FRÉDÉRIC NÉGOCIE AVEC LA PORTE
fût des sentiments intimes de Daun, il faut reconnaitre qu'il exécuta les ordres de sa cour et que les opérations autrichiennes en Silésie ne souffrirent pas du manque de renforcements. D'ailleurs, la cour de Vienne n’entrevoyait pas l'offensive en Silésie avant la venue des Russes. Pour être ajournée à la saison d'été, la perspective de l'attaque russe combinée avec celle des Autrichiens n'en était pas moins alarmante; aussi à titre de diversion, Frédéric ‘herche-t-il à activer et à magnifier ies négociations avec la Porte et le Khan, il donne au traité de commerce qu'il vient de signer avec la première, toute l’importunce qu'il peut, il écrit à son envoyé Rexin (1) d'obtenir de Constantinople une communication aux deux Impératrices à l'effet d'exprimer que « la Porte ne pouvait voir d’un œil indifférent mes embarras et que l'amitié qu’elle entretenait avec moi ne lui permettait pas d'acquiescer à ma défaite et à la spoliation de mes possessions ». Une déclaration de la sorte appuyée d’une démonstration militaire serait du meilleur effet.
La première moitié de juin s’écoula sans incident : le Roi était toujours dans son camp de Kunzendorf et en correspondance suivie avec son frère Henri, le prince Eugène de Wurtemberg et le général von der Goltz, mais d'autant moins renseigné sur les intentions des Russes que Tottleben (2), soit difficulté de moyens de transmission, soit ignorance, tardait à envoyer des avis. A défaut de renseignements Frédéric est contraint de traiter par des hypothèses qu'il se réserve de confirmer le cas échéant. Il est porté (3) à croire que l’offensive des Russes commencera par une entreprise contre Colberg, tandis que leur
(1) Frédéric à Rexin, Kunzendorf, 3 juin 1761. Corr. Polit., XX, p. 435. (2) Dans une lettre au prince de Wurtemberg, le Roi confie à celui-ci les moyens de communiquer avec Tottleben.
(3) Frédéric à Henri, Wurtemberg et Goltz. Kunzendorf, 19 juin 1761. Corr. Polit., XX, p. 461.
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