‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 261 sur 436 · TOUJOURS SHELLEY · texte numérisé non relu

TOUJOURS SHELLEY

— Son martyre! Tuas raison, Shelley fut un martyr , et Tavenir l'honorera comme tel.

Pas une des sources de douleur que tu viens d'énumérer qui n*ait coulé abondamment pour lui. L'amour, et l'amour au complet , la Famille, ont déployé pour lui un luxe de tortures. Son cœur a été déchiré dans ses fibres les plus délicates. Les douleurs d'une amitié sincère et tendre ne lui ont pas été plus épargnées. Il eut le sort de Nisus voyant périr Euryale. Comme Nisus, il put attribuer à la fatalité qui pesait sur lui-même le coup qui frappait son cher Keats ; et ce coup, je te le jure, était plus cruel cent fois que la morsure du fer. Il a entendu le mensonge s'abattre sur sa réputation. Il a pu savourer à loisir le mépris du public abusé sur son compte par la calomnie. Il a éprouvé la haine des grands et des corrompus , altérés contre lui de vengeance, et aussi celle des renégats sortis du peuple qui crucifient ce qu'ils ont adoré. Quelque effort qu'il ait fait , son génie a été méconnu ; et ses chants, qui iront à la postérité avec ceux de Byron, ont paru mort -nés sous le dédain public. Ce qui est plus cruel, toutes les fois que chantait en lui la pensée divine, le chœur des démons de la presse lui répondait par d'affreux ricanements. Je ne parle pas des tourments de la pauvreté, qui, à considérer sa naissance, n'aurait jamais dû l'atteindre. Il a souvent manqué de pain. Voilà ce qu'il a enduré, et il est mort avant trente ans.

— El pour récompense qu'a-l-il eu?

— Tuas raison de le demander. Tous les martyrs, de leur vivant même , ont eu leur récompense. Je te dirai la sienne.

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