LA TRIPLE ALLIANCE
L*origine de la Triple-AIliaiice remonte au Congrea et au traité de Berlin par lequel^ eu 1878, les puissances réglèrent les questions soulevées en Orient par la guerre russo-turque. De cette époque, en effet, date le refroidissement des rapports entre rAllemagne et la Russie, lésée dans ses intérêts et atteinte dans son prestige par le règlement intervenu, lequel comportait surtout des avantages présents et à venir pour rAutriche-Hongrie.
De cette situation naquit d'abord Talliance austro-allemande^ qui s'élargit ensuite par Tadhésioii de ritalie, et devint la Triple-Alliance.
Mais cette accession se trouvant à son tour dominée par la nature des rapports austro-italiens, iTtaiie a nécessaireinent, dans la Triple-Alliance, une position spéciale qui demande à être précisée.
A. — Alliance auslro-allemande.
L’Alliance austro-allemande fut négociée par Bismarck &t Andrassy au cours des années 1878 et 1879, et signée à Vienne le 7 octobre 1879*
Tenue secrète pendant quelques années, elle fut publiée par Bismarck le 3 février 1888, pendant une des plus graves périodes de tension russo-allemande*
Le caractère essentiel de Talliance est défensif. Il est
APPENDICES
Indiqué et précisé dans les deux principaux articles du traité et dont voici le texte :
Article ™ Si, contrairement à ce qu'il y a lieu d'espérerj et contralromont au sincère désir des deux hautes parties contraeUnteSj Tun des deux empires venait à être attaqué par la Russie» lei deux hautes parties contractantes sont tenues de se prêter réciproquement secours avec la totalité de la puissance militaire de leur empire, et par suite, de ne conclure la paix que conjointement et d'accord.
Art, 2. — Si Tune des deux hautes parties contra<itantes venait à être attaquée par une autre puissance, Fautre haute partie contractante s'engage par le présent acte, non seulement à ne pas soutenir l'agresseur contre son haut allié, mais, tout au moins, d'observer une neutralité bienveillante t F égard de la partie contractante. Si toutefois, dans le cas précité, la puissance attaquante était soutenne par la Russie, soit sous forme de coopération active, soit par des mesures militairea qui menaceraient la puissance attaquée, alors l'obligation d'assistance réciproque avec toutes les forces miiitairesi obligation stipulée dans Fartlcle premier, entrerait immédiatement en vigueur, et les opérations de guerre des deux hautes parties contractantes seraient aussi, dans cette circonstance, conduites conjointe ment jusqu'A la conclusion de la paix.
Quelques années après, les rapports russe-allemands s’étant améliorés, Bismarck, sans renoncer au bénéfice de ralliance autrichienne, négocia avec la Russie, et conclut leâl mars 1884, à Skierniewice, un traité dit de « contreassurance U, aux termes duquel l’Allemagne s’engageait à ne pas se joindre à FAutrlche au cas où cette puissance attaquerait la Russie. Etant donné l’élasticité de cestermes: offe^iswet défensine, agf'esswi, il n’est pas douteux que Bismarck cherchait a s’assurer sa hberté d’action en cas de conflit anstro-russe.
On est donc autorisé à penser, surtout après la publication des mémoires du prince Clovis de Hoheniohe, aocien ambassadeur à Paris et ancien chancelier de TEmpire, que Bismarck, pour éviter cette guerre sur deux fronts (contre la France et contre la Russie) dont il avait la hantise,
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LA TBrPLE-ALLlAKCE
cherchait à se rapprocher de la Russie. Cette supposition est d'autant plus légitime que Bismarck* qui professait un mépris connu pour les peuples d'Orient^ ne se souciait pas de prendre au pied de la lettre les promesses qu*il avait fdtes en 1878 à rAutriche-Hongrie, et de soutenir re'ellement une politique active de cette puissance dans les Balkans*
Le calcul de Bismarck fut déjoué* Des troubles survenus en Bulgarie en 1885 et la guerre hulgaro^serbe rapprochèrent la France et la Russie* La politique du gouverne^ ment russe en Pologne contrecarrait d’autre part les projets et les idées du chancelier allemand. Une nouvelle tension russo-allemande se produisit et, à son échéance, c’est-à-dire vraisemhlahlement au cours de Tannée 1890, raccord de Skierniewice ne fut pas renouvelé. Entre temps d'ailleurs, Guillaume II était devenu empereur et son ‘ aUachement à Talliance autrichienne avait été une des causes de la démission du chancelier de fer, au mois de J mars 1890. L’Allemagne et son souverain commençaient ) en même temps à jeter les bases de leur politique mon- ! diale, et, leurs vues sur TOrient différant totalement de ' celles de la politique bismarckienne, une entente de plus en plus étroite avec Tempire austro-hongrois s’imposait krun et à l’autre*
^ Pour ces diverses raisons, ainsi sommairement résu- I tuées, Talliance avec T Autriche est demeurée le pivot de j la politique allemande*
J B. — VItalie et la Triple-Alliance.
\ L’accession de Tïtalie à Talliance austro-allemande consi titua la Triple-Alliance.
Le^s conditions précises de cette accession : engagements pHs par Tltalie envers ses contractants, ou inversement : I forme du pacte, sont toujours demeurés strictement
i Agadir.Sarajevo.
APPENDICES
secrets. Seuls, les divers renouveUements du traité (ou des traités) out fait Tobjet de quelques déclarations ofEcielles soit devant les divers Parleuients, soit dans m communiqué.
Néanmoins, certaines circonstances et certaines filtre tions ont permis de reconstituer approximativement riiisLoire de ce célèbre groupement.
Le traité d'alliance aurait été signé à Yienne le 20 mai Comme le traité austro-allemand, il est, dans son but, défensif : chacune des parties contractantes doit venir au secours de scs cosignataires, au cas où run d'eui^ ou les deux autres seraient l'objet d'une agression.
II n’y aurait pas de traité séparé entre l'Italie et l’Allemagne, ni entre j'Italie et rAuLriche Hongrie. Ceci explique que certains hommes d’État italiens aient pti dire : « Nous n'avons pas d’alliance avec rAul.richedlon' grie >i. L’Italie serait l'alliée d'un groupe de deux puissances, Cette induction, toutefois, pourrait ne pas être rigoureusement exacte en ce qui concerne les rapports italo allemands. -
Les signaLaires de la Triple-Alliance se sont-ils garanti l’intégrité de leurs possessions territoriales en Europe? Au dire de Crispi, raffirmative doit être adoptée^.
11 est généralement admis que le traité de 1882, lors de son premier renouvellement en 1887, a été l'objet d'ameU' dements dans un sens favorable h ITtalie. Mais sur
d. Un des documents les plus affirmatifs qu’on ait sur la Tripla Alliance est le télégramme suivant adressé do Naples par Giispi, an début du [mois de juillet t806, à la Tribuna et à la Ri for ma i
!( La Triple-AUlance est un traité dont le but (léfioilif n’eat pas agressif rt par lequel Jes trois puissant es se garantissent réciproqM njent s la tu qtio territorial. Je n’y ai contribué en aucune maniérô pendant le temps que j’élais au geuvt^rnenient. Je n’ai même pas eu roccasion de renouveler le traité qui, conclu par Mancini en iSS2. renouvelé par M. de Kobilant eu 1887, seulement pour cinq ans, a été renouvelé ensuite pour une période de douse ana par le marquis di Rudini. »
LA tBÏFLE-ALLIANCE
rétendue et la nature de ces modification s, on est réduit aux hypothèses.
tl est également admis que les instruments diplomatiques qui constatent la Triple-Alliance sont assez nombreux- 11 y a vraisemblablement, d'abord, le traité d*adhésioûde ITtalie à falliance austro-allemande ; des lettres ’ échangées entre les souverains et par lesquelles ceux-ci j engagent leur parole royale ; des conventions militaires • réglant, non la force militaire de chacun des alliés, mais i les modalités d’une coopération éventuelle ; peut-être des i accords financiers (mais ceci est moins probable).
Voici maintenant les dates des renouvellements succcsgifs de la Tri pie-Aillance, la dernière date élant seule officielle : 19-20 février 1887 (durée : 5 ans) ; 2", juin 1891
(renouvellement anticipé ; durée 12 ans, chacun des contractants ayant la faculté de rompre le pacte au bout de 6 ans) ; 3"*, juin 1897 (renouvellement automatique : durée ' 6ansy ; 4^ 28 juin 19L)2 (signé à Berlin ; durée probable : 6 ou 12 ans); 6 décembre 1912 (renouvellement anticipé ; date officielle ; durée vraisemblable : 6 ou 12 ans).
1 Deux observations importantes pour compléter ce gchérna :
S'il est exact que f adhésion de ITtalie à f alliance austroallemande ait seule constitué la Triple-Alliance, et sTl est vrai que ce pacte soit, par essence, un pacte de garantie territoriale, le premier et le plus important mobile qui aurait ainsi amené ITtalie à engager sa signatiix'e aurait donc été la recberche d’une assurance allemande contre ^ une revendication autrichienne et contre une politique 'f française trop active dans la Méditerranée, j 11 semble en outre égalemen t que les traités tripliciens comportent des stipulations relatives à fOrient. Supposition naturelle, les contractants ayant eu certainement au moins pour objectif accessoire de préciser leur intei préta- ^ tion respective du traité de Berlin du 13 juillet 1878.
APPENDICES
Ainsi Ton est amené a penser qu’il est intervenu, à la signature et aux divers renouvellements des traités tripliciens, ou même entre ces diverses dates, des stipulations ou des arrangements additionnels relatifs au Sandjak de Nûvi-Bazar, à la Macédoine, à la Bosnie-Herzégovine...
Sur le contenu de ces stipulations ou arrangements on est réduit encore, ou aux hypothèses, ou à rechercher dans les principes directeurs de la politique générale de chacun des contractants, des éléments d’information qui ne sauraient conduire à aucune incertitude.
Mais, au témoignage de Bismarck, le pacte triplicien proprement dit ne comportait aucune stipulation relative à la Méditerranée, où la politique italienne conservait sa liberté d’action. 11 est vraisemblable aussi que cette même liberté existait pour Tinterprélation des clauses de la Tri pie-Alliance intéressant spécialement Tltalie et TAutriche-Hongrie.
Lltalie a donc pu conclure, d’abord avec chacune des autres puissances tripliciennes prise séparément, puis avec d’autres puissances non tripliciennes, des accords particuliers qui, tout en demeurant juridiquement étrangers à îa Triple-Alliance, avaient néanmoins sur elle de^ répercussions plus ou moins profondes. Ces derniers accords ont reçu un nom pittoresque ; on les a appelés « les tours de valse de Tltalie »,
Ces accords particuliers de Tltalie sont nombreux; les uns sont publics et connus ; pour les autres, tenus secrets, on ne peut en reconstituer qu'approximativement et par hypothèse le contenu et la portée.
a) Accords italo-allemands. — Au nombre de ces accords, il importe de ne pas oublier les traités de commerce qui ont joué parfois, au moment de la rupture douanière avec la France par exemple, un rôle important.
LA TRIPLERA LLIANCE
Mais y a-t-il eu des accords pai-ticuliers de nature politique entre rAllemagne et lltalie ? j Dans certains miüeuK diplomatiques on le nie. Dans d'autres on raffirme^ sans qu'il puisse être produit^ à Tappui de la négation eomme de l'affirmation, aucun© preuve ou document.
! Parmi les hypothèses les plus curieuses qui ont été émises, on peut citer celle d'un accord italo-allemand, qui aurait été conclu en 1887, et dont la Méditerranée, peutêtre même le Maroc, auraient fait Tobjet. L'Allemagne se serait engagée à soutenir l'Italie au cas où la politique française prendrait certaines directions contraires aux intérêts italiens et susceptibles de rompre l'équilibre dans la Méditerranée ; mais Tltalie n'aurait pris, par contrej f aucun engagement réciproque à ce sujet envers TAlle- ! magne. Cette stipulation, si elle est réellej rapprochée des accords avec l'Angleterre, dont nous allons parler, expliquerait le mot de Eobilant, lorsqu'il quitta le pouvoir : « Lascio tlialia in una boU& di ferroï jj Je laisse l'Ilalie I dans un tonneau de fer !
: b) Accords austro-itaUens* —- Outre les accords contenus
1 vraisemblablement, comme on l'a vu plus haut, dans les I traités tripliciens, la péninsule des Balkans a fait l'objet,
! entre l’Italie et l'An triche-Hongrie, de divers arrangements à deux.
Le double principe général posé par ces accords serait I le suivant : les deux contractants s'engagent à respecter le statu quo territorial dans les Balkans, et, au cas où ce siaiu ^uo serait modifié, à se concerter sur l'attitude à adopter. L’application la plus importante de ce principe aurait été faite dans le traité relatif a l'Albanie signé le 6 novembre 1897, par Goluchowski pour T Autriche-Hongrie et I Visconti-Yenosta et di Rudini pourritalie. Les stipula- I bons essentielles de ce traité pourraient se résumer ainsi :
AI^PKNDICES
Les deux parties contractantes déclarent respective^ ment leur désintéressement territorial en Albanie ; Ellea se déclarent en faveur dus^a/ti quo^ c'est-à-dire dela soU’ veraineté ottomane; 3° Elles se garantissent respectivement, au cas où une modification serait apportée à ce staiu qiio, l'autonomie ou l'indépendance de TAlbanie, qui ne devrait pas tomber sous la souveraineté d'une tierce puis^ sance*
Cet accord assurait un certain équilibre dans i’Admtique.
c) Accords anglo-italiens. — On a vu plus haut Thypothèse d'un accord italo-allemand séparé relatif à la Médb terra née. Que cette hypothèse réponde ou non à une réalité, rinLérêt de T Italie à ce réserver son avenir » dans la Méditerranée, c'est-à-dire à maintenir le slalu quo jusqu'au jour QU elle serait assez forte pour s'assurer les avantages qu'elle estimait devoir lui être dus, cet intérêt était trop puissant pour ne pas l’amener à rechercher et à nouer une^entente avec l'Angleterre, au moins aussi intéressée dans cette question, eu raison des affaires d'Egypte et de sa préoccupation d'assurer la liberté de la route des Indes.
L'accord fut en effet conclu en 1887, à peu près à la même date que celle du premier renouvellement de la Triple-Alliance. 11 ne s’agit vraisemblablement pas ici d’un traité proprement dit, mais d'une entente diplomatique. bon contenu a été résumé par M. di Eudini, au Parlement italien, le â9 juin 1891 : u L'Italie et TAngleterre se proposent de maintenir la paix et le statu quo ».
Cette entente est devenue une des grandes assises de la politique italienne. Elle a donné naissance à plusieurs accords spéciaux, notamment aux accords relatifs à Aden et à la mer llouge, occupées par l'Italie, à la ligne Adalia- Bourdour en Asie-Mineure, etc.
LA TBIPLE-ALLIANCE
d) Accords franco-italiens, — Les rapports entre la France et Fltalie, troublés et souvent tendus à la suite des affaires de Tunisie, s’améliorèrent à partir de 1896, Le 28 no^^ernbre 1896, en elTet, une conveiitioa de cornj merce et de navigation intervint entre les deux pays au sujet de la Tunisie. Des accords commerciaux améliorèrent ensuite le régime des échanges entre les deux métropoles.
Mais rinstruraent diplomatique le plus important qui ail été signé par la France et ITtalie est relatif au Maroc et I à la Libye. Négocié an début de l’année 190â, les dispositions en étaient arrêtées au cours de l*été; les signatures I officielles furent échangées à la fin de Tannée, La France laissait à ITtalie les mains libres en Libye. LTtalie prenait I Ib même engagement envers la France en ce qui concernait le Maroc, Chacun des contractants a strictement observé sa parole et occupe, sous des modes divers, les deux pays ^ visés par le traité.
e) Accords italo-russes. — L’origine des accords italorusses remonte aux négociations poursuivies à Milan, en novembre 1891, entre M, de Giers, ministre des Alîaires étrangères de Russie et M, di Eudini. Une entente suivit, dont TOrient faisait Tobjet, et dans laquelle, probablement, la Russie qui venait de conclure un accord diplomatique avec la France, s’engageait à intervenir amicale- : ment auprès de cette puissance dans certaines hypothèses,
La crise orientale de 1908-1909 amena un nouveau rapi prochernent italo-russe, et au cours de conversations I diplomatiques, notamment lors du voyage de Tempereur Nicolas II à Racconiggi, a TauLomne de 1909, il a été sans doute pris, de part et d’autre, certains engagements. Mais il n’a été rien publié d^officiel à ce sujet, et toutes les hypothèses qu'on peut se permettre se ramènent à cette
APPRNDIÜBS
formule : il est possible gue la Russie et ritalie soient aujourd’hui d’accord en principe sur l’étendue de leurs droits respectifs sur la Méditerranée orientale, en Asie inineure, ainsi que, peut-être depuis quelque temps, sur le règlement de la question de Constantinople. Mais, il faut le répéter, ce ne sont là que des hypothèses.
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