‹ La guerre allemandeChapitre 46 sur 59 · Livre Blanc allemand, annexe · texte numérisé non relu

Livre Blanc allemand, annexe

Le lendemain, 1"^ août, Tordre de mobilisation gfénérale était lancé û peu près à !a même heure en Fiance et en Allemagne- A 7 heures et demie du soir, M. de Pourtalès, au nom de son gouvernement, déclarait la guerre à la Russie, Le les troupes allemandes pénétraient au mépris des conventions internationales, dans le grand-duché de Luxembourg, tandis qu'a Bruxelles, le ministre d'Allemagne, dans un ultimatum longuemenl prémédité, sommait le royaume de Belgique d'ouvrir son territoire à rarmée allemande. Le 3, le roi Albert et son gouvernement repoossai eut cette sommation injurieuse; T Allemagne déclarait la guerre à la France; TItalie notifiait aux: belligérants sa volonté d'observer la neutralité.

Le 4 août, TAugleterre, sur le refus du gouvernement allemand de respecter la neutralité de la Belgique, déclarait à son tour la guerre à TAliemagne. La Triple-Entente devenait le champion du droit et de la liberté contre la prétention exhorbitante d'une nation ivre de force brutale à rhégétnonie de TEnrope et du monde.

La guerre allemande commençait.

CONCLUSION

Que Ton évoque rapidement par la pensée cette s!on d'événements qui s'est déroulée de la fin de 19M au i milieu de 1914, Les causes lointaines et prochaines de la guerre qui désole TEurope n'apparaissent-elles pas en un relief saisissant?

Le 4 novembre 1911, ÎVMlemagne conclut avec la Fraace un marché dont elle s'estime la dupe. Tout, dans sa menta* lité collective, exaspère sa déception, \

O O lui a appris et elle croit que le droit se mesure à la j puissance, que la place à laquelle une nation peut pré- \ tendre au soleil de Dieu est proportionnelle anx effectif ; de ses armées, au chiffre de ses naissances, à la hauteur | de ses statistiques industrielles et commerciales. Desgéné- ! rations de professeurs lui ont enseigné la supériorité de k j science allemande, de la littérature allemande, de Thistoire j allemande. Semblable h cette lampe dont parie Kant, el ! qui, brûlant au milieu d’n ne lanterne à verres rouges, croil j que le monde entier est rouge autour d'elle, elle n a de . vision du monde extérieur qu’à travers le prisme allemand. ] Tout é tivanger qui se perrnetune auLre visio n est im ennemi, i Toute précaution que peut prendre cet étranger est une j provocation. La menace allemande seule n’est pas une ; menace; c'est une garantie que prend TAUemagne contre ' les oppositions possibles à son cc légitime développement

GOKCLÜSIOX

t ultériear Les droits acquis, la prescription historique et juridique, assises sacrées de la paix et bases de toute cidiisaüon, ne valent qu*à son bénéfice, Tl y a des cas ) même, celui des neutres qui rentoorent, celai du régîrne j douanier des colonies françaises, ou sa diplomatie pense 1 et laisse entendre qu'à T égard d'un peuple comme le , peuple allemand, d'un peuple qui a une pareille armée,

I une telle puissance productive, le droit de souveraineté ' des nations qui ne sont pas la nation allemande n’est peul-êire pas entier et intangible,.*

Cette conception morale et politique, indice d’une irrémédiable subjectivité, s'alimente d'ailleurs à des sources I sans rapports avec TidéaL

Depuis vingt-cinq ans, le peuple allemand s’est enrichi. A Tunité nationale, a correspondu l'unité de vues dans la f direction à donner aux forces productives de TEmpire, Les bénéfices commerciaux et industriels ont apporté à des classes jusqu'ici condamnées à des formes de vie très j grossières des satisfactions sur lesquelles elles se sont j jetées avec l'impétuosité ingénue des inassouvis. Les j revenus de la bourgeoisie, appointements d’État ou de ; sociétés, ont presque doublé* Les salaires des ouvriers se ! sont élevés avec d’autant plus de rapidité que la spéciali- I sation industrielle augmentait la valeur de rédiication technique. Le rendement chaque année plus considérahle des impôts a permis cette amélioration constante des ser- ' vices publics qui rend tangibles les avantages de la solida- I rité nationale, L Empire n'a plus été une formule vide de I juriste. Il est devenu une raison sociale, une firme, à la j prospérité de laquelle tons les citoyens se sentent iiitéj ressés, qu'ils soient catholiques ou protestants, vieiix- [ conservateurs ou socialistes, Tîavarois ou Prussiens.

Que cette extension et ce perfectionnement des services ! publics, que cette prospérité générale ne soient pas sans grandeur, c'est ce que personne de bonne foi n'a nié, pas

COKGLUSÏON

plus en France qu'en Angleterre. Mais le résultat en a été, dans une large mesure, déplorable. Une sorte de bas impérialisme s'est répandu Hans la population allemande.

A côté d’une caste de hobereaux, convaincus que ia force allemande a été créée pour leur assurer fonctions et honneurs, un peuple innombrable de travailleurs, armés ' par Tinstructiou primaire ou supérieure aliemaude. non du sens critique qui permet d'apprécier les droits d’autrui, ^ mais d’une accumulation de notions d'où sort l’illusion de la culture généralisée, s’imagine de bonne foi que ses besoins même lui créent des titres contre les autres nations.

La France a des colonies der peuplement qu'elle ne peut ' pas peupler, des positions financières et politiques, en Orient par exemple, qui ne sont point proportionnelles à | sa puissance réelle : si elle ne les abandonne pas à l’Alle^ ! magne, en tout ou en partie, c’est un geste d’hostilité \ qu'elle fait contre l’Allemagne ! Qn’on ne rie point de ces prétentions ! Il y a eu en Allemagne des partis, celui du ^ comte de lleventlow par exemple, qui ont examiné sérieusement la question de savoir si, l'Allemagne ayant un jour j besoin d'argent pour assurer le déYeloppemeut de m : Iran sacti on s co mmer ciales, le refus que la France lui oppo' | serait de lui consentir les avances nécessaires ne devrait pas être considéré comme un belli!

C'est donc cet état d’esprit de l'Allemagne qu'il ne faut pas perdre de vue, si l’on veut apprécier à sa valeur his- ' torique la déception de Topiniou allemande lorsque fut publié l’accord du 4 novembre 1911* Un seul mot peut en donner une idée : ce fut de la folie* ^

Prendre une revanche éclatante de cette défaite dipk- , matique^ mais surtout obtenir par la force ou par la menace une place au soleil en rapport apparent plus exact avec sa paissance, telle fut la pensée fixe de l’Allemagoe.

Ou la guerre allemande, ou la paix allemande, voilH b | dilemme en face duquel il fallait placer la France. Mais

CONCLUSION

que la France choisisse Tun ou Tautre terme, la rançon devait être à la mesure de radversaire : des colonies, de for, un statut douanier, économique et d’établissement pour les sujets allemands qui fasse de la France une dépendance de rAllemagne î Et si, décidément, c’est la guerre, eh bien ! c'est la France qui, matériellement, en fera les frais.

Les lois militaires allemandes de 1912 et de 1913 sont donc faites, d'abord, pour l’écrasement certain, définitif, delà France.

Que la France n'en conçoive pourtant pas trop d'orgueiL Sans mésestimer précisément sa valeur défensive, l’AUemagne la considère plutôt comme un obstacle cf irritant qui n'est pas susceptible de grandir : le régime démocraliqiie, du moins elle le pense avec son empereur, est incompatible avec tout perfectionnement sérieux de Forganisme militaire, et la décroissance de sa natalité lui interdit la puissance des effectifs.

Mais Fadversaire redoutable, parce qu'il représente ces deax inconnues : Fimmensité de superficie et l’immensité du nombre; Fadversaire qu'il faut maîtriser et contenir avant qu'il soit organisé, c'est la Russie,

En 1912 et 1913, la Russie entreprend sa réorganisation militaire, met en chantier de nouvelles unités navales. Grâce à l'épargne française qui doit lui fournir cinq nou™ veaux milliards, elle va compléter son réseau ferré dé manière que sa mobilisation et sa concentration, accélérées, puissent dans deux ou trois ans, ajouter l'effet de la vitesse à la force du nombre. L'Allemagne a ordonné méthodiquement son rêve d'inonder la France de ses armées. A son tour, F immense Ilot slave dresse une terrifiante menace de submersion sur sa frontière orientale. Pis même ■ déjà la puissance productrice de l'Allemagne tist menacée d’une concurrence cf monstrueuse » : sur les

CONCLUSION

marchés du monde, la fonte russe, le charbon russe, foi^t leur apparition* Le traité de commerce que la Russie a I signé en alors que son armée livrait à 8.000 kilo- ' mètres une lutte épuisante, tout prouve qu’elle ne le 1 renouvellera pas en 1916, lorsqu’il viendra à expiration, '

La notion précise de ses Intérêts politiques et de ses intérêts économiques, la conscience profonde de sa supériorité militaire, tout dresse donc, dès la fin de 1913, FM lemagne contre la Russie. La querelle diplomatique née de Fafîaire Liman von Sanders ne fait que rendre pltis saisissant pour elle le danger dont elle se croit menacée, simplement parce que les droits de la Russie s’opposenî aux siens. La querelle de TAutriche, son alliée, et de la Serbie, petite nation slave protégée de la Russie, devient donc naturel le ment sa querelle. Elle tire Tépée pour ell&même, tout en se donnant Favantage de la fidélité km amitiés.

Guerre préventive contre la Russie, mais dont la Franca fera les frais, telle est donc la guerre allemande*

L’intervention de FAngleterre, FAllemagne, confiante dans les derniers accords relatifs aux colonies portugaUe& et k la Mésopotamie, ne Fa pas prévue ou Fa prévue à Fei’ pi ration d’un délai qui devait lui permettre de s’assurer définitivement Fhégémonte de l’Europe. La France écrasée et Paris occupé au bout de quelques semaines, toutes m forces retournées contre la Russie, FAllemagne comptait bien intimider le léopard britannique assez à temps pour l’empêcher de bondir

La sublime résistance de la Belgique, F héroïque contPC' ^ offensive de Farmée française sur les rives de la Marne, la ' rapidité imprévue de l’intervention anglaise, enfin la formidable besogne de destruction menée à bout parla valeureuse armée russe, ont précipité FAllemagne de son rêve!

L’Allemagne avait tout prévu^ sauf la force de cohésiou * des droits menacés des nationalités et des individus*

GONCLiÜSION

Soo triomphe assurait rasservlssement des nations libres à uoe antre nation, Técrasement des droits de Thomme BOUS une sinistre théorie de l’État, Une ligne naturelle s’est formée entre les nations que son ambition mettait le plus directement en péril. Tous les cœurs généreux et loyaux, dans le monde entier, ont été soulevés d’horreur au récit des attentats monstrueux commis par ses troupes contre ces droits de la personne humaine qui sont supérieurs à toutes les raisons d’État. Les alliés, France, Angleterre, Russie ne sont pas apparus seulement, aux yeux des autres nations, comme les défenseurs d’intérêts nationaux, ils sont devenus les champions du Droit.

Même, d’ailleurs, si son armée et sa marine avaient respecté les règles du droit des gens et les lois de la guerre, la guerre entreprise par l’Allemagne devrait être condamnée au nom de la civilisation. Quoi qu’en ait écrit récemment un grand écrivain anglais, sir Arthur Conan Doyle, ridée seule de « faire, l’épée à la main, sou chemin dans le monde », est une idée immorale. Si d’autres nations font fait autrefois, est-ce une raison pour les imiter aujourd’hui? Si le geste allemand n’est pas un geste de Barbare, qu’esl-ce donc, au vingtième siècle, que la barbarie? Et si les soldats des alliés ne meurent pas précisément pour qu’on ne voie plus jamais cette barbarie, où est donc la supériorité des principes au nom desquels ils meurent î

APPENDICES

LES GRANDES DATES DE LA POLITIQUE EUROPÉENNE DEPUIS LiV FONDATION DE LEMPIRE ALLEMAND

A. —De Guillaume Guillaume IL

1871* 18 janvier. Proclamation, à Versailles, de TEmpire allemand.

31 mars. Traité de Londres, qui supprime la neutralisation de la mer Noire.

10 mai. Signature, à Francfort, du traité de paix entre la France et T Allemagne.

Adoption par le Reichstag £i*un triennat militaire.

1872. Alliance des trois Empereurs.

1873. Loi française sur les cadres de Farmée.

1874. Adoption par le Reichstag d’un septennat mili¬

taire.

âl février. Constitution du ministère Disraéli.

1877. Guerre russo-tu rque.

1878.13 juillet. Traité de Berlin {il fixe le statut territorial de la Bulgarie, de la Serbie et du Monténégro; de lui date la première fissure entre TAllcmagne et la Russie).

1879.7 octobre. Traité d’alliance défensive entre l’Allemagne et rAutriche Hongrie contre la Russie.

1880.28 avril. Constitution du ministère Gladstone.

Agadir^^Sarajevo.

APPENDICES

1881* Conquête de la Tunisie par la France.

13 mars. Assassinat do Tsar Alexandre IL Vote, par le Reichstag allemand, d’on deuxième septennat.

29 novembre. Le comte Kalnoky devient ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie.

1882. 20 mai (date probable). Signature, à Vienne, de

la Triple-Alliance entre rAUemagne, TAutriclie- Hongrie et ritalie*

Occupation de TÉgypte par T Angleterre-

1884. 21 mars* Traité de Skiernewice, entre rAllemagnc

et la Russie. (L*Allemagne s'engage à ne pas se joindre à une attaque autrichienne contre k Russie.)

1885. Conquête du Tonkin par la France.

26 février Convention de Berlin relative au Niger et au Congo.

24 juin. Constitution du ministère Salisbury. 1386. 6 février. Constitution du ministère Gladstone (lûrâ Rosebery, ministre des Affaires étrangères)*

3 août. Constitution du ministère Salisbury.

1887.11 mars. Adoption, par le Reichstag allemand d’un troisième septennat militaire.

Ferdinand de Saxe-Gobourg devient prince de Bulgarie .

20 avril. Incident de frontière franco-allemand (affaire Schnaebelé).

19-20 février. Renouvellement pour cinq ans de k Tri pie-Alliance.

Premiers arrangements anglo-italiens relatifs Ma M éditerranée (date exacte inconnue ; date probable : 6 octobre),

1883. 9 mars. Mort de Guillaume empereur d’Alle¬

magne ; avènement de Frédéric HL

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