‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 63 sur 303 · STRATÉGIE DÉFENSIVE DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

STRATÉGIE DÉFENSIVE DE FRÉDÉRIC

extérieure n'empêcha pas Frédéric de préparer avec soin la campagne qui allait s'ouvrir. L'année 1759 se signale par un changement radical dans la stratégie royale : jusqu’alors le roi de Prusse avait pris l'offensive contre ses nombreux ennemis. En 1756, il se rend maitre de la Saxe, entre en Bohème, et sans la résistance inattendue des Saxons, aurait écrasé les Autrichiens avant qu'ils n'eussent eu le temps de se rassembler. En 1757, les opérations débutent par l'invasion de la Bohême, la victoire de Prague et par une poussée qui n'est arrêtée que par le désastre de Kolin. Au printemps de 1758, Frédéric porte ses armes en Moravie, fait le siège d'Olmütz et ne cache pas son intention de poursuivre ses avantages jusqu'au Danube. En 1759 au contraire, pendant les premiers mois de la saison il reste sur la défensive, refuse de coopérer à l'attaque (1) que le prince Ferdinand voudrait entreprendre contre les Français, et se contente de retarder la marche des Russes et des Autrichiens, en détruisant leurs magasins et en menaçant leurs communications.

A quel motif faut-il attribuer l'adoption d'une méthode qui semble, À première vue, si opposée au tempérament de l'homme et au génie du capitaine? Évidemment à l’état de son armée et à l'expérience du passé. La campagne de 1758 n'avait pas été heureuse; l'échec devant Olmütz, la bataille sanglante de Zorndorf, la surprise d'Hochkireh, avaient non seulement coûté au roi de Prusse ses meilleurs soldats, mais lui avaient appris la valeur grandissante d’ennemis tenus jusqu'alors en mince estime. 11 faut liro la longue lettre (2) à Fouqué sur la tactique des Autrichiens et notamment sur leur emploi de l'artillerie, pour se con! .incre de l'impression faite par les progrès de

(1) Frédéric à Ferdinand, 14 janvier 1759. Correspondance politique. XVII, p. 22.

(2) Frédéric à La Motte Fouqué, Réflexions sur quelques changements dans la forme ds faive la guerre, 21 décembre 1758,

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l'armée rivale. Au surplus, la nécessité de remplir les vides dans les régiments suffit pour expliquer l’inaction momentanée des Prussiens. Afin de trouver les 30.000 recrues que ne pouvaient fournir en totalité les états royaux, il fallait lever de force des contingents dans les pays occupés, la Saxe, le Mecklembourg, la Poméranie suédoise, les duchés d’Anhalt, et ramasser dans toute l'Allemagne et en Pologne des hommes que ia renommée du grand monarque, et peut-être encore plus l’appât d'une prime de 10 thalers, attiraient sous les drapeaux; pour compléter les corps irréguliers on s’adressait à l'élément déserteur et prisonnier. Mais si par ces moyens empiriques on reconstituait le nombre, il n’en était pas de même de la qualité qui laissait fort à désirer; aussi Frédéric, comme plus tard Napoléon dans les dernières années de son regne, cherche-t-il à augmenter son artillerie. Les 130.000 Prussiens dont se compose l’armée active en 1759, trainent avec eux 580 canons, tant de parc que de bataillon, soit une proportion de # canons par 1.000 hommes, et malgré cet appui, Frédéric reconnait que l'infanterie « abâtardie par les pertes trop fréquentes, ne doit point ètre comnise à des entreprises difficiles; ce serait la mettre à de trop grandes épreuves que de la risquer à des attaques qui demandent une constance et une fermeté inébranlables. » C'était parler en sage; malheureusement, comme nous le verrons, la pratique ne répondit pas à la théorie.

Vers la fin de l'hiver, les forces du Roi étaient distribuées comme suit : En basse Silésie 48.000 hommes sous ses ordres directs; 20.000 avec Fouqué dans 14 haute Silésie; 37.000 sous le commandement du prince Henri en Saxe; enfin les 25.000 des corps de Dohna, Wobersnow et Platen, opposés aux Russes et aux Suédois. En tenant compte de la cavalerie détachée à l’armée du prince Ferdinand, des dépôts, des convalescents et des ‘“arnisons de Magdebourg, Stettin, Berlin, Dresde, des places de l’Oder

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