CHAPITRE IX
SUITE
Laisse-moi te faire de nouveau la question que je t'adressais tout à l'heure.
156 LA GUÉVE DE SAMAREZ.
La Poésie est en germe dans la Nature ; certainement elle y est : Dieu l'y a mise. Mais Dieu, qui a créé Thomme, a voulu que Thomme tirât la Poésie de la Nature.
Est-ce que la Poésie existerait sans l'homme? La Nature serait muette, si les hommes n'étaient pas. La Nature sentie poétiquement n'est que dans les rapports humains, et i'éloquence des choses n'est rien que l'éloquence de l'homme. La terre féconde^ leè cieux immenses, les eaux passagères, toutes ces grandes choses que vous aimez à répéter, vous autres poètes, ne sont qu'une expression des rapports que nos cœurs produisent et contiennent.
C'est donc THumanité qui fait la Poésie; et tu ne veux pas qu'elle fasse la Religion !
Chose étrange, mais assez ordinaire, dans ta jeunesse tu fus Chvètieiï jusqu'à Vidolâtrie; et te voilà qui, passant d*un excès à un autre, rejettes toutes les- religions positives pour substituer aux religions, quoi? une Religion? non, mais TÂntithèse !