J'ai soixante ans : quid faciam? quid non? — comme dit Horace, — je m'étais trouvé aussi peu avancé que la veille.
J'ajoutai encore : Quel fruit ai-je tiré de ma Consultation? L'affreuse appréhension de devenir misanthrope !
Misanthrope !.•. Si y allais devenir misanthrope! n'est-ce pas le dernier mot que je me suis dit à moi-même hier , en ressassant tant de tristes souvenirs que ces paperasses m'ont rappelés?