‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 3)Chapitre 73 sur 303 · LES RUSSES MARCHENT VERS L'ODER · texte numérisé non relu

LES RUSSES MARCHENT VERS L'ODER

qu'il avait à cœur de remplir le programme convenu et de donner la main aux Autrichiens. Il persévéra dans cette ligne de conduite, et admirablement secondé par ses cosaques groupés sous la direction de Todleben, déjoua les manœuvres de l'adversaire et franchit le 20 juillet à Goltzen la frontière du Brandebourg. Entre temps Dohna, fort gêné par le manque de farine, qu'il ne pouvait obtenir des Polonais sans des mesures de rigueur interdites dans un pays neutre, avait perdu beaucoup de temps à transporter ou à reconstruire ses fours; puis, de plus en plus préoccupé de la jonction qu'il avait ordre d'empêcher, avait marché le 21 de Schwiebus à Zullichau, d’où il chassa un détachement russe qui s’y était installé la veille. Le lendemain, l'arrivée du général Wedell, muni de pouvoirs extraordinaires pour le remplacer à la tête de l’armée, mit fin à ses embarras.

Dans ses opérations en Posnanie, Dohna semble avoir manqué de célérité et de décision; il laissa échapper des occasions favorables d'engager l'ennemi et ne sut pas interdire à Soltikoff l'approche de l'Oder. Wobersnow partagea les erreurs de son chef, ou n’eut pas assez de crédit pour les prévenir. Frédéric, selon son habitude, ne dis-

sim. n2s son mécontentement; une lettre à Wobersnow : fp'eine du blâme le plus sévère, se termine par ces moi: . « Votre campagne de Pologne mériterait d’être

imprimée comme exemple éternel des partis qu'un officier judicieux ne doit pas prendre. Vous avez fait toutes les sottises qu'on peut faire à la guerre, et pas la moindre chose qu'un homme avisé puisse approuver. » Quant à Dohna, ii reçut de son maître (2) le billet caractéristique suivant : « Vous êtes trop malade pour vous charger du

(1) Frédéric à Wobersnow. Schmottseifen, 19 juillet 1759. Correspondance politique, XVIII, p. 492.

(2) Frédéric à Dohna. Schmottseifen, 20 juillet 1759. Correspondance politique, XVII, p. 45.

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commandement. Vous ferez bien de vous faire transporter ou à Berlin, ou dans un endroit où vous pourrez remettre votre santé. Adieu. » Avouons que si le ton méprisant et brutai que Frédéric assumait à l'égard de ses généraux malheureux ou incapables prête à la critique, ce genre de procédés était plus fertile en résultats que celui des compliments de condoléance adressés par la cour de Versailles aux uns, ou de l’indulgence bienveiïllante dont elle savait couvrir les fautes des autres.

Wedell, le nouveau général de l'armée prussienne, moins ancien de grade que quelques collègues placés sous ses ordres, avait reçu une commission le désignant comme représentant du Roi, devant être aupres des troupes « ce qu'un dictateur a été du temps des Romains. » Ses instructions (1) lui enjoignaient d’arrèter les ennemis en choisissant une bonne position, de les attaquer ensuite « à la manière du Roi, d'exiger de tous du zèle et de l’obéissance, de faire passer au conseil de guerre tout officier qui commettrait des lâchetés. »

Comme le démontrent des expériences multiples, le remplacement d’un chef même médiocre, à la veille d’une affaire, ne fut pas un avantage pour les Prussiens; Wedell, il est vrai, avait signalé son arrivée par un petit succès, en lançant l'escorte de cavalerie venue à sa rencontre contre les fourrageurs ennemis, et en leur prenant ou tuant 300 hommes; mais il n’eut le temps ni d'étudier le pays ni de se rendre compte des projets de l'ennemi. Les Russes profitèrent de la circonstance : Soltikoff, après ane inspection des lignes prussiennes, se décida à les tourner par leur gauche; à cet effet, il mit son armée en branle et bivouaqua avec le gros près de Buckow ei l'avant-garde entre Schonborn et Nickern; le 23 juillet, au petit jour il continua le mouvement. Un témoin oculaire, le major russe

(1) Instructions pour Wedell. Correspondance politique, XVII, p. 424.

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