SCÈNE vni
de rente, et comme tos affaires vous avaient' amené dans notre province située au fond de la Cbampatnie, vous m’offrez de m'accompagner jusqu’à Paris...
RAYMOND
Je pense que vous n'avez pas à vous plaindre, nous nous convenons à merveille, J'ai de l'esprit, et vous avez de Tardent, Je défraie la conversation...
COCRTOIS.
Et moi , Je défraie les auberges... c'est vous aussi qui m'avez fait prendre un gro... om, comme vous dites... un domestique qui est mieux mis que moi... Ü est mieux mis que moi...
RAYMOND
liais enfin . quel motif vous attire à Paris ?
Cül RTOIS.
Je vais vous le confesser... regardez-moi en face , Jeune parisien » et dites-mui fraiicbement de quoi Je vous fais i'eiret.
RAYMOND
Mais...
COURTOIS
Voyons, voyons» sans flatterie... regardez bien... rayuonu.
Dame !.. Je vous trouve l’air un peu...
coimois.
Un peu?., plus fran ' que ça, donc, plus franc que ça... vous voulez dire beaucoup... ça m’est égal, allez!.. J'ai de l'argent, je suis riche, très riche , mais si J’avais de l’esprit avec ça, je passerais pour un phénomène.
RAYMOND
Mais vous ne me dites pas...
COURTOIS
Ce qui me conduit ù Paris... m'y voilà, il est donc convenu que J'ai beaucoup de ce petit air que vous disiez tout à l’heure, c’est fâcheux... mais quelque fois c'est utile... quand on veut s'unir par exemple, les femmes aiment assez ça.
RAYMOND
Chez un mari , c'est possible !..
COURTOIS
Or, J'en avais trouvé une, de femme, jeune, jolie, et qui m’aimait, qui m'aimait horriblement... viens donc la nouvelle de mon héritage, et sans désemparer Je coûts chez mon amante qui ne m'attendait pus... je frappe, on ouvre, j'entre sans qu'elle me voie et j'entends sa petite voix douce et amoureuse, qui me dit ; Est-ce vous, Nicolas!
RAYMOND
Nicolas?., (A paru) Ab! grand Dieu!
COURTOIS
Quelqu'inconnn , plus laid à lui tout seul que VOUS et moi ensemble.
Merci...
COURTOIS
Or, je m'appelle Épicharis Courtois, et non pas Nicolas, cl à ce nom , à cet horrible nom , Je m'élance à l'intérieur, et Je vois fuir, par la fenêtre , un jeune homme , un scélérat... qui avait juste votre tournure.
RAYMOND
Aie... î.a nuit, tmusles chats...
COURTOIS
C'est ce que je me suis dit; mais enfin . à sa
• vue , la fureur me transporte , j'éclate , je brise les vitres, je casse notre mariage, j'abandonne le village et la perfide eu lui léguant ma malédiction.
RAYMOND
Et la jeune fille se nommait?
COURTOIS
Elle s'appelait Élisa?..
RAYMOND
y'iisa Potiebou...
COURTOIS
Juste, comment le savez-vous?
RAYMOND , à paru
Ab! le malheureux!.. \Hauu) Mais... c'est que. .. c'est que je vous l'ai entendu nommer dans vos rêves.
COURTOIS
C'est possible, je rêvasse quelquefois de l'ingiate.
RAYMOND
Ainsi, vous venez avec moi...
COURTOIS
Clicrcber une femme douce, aimable, candide.
RAYMOND
Et cætera, etcætera... et tout ça à Paris, Paris que j'ai fui, moi , ù cause d'une nommée Jalia.
COURTOIS
JuUa!
RAYMOND
Une jeune modiste ravissante, et dont je me suis séparé le désespoir dans ie cœur, parce que Je devais conti'acter on Champagne un mariage qui a manqué.
cornTois.
Noos noos consolerons ensemble. . . seulement, mon ami, mon meilleur ami... j'ai anechoseqni me désole, qui me déses})èrc, qui me taquine oolin.
RAYMOND
Quoi donc?..
J'ai remai-qué que chaque fois qw je rencontrais une jeunesse... qu'elle me plaisait, crac... elle VOUS plaisait aussi.
RAYMOND
Sympatilie... communauté de goûts.
counrois.
Très bien... mais vous me les soolllei régulièrement!..
RAYMOND, à part.
S'il savait d'où cela date, l'infortuné... oh! Élisa, vous m’avez fait trahir un véritable amL
COURTOIS
Pourtant, mon cher, aujourd'hui, j'ose me flatter qu'il n'oti sera plus de même.
RAYMOND
Comment ?.. auriez-vous en vue quelque nouvelle conquête.
COURTOIS
Non, non... rien du tout... (A pan.) Allons rejoindre François pour qu’il m’indique la beauté en question; si j'ai neuf minutes d'avance... je le défie de m'enlever son cœur... (Haut.) Au n*voir, mon bon ami.
RAYMOND
. Comment... vous me quittez d^â! (Apvt,re-
gardant à (iroiie.) Que voU-je?.. une jeune fille... oh! qu'dle est Jolie!.. celJe que François m’a indiquée, sans doute... (Haut.) Que je ne vous retienne pas, mon bon Courtois.
COUItTOlS.
A bientôt! mon joli Uaymoiui!
HWMO.ND, 4 pan.
Tu as beau te dépêcher, tu arriveras toujours trop tard.
comrois , 4 pan.
Cette fois, tu perdras tes peines , je t'eufunce h perpétuité.
FNSËMULE.
COtlTOIS.
Je vais quitter ces lieux ,
Mais bientôt , Je i'espère,
La beauic qui m'est chère Va combler tous mes vœux.
RAYMOND
Allons , quittez ces lieux ,
Et bientôt, je l'espère.
Celle qui vous est chère Aura comblé vos vœux.
.SekiMi IX.
RAYMOND, puis JULIA.
R4YXIOND.
Oui, va, va, mon brave compagnon de voyage ; ah ! tu ne te contentes pa.s de tes nial> heurs passés , tu veux cotiriiser encore de jeunes et jolies filles... ce ne sera pas celle qui vient là toujours... Attention... et souvenons-nous que nous sommes clerc de notaire.
JULIA , à part.
Ab ! c’est le parisien... souvenoDs-nous que nous avons été modiste.
RAYhlOi>o, toussant.
Hum!., hum !...
JUI.IA , toussant.
Hum!., hum!..
RAYMOND
Doimons-lui le temps de s’apercevoir de mes avantages physiques...
(il se promène sans la regarder.)
JULIA, le considérant.
Ah! mon Dieu! (a paru) Mois je ne me trompe pas... c’est mon scélérat,, mon perfide... oh! ma vengeance , ma vengeance , voilà le moment de l’cxerrer mais solidement.
RAYMO.NU. s'approthant ^
Ha belle enfant., (ti la regarde.) Ab! grand j Dieu! j
JULIA. I
Quoi donc? |
RAYMOND. j
Ces yeux... ce nez... cette bouche... I
jrUA, feignant l'effroi. |
Eh bien !..
RAYMOND. j
Cet air... ces traits... ce visage... i
JULIA. t
Est-rc qu'y m’y pousse que’que chose... l
RAYMOND
Julio , si c’est toi, dis-le...
JULIA. I
Jnlia !.. J’ m’appelle Féléciié Toinon. .gi
• aiYMOflU.
Toinon!..
JULIA
Toinon... Félécilé , c’est moi.
RAYMOND
Mais cette voix, c’est bien elle... et votre âge?
JULIA
J’aurai vingt ans, aux épinards prochains.
RAYMOND
Vingt ans , c’est encore elle... et vous êtes depuis long-temps dans ce village?
JULIA
Dame !.. d'puis vingt ans tout rond.
RAYMOND
Tout rond... depuis vingt ans... ce n’est donc pas elle...
JULIA
Même que j’ vas l’étre décorée rosière.
RAYMOND
Rosière... oh! décidément, cen’est pasJolia.
JULIA
Ah ça! pourquoi que vous me faites toutes cos questions-là ?
RAYMOND
C’est que vous ressemblez d’une manière étrange à une jeune fille...
JULIA
Mais dame !.. à quoi que vous voudriez que je ressemOUsse, à un jeune garçon?
RAYMOND
Non... je dis à une jeune fîlJc, que j’ai éperduement aimée.
JULIA
Ah!
RAYMOND, 4 pari.
Elle ne se trouble pas... (Haut) A une jeune fille que j'aime toujours!..
JULIA
■Ah!..
RAYMOND, 4 part.
Oh î si c'est loi , je te forcerai bien à le trahir. (Haut.) Mais, hélas... Tmeonstante m'a indignement trompé.
Jl'I.lA , 4 part
Oh! que c’est malin... vilaine couleur.
RAYAIOND , sur le même ion.
Mais, bêlas ! l’inconstante m'a indignement trompé.
JULIA
Ail!
RAYMOND , ta contrefaisant.
Ah !.. ah !.. ah!., toujours la même réponse.
JULIA
Hais dame... je ne vous comprenons pas.
RAYMOND
Vous ignorez donc ce que c’est que l’amour?