‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 226 sur 436 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SUITE

— Qu'entendez-vous par là? interrompit la Voix derrière moi.

— Demandez-le à Moore, répondis-je.

— Selon la Fable, continua la Voix, la nymphe Aréthuse était une des compagnes de Dioné, la mère de Vénus; elle fut aimée du fleuve Alphée, et se précipita dans la mer pour fuir les poursuites de ce fleuve passionné. Alphée la suivit, sans mêler ses eaux à celles de la mer; et des deux il résulta une des plus belles fontaines du monde, en Sicile, auprès de Syracuse.

— Voilà une singulière Fable, m'écriai-je.

— Et difficile a expliquer, si l'on n'en sait pas l'origine, ajouta la Voix. Mais si Ton connaît le fait, ou du moins l'opinion, qui lui avait donné naissance, cette Fable s'explique aisément.

Peu soucieux de l'explication, — Je suis certain, dis-je, que Thomas Moore n'en savait pas sur ces mystères aussi long que vous ; ce qui ne l'empêcha pas d'écrire à Byron : u Eh quoi ! vous voulez donc que la nymphe Aréthuse H s'unisse à Amphytrite! »

— Mais enfin, dit la Voix, qu'entendait-il par là?

— Pour ma part, je le soupçonne, cet homme soupçonneux et qui parlait par énigmes, d'avoir voulu remontrer à Byron que TArt ne devait pas se mêler à la Science ; qu'il devait être comme la nymphe Aréthuse, dont les eaux étaient censées traverser la mer sans en ressentir l'amertume; en un mot , que l'Art et la Science devaient faire lit à part. Or c'est la plus grande sottise du monde; car il est impossible que l'Art, à une époque quelconque, ne se mêle pas à la Science de cette époque. Le Sentiment ne va pas sans la Connaissance , l'un influe sur l'autre, l'esprit humain est un , et toutes les rivières vont à l'Océan et en sortent.

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