‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 30 sur 436 · LES TÉMOINS DU MAL · texte numérisé non relu

LES TÉMOINS DU MAL

Oh! combien dé témoins, et de témoins éclairés, profonds, solides, ayant fait par eux-mêmes des expériences, combien de témoins n'ai-je pas de cette vérité, que le monde humain est livré au Mal !

Et j'appelai en moi-même mes témoins.

Et le premier qui vint fut Robespierre, et il me dit : « Le « monde moral, beaucoup plus encore que le monde phy- « sique, semble plein de contrastes et d'énigmes. La na- « ture nous dit que l'homme est né pour la liberté, et « l'expérience des siècles nous montre l'homme esclave ; « ses droits sont écrits dans son cœur, et son humiliation «( dans l'histoire. Le Genre Humain respecte Caton, et se « courbe sous le joug de César; la postérité honore la i( vertu de Brutus, mais elle ne la permet que dans l'hiscc toire ancienne; les siècles et la terre sont le partage du a crime et de la tyrannie; la liberté et la vertu se sont à a peine reposées un instant sur quelques points du globe; <( Sparte brille comme un éclair dans des ténèbres immenii ses. Ne dis pas cependant, ô Brutus, que la vertu est u un fantôme... »

Alors, comme si cette voix en eût éveillé d'autres, j'entendis Herder me dire : « Oui, l'histoire, en effet, ressem- « ble à cette toile déliée suspendue à l'angle d'un palais, « et dont les fils inextricables conservent encore les traces « d'un carnage récent , après que Tinsecte qui l'a tissue c( s'est dérobé aux regards. »

Et j'entendis Lucrèce me dire : a Ne cherche pas l'En-

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