TOUJOURS ENCORE LE SCANDALE DES SOUS-MARINS ALLEMANDS
La partie qui se joue dans la Manche et dans la mer du Nord n'a pas un moindre intérêt. On sait que l'Allemagne a jeté l'interdit sur les mers anglaises : quiconque s'y hasarde, qu'il soit neutre ou belligérant, s'expose à y rencontrer des sous-marins et des torpilles. Les Puissances neutres ont protesté par des notes, mais les Puissances belligérantes devaient opérer autrement : elles ne pouvaient pas envoyer des notes au gouvernement allemand avec lequel elles n'ont plus aucune relation diplomatique. Au surplus, à des coups, en temps de guerre, on ne peut répondre que par des coups. La France et l'Angleterre devaient donc user de mesures de rétorsion. Puisqu'on avait voulu les affamer, elles ont résolu de rendre la pareille à l'Allemagne avec des moyens autrement puissants que les siens. En conséquence^ elles ont annoncé l'intention « d'ar-
rêteret de conduire dans leurs ports les navires transportant des marchandises présumées de provenance, de destination ou de propriété ennemies. » Ce sont là sans doute des mesures sévères et nous reconnaissons qu'elles sont en partie nouvelles, mais ne sontelles pas justifiées par toutes les nouveautés que l'Allemagne a introduites la première dans le droit des gens ? En tout cas, les mesures prises par l'Angleterre et par la France ne feront courir aucun risque à la vie des équipages. Les alliés ne détruiront même ni marchandises ni bateaux. Ils saisiront les marchandises qualifiées contrebande de guerre : quant aux autres, si elles sont destinées à l'Allemagne ou si elles en viennent, elles seront saisies sans doute, mais les neutres de bonne foi seront indemnisés suivant des règles à déterminer. Quelle différence avec les menaces sauvages de l'Allemagne !
Mais l'Allemagne n'a pas les moyens d'exécuter ses menaces, tandis que les alliés sont mieux outillés pour exécuter les leurs. Ils ont des bateaux sur les mers, alors que tous ceux de l'Allemagne sont prudemment cachés dans les ports, les canaux et les fleuves. Si leurs menaces sont moindres, l'effet en est mieux assuré. Aussi les neutres en sont-ils préoccupés et la presse américaine en a manifesté des craintes qui n'étaient pas exemptes de quelque mauvaise humeur. La situation de neutres est sujette en temps de guerre à des limitations évidemment pénibles ; mais n'y a-t-il pas pour eux des compensations et, si leur commerce souffre d'une certaine manière, n'a-t-il pas, d'une autre, quelques avantages imprévus ? On annonce une note des Etats- Unis : quand elle paraîtra, on peut être assuré à Washington que la France et l'Angleterre feront