CHAPITRE III
l'art qui FRÀPPB des MEDAILLES.
Je m'arrêtai là à dessein, curieux de voir si on me répliquerait. Je n'attendis pas longtemps la réponse.
LA VOIX
'c Les grands poètes frappent la médaille de leur temps. <( Que leur temps soit ce qu'il voudra, hideux ou superbe, « féroce ou clément, tigre ou martyr, qu'importe à la H médaille? »
MOI (après un moment de silence).
Nous voilà bien loin des hauteurs où je voulais mettre la question. Avec moi, il se fût agi de l'Art ; avec vous, je le vois, il s'agira uniquement de la gloriole de l'artiste. Mais vous me donnez raison du premier coup. Les grands poètes, selon vous, au lieu de faire l'Humanité, la suivent ; au lieu d'être des trouveurs, des poètes , c'est-à-dire, suivant l'étymologie même du mot, des inventeurs, des inspirés, ce sont des médaillistes. S'il en est ainsi, si l'Art n'a pas plus de moralité, vous devriez abonder dans mon sens. Comment voulez-vous qu'une Poésie si sceptique
ne rende pas profondément sceptique? Chacun voudra faire et faire faire sa médaille per fas et nefas. Vous ouvrez carrière à Tégoisme, et par suite à tous les crimes.
LA VOIX
c( Le profil humain, d'époque en époque» s'épure et n s'améliore, w
MOI (interrompant).
S'épure-t-il et s'améliore-t-il tout seul?
LA VOIX
c( Mais la médaille de Thersite vaut celle d'Hélène. Le « sculpteur de bêles vaut le statuaire de héros, Barye vaut <( David. Une croupe vaut un torse. Il n'y a pas de mons- « très en art, il n'y a que des chefs-d'œuvre. L'Art, c'est <( la beauté, la beauté de tout, la beauté de la laideur! «(Les chefs-d'œuvre sont les exemplaires radieux des a siècles... L'Art, c'est la splendeur de l'Histoire. )>
MOI
Voix fallacieuse, je te prends en défaut! On disait autrefois : « Le Beau est la splendeur du Vrai. i> Tu travestis la pensée de Platon, et lu dis: « L'Art, c'est la splendeur de l'Histoire. » Mais alors Claudien vaut Homère, Crébillon fils vaut Corneille, le Feslin de Trimalcion vaut le Sixième Livre de l'Enéide, et Berghen ou Callot valent Michel- Ange ou Raphaël. L'Art, dis-tu, est la beauté de tout , la beauté de la laideur. Et tu ne vois pas que le Réalisme va sortir de là pour remplacer ton Romantisme! n Ah! ah! se dit M. de Champfleury, l'Art c'est la beauté de tout, c'est la beauté de la laideur! Qu'est-ce