TOUTES
Oui, oui, raconte... raconte...
LOUISE
Arrêtez!.. Comme personne ne peut savoir mieiLv que moi tons les détails de cette soirée... je réclame le droit de les raconter moi-même. (Brgardanl Uaguenay.) Ce ii’csi pas ici... dans un pareil moment... que j'aurais voulu faire un semblable récit, ob ! non ! mais puisqu'on m'y force,.,
PAMÉLA
Elle va arranger ça à sa manière; mais...
LOUISE
Vons serez lâ. Mademoiselle, pour me reprendre... si j’oubUais quelque chose,
BLABGEAC.
Bien répondu !
DAGUENAY. A part.
Que vais-je apprendre ?
LOUISE
Une nuit, au bal masqué, ob mes compagnes
•et où je me trouvais par ta première fois de ma vie.
PAMÉLA
C'est vrai ; mais vous allez voir que ce n'est pas trop mal pour un débuL
BLA^GEAC.
Silence donc !
LOUISE
Seule, au milieu de la foule. Je commençais à trouver ce plaisir si vanté , bien triste et bien maussade ! Quand ces paroles prononcées près de moi avec un accent étranger, absorbèrent bientôt toute mon attenlion : La perfide ! elle Ini a donné rendez-vous..,, je le sais... ce soir, à une heure, sous l'horloge... Si elle vient., si l'imprudent l'aborde... Juan, j'ai compté sur toi.., il fiiut que ton bras ou le mien... et je vis une arme à moitié cachée sous le domino des deux étrangers.
BLANGEAC,
Oh ! oh I ça me fait l'cITet de Gabrielle de Vergy. Continuez, continuez, ma petite; c'est fort intéressant
LOUISE
Quel était relui qui , croyant venir à un rendez-vous d'amour, allait rencontrer.,,
BLANCEAC.
Une bonne dague de Tolède !
LOUISE
Oh ! je l'avoue , j'aurais donné ma vie pour le savoir, et dès ce moment, cette personne que je ne connaissais pas, m'inspira le même intérêt que s'il se fût agi d'un frère ou d’un ami. Aussi, lorsque j'entendis celui que j'avais suivi machinalement , par instinct , s'écrier en désignant du doigt un jeune homme : Le voilà ! Je n’eus plus qu'une pensée , qu'un désir, mais ardent, irrésistible... celui de le sauver.
BLAb'CEAC.
Était-il gentil , le jeune homme ?
LOUISE
Oh ! ce n'est pas à cela que je songeais : Courir à lui, m'attacher à sou bras, lui faire mille agaceries que je n'aurais pas soupçonnées la veille; chaque fois qu'il s'approchait de la fatale horloge , redoubler de coquetteries pour l'cnualner... employer toutes les ruses et tous les manèges pour lui faire oublier l'heure , rien ne me coûta,
BLAUGEAC, touché.
Digne créature !
LOUISE
Ob ! d’abord , j'eus bien de la peine, allez; mais petit à petit, il finit par s'humaniser, si bien qu’à chaque instant, il devenait plus empressé, plus aimable... il me fallait écouter des sermens d'amours si pa-ssionnés, si tendres... que je commençais à en avoir des éblouissemens , et que j'allais fuir... quand un domino vint se placer sous l'horloge ; ah ! alors , ma tête se perdit , et plutôt que de le laisser seul au bal , exposé au danger, j'osai le prier de me reconduire jusqu'à ma demeure.
DAGUENAY, A part.
Quel souvenir!
LOUISE
Oh ! mais c'est alors que je fus bien eiubar-
m'avaient, pour ainsi dire , forcée à les suivre , vq» rasséc ; car enfin , recevoir quelqu'un qu'on ne