LIVRE III. 30S
et sur ! ces deux articles je me déclare à peu près satisfaite. Mais ma troisième questioù concerne la morale : €z'esX ici que mon rôle d'Accusatrice publique devient plus ^rave encore.
Car» enfin , ne m'as-tu pas avoué qu'à seize ans Sbelley ^e rendit coupable d'un enlèvement? Je ne puis croire <]u'il fût un Lovelace...
— Qu*imagines-tu donc ?
— Un fou , qu'un tempérament ardent , une précocité maladive...
— Je te plains de penser ainsi. Est-ce qu'un fou de ce genre aurait fait Queen Mab, tout en faisant Tamour?
— Un cbevalier des Grieux ?
— Même réponse. Le chevalier ne pensait qu'à Manon ; il n'était pas philosophe.
— Aimes-tu mieux Roméo?
— Roméo a plus de noblesse que le chevalier; il est plus chevalier. Mais il n'a aucune théorie sur l'amour, et ne semble pas destiné à s'en faire une.
— Que sais- je donc? Un Dante, un Pétrarque, un Camoens?...
En prononçant ces mots , la Voix dans l'ombre devenait vibrante.
— Ceux-là, lui dis-je, sont, en effet, les grandissimes amoureux. L'amour a des millions de nuances; l'amour, c'est nous, c'est notre être. Voilà pourquoi, depuis que le monde est monde, poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, tous les artistes, se sont exercés sur l'amour. Mais il était réservé à Sbelley d'être grand après les plus grands, et original après les inventeurs.
— En attendâot que tu nous fasses comprendre tes théories sur l'amour, tâche de nous faire comprendre comment Shelley comprit l'amour.
— L*un, dis-je, pourra servir à Tautre.