LES KUSSES SE PRÉPARENT A MARCHER SUR CROSSEN
le 10 août, que les Austro-Russes remonteraient l'Oder pour donner la main aux Autrichiens; le point de traversée devait être Schidlow ou Crossen; le convoi et les bagages partiraient le 11, et les troupes suivraient le 14. Frédéric se chargea de faire ajourner l'exécution de ce projet; au cours de la nuit du 11 au 12, un avis de Todleben annonça que les Prussiens s’apprêtaient à franchir le fleuve à Goritz. Il était évident qu’on allait être attaqué; aussi fit-on tous les préparatifs en conséquence et écrivit-on à Hadick, qui se trouvait encore à Spremberg, d'accourir au secours tout au moins avec sa cavalerie.
Daun était trop loin pour qu’on püt lui faire appel; à la fin de juillet, les forces du maréchal étaient réparties entre les camps de La:ïbaa et de Mark Lissa ; jusqu’au 10 août il n’y eut dans cette distribution d'autre modification que l'envoi du général Beck à Priebus avec une division de 7 à 8.000 hommes. Montazet qui rongeait son frein, s’en prend, on ne sait pourquoi, aux généraux russes dont l'esprit d'entreprise avait dépassé jusqu'alors celui du chef auprès duquel il était accrédité : « Oui, Monseigneur (1). Les Russes ont beau gagner des batailles, le soldat a beau être brave à l'excès; il n’y a que la valeur de cette infanterie et la peur que les Prussiens en ont aujourd’hui qui puisse nous en faire retirer certains avantages. Car n'est-il pas déplorable que le jour de leur victoire ils n'aient pas songé à faire suivre l'ennemi qui s’est retiré dans la plus grande confusion? Mais rien n’a remué pendant le combat et rien n’a remué après la bataille, de facon que les Russes, ce jour-là, n’ont rien pris sur l’ennemi; ce n’est que le lendemain qu’ils ont trouvé dans les bois les canons, drapeaux et étendards et plus de {2.000 armes que les Prussiens avaient jetés en fuyant, quoique sans être suivis. Que serait donc devenue cette armée si elle eût été harcelée? En
(1) Montazet à Belleisle, Lauban, 6 août 1759. Arch. de la Guerre, 3520.
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vérité cela fait saigner le cœur. Que peut-on donc conclure d'une pareille conduite, si ce n'est que les généraux russes n’y entendent rien, et que le soldat est excellent? »
Le 10 août Daun montre au Français (1) un billet de Laudon, relatant un entretien avec Soltikoff; le général russe se déclarait prèt à passer l'Oder, aussitôt son gros canon arrivé de Posen, à la condition que la grande armée autrichienne se rapprocherait de la rive gauche du fleuve « pour se prêter mutuel appui. » Le feld-maréchal promit de se conformer à ce désir; il laisserait Buckow à Mark Lissa, où grâce à un prélèvement sur les troupes de De Ville, on aurait assez de monde pour tenir en respect le prince Henri. Montazet, au contraire, voudrait lâcher les Russes et entrer en Saxe. « Quel heureux événement pour délivrer la Saxe; je ne cesse de le répéter. le Roi est à Libus avec ses principales forces, et il n'y a personne en Saxe. » Deux jours après, le quartier général des Impériaux était installé à Rothenburg, mais Montazet qui partageait les préjugés de l'état-major auquel il était associé, ne peut croire (2) à une loyale coopération des Russes. La nouvelle de la grande bataille qui parvint le 13 août au camp autrichien, vint donner un démenti éclatant à ces soupçons injustifiés.
Pendant son séjour à Wulkow, Frédéric avait appris la victoire de Minden de la bouche de Bulow, l’adjudant du prince Ferdinand, et l'avis de la retraite de De Ville, que le manque de provisions et les manœuvres de Fouqué avaient forcé à réintégrer la Bohême. Délivré de soucis sr : deux points de l’échiquier militaire, il s’'adonna tout entier à l’entreprise contre les Russes. La traversée de l’Oder fut accomplie sans difficulté, et sans être troublée par l’en-
(1) Montazet à Belleisle. Lauban, 10 août 1759. Archives de la Guerre, 3020,
(2) Montazet à Belleisle. Rothenburg, 12 août 1759. Archives de la Guerre, 3020,
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