ORDRE D'ATTAQUE DES PRUSSIENS
Au cours de la soirée, Frédéric qui s'était fait accompagner dans sa reconnaissance par des forestiers et par un officier connaisseur d’un pays où il avait souvent chassé, lança ses ordres pour le lendemain. L'état-major prussien croyait à une retraite des Austro-Russes dans la direction de Crossen, aussi les dispositions comportèrent-elles deux hypothèses; nous négligerons celle de la retraite, pour ne retenir que celle qui se réalisa, tout au moins en partie. Les généraux Finck et Schorlemmer, commandants de la réserve, feraient sonner le réveil au petit jour, se rendraient avec un gros état-major sur les collines en face du Mühlberg, bien en vue de l'ennemi, et se conduiraient de manière à faire supposer la présence du Roi. Après une heure consacrée à ce manège, Finck avancerait de la troupe et du canon, tout en les maintenant hors de portée; vers 6 heures il planterait deux batteries sur les hauteurs de Trettin et de Bischoffsee, mais il ne commencerait son feu qu'après l'ouverture de celui de l’armée royale; toute tentative de l'ennemi pour passer le Hühner Fliess devait être énergiquement repoussée. Entre temps le corps de bataille et l'avant-garde, précédés et éclairés par le cavalerie de Seydlitz, s'ébranleraient en deux colonnes, suivraient les hauteurs qui bordent la rive droite du Huübhner Fliess, franchiraient ce ruisseau, traverseraient les bois et se déploieraient à la lisière. La première pensée de Frédéric parait avoir été d'engager l’action avec son aile gauche qui aurait débouché de la forêt de Francfort, au delà et au sud de la chaîne des étangs de Kunersdorf ; mais pendant la marche de ses troupes, et à la suite d'une nouvelle inspection des lieux, il modifia son plan, et résolut de débuter par l'attaque du Mühlberg. A cet effet, il donna l'ordre aux têtes de colonnes de faire une conversion à droite.
L'armée royale, composée de l'avant-garde, des deux lignes du corps de bataille et de la principale partie de GUERRE DE SEPT ANS. — T, HI. 11
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la cavalerie, et trainant avec elle 80 canons de gros calibre, s'était mise en route entre 2 et 3 heures du matin. Mais la nature du terrain, le passage du ruisseau sur lequel il n’y avait que deux ponts, la Faule Brucke et ia Stroh Brucke, et surtout la profondeur des colonnes qui atteignaient une longueur de près de 8 kilomètres, avaient ralenti la marche. Le changement de direction fut une autre cause de retard; il fallut dételer les attelages de 12 chevaux attachés aux canons de 12, tourner les pièces sur place, et ratteler de nouveau. D'autre part, comme conséquence du changement de formation, l'infanterie qui appuyait sa droite sur le Hühner Yliess ne laissait plus l'espace nécessaire à la cavalerie; aussi le prince de Wurtemberg dut-il transférer ses escadrons à la gauche. Toutes ces manœuvres prirent du temps, et il était déjà 11 heures et demie, quand on ouvrit le feu des batteries que le colonel Moller, commandant de l’artillerie prussienne, avait installées sur le Kleistberg et sur une autre butte à gauche de la chaussée de Drossen. Ces pièces auxquelles vinrent bientôt s'ajouter celles qu’on avait placées sur le Seydlitzberg, furent pointées sur le Mülhberg et sur ses défenseurs. De son côté Finck avait commencé à tirer de deux batteries, établies sur les mamelons qui aujourd’hui portent son nom.
Jusqu'’alors les mouvements des Prussiens n'avaient rencontré aucune opposition, et la tranquillité générale n’avait été troublée que par quelques coups de canon sur une patrouille de cosaques. À en juger par les récits des alliés, Soltikoff pendant toute la matinée était demeuré incertain sur le point de l’attaque, et inclinait à croire qu'elle serait dirigée sur le front et la droite de sa position; il est juste de reconnaitre qu’un brouillard qui dura jusqu’à 8 heures, favorisa l'approche de l’armée royale. Au surplus, quelle que fût la raison de son immobilité, le général en chef ne prit aucune mesure, ni pour inquiéter la