‹ La guerre des BalkansChapitre 6 sur 35 · L& MOBILISATION SERBE · texte numérisé non relu

L& MOBILISATION SERBE

En résumé, la Serbie eut 402,000 hommes sous les armes, presque 14 "/, de sa population totale.

Avec cette armée, j'ai parcouru la Macédoine jusqu'à la signature de l'armistice ; plus tard, lors de la reprise des hostilités, j'ai vécu avec elle, comme volontaire serbe, devant Andrinople; après l'avoir vue à l'œuvre, je puis le proclamer : cette armée-là peut être comparée aux meilleures armées européennes.

Sa valeur fut une révélation non seulement pour l'Europe, mais pour la Serbie elle-même, qui ne se doutait pas avant la guerre de ce dont elle était capable.

Or un mois lui suffit pour balayer de la vieille Serbie, de la Macédoine et de l'Albanie les Turcs qui depuis plus de cinq siècles maintenaient ces contrées sous leur domination.

Dans ces régions, terriblement accidentées, où les routes ne sont guère tracées que sur la carte, par la pluie et le froid^ dans la neige et dans la boue, certaines de ces troupes progressèrent en moyenne de vingt-deux kilomètres par jour, illustrant leur marche, à elle seule surprenante, de combats presque quotidiens et de victoires désormais célèbres.

Un exemple sufQra pour donner une idée de l'en-

train etde larésistancedes armées serbes. La division de la Morava (deuxième ban), par conséquent composée d'hommes âgés de trente à trente-huit ans, entra à Monastir un mois jour pour jour après avoir franchi l'ancienne frontière à Mordari. En trente jours, elle avait livré 27 combats, 21 de jour et 6 de nuit !

À la an de la campagne, je rencontrai à Uskub le général Herr, commandant l'artillerie de notre 6« corps d'armée à Ghàlons-sur-Marne.

Profilant de son congé annuel, il était venu, simple touriste, attiré vers cette armée serbe, dont les successives prouesses emplissaient les colonnes des journaux du monde entier. C'était le M novembre, après un mois et demi d'une campagne terriblement pénible. Le cîtlme, la dis- ' cipline, le bon aspect des troupes laisaient l'admiration du général.

— On dirait qu'elles sortent de leurs quartiers! s'écriait-il.

Et Je général Herr éprouvait one satisfaction profonde en constatant que l'artillerie serbe, la nôtre, avait donné toute satisfaction.

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— Officiers et caoonniers ont su en tirer tout le parti possible, et s'ils font de nos canons du Creusot des éloges, que n'en doit-on pas, me déolara-4-il, à ceux qui s'en servent si bien !

Et me parUmt de l'armée serbe en général, il concluait :

— Je ne puis faire la moindre restriction à mes éloges : ce n'est plus une jeune armée, c'est une grande armée I

Un autre officier supérieur français, le lieutenant-colonei Fournier, notre attaché militaire en Serbie, lut enthousiasmé comme l'avaient été le général Herr et tous ceux qui suivirent cette guerre ménvNrable. Dans les lignes suivantes il m'a confié le résultat de ses observations :

c Je suis revenu de la campagne de Macédoine, rempli d'adniirati<»> pour le soldat serbe : brave, discipliné, remarquablement résistant, supportant avec bonne humeur toutes les fatigues et les prÏTations d'une guerre où les conditions matérielles ont été particulièrement rudes et difliciles, il a fait son devwr avec la plus grande abnégation, animé par le souffie du patriotisme le plus pur.

« Ses officiers, dans lesquels il a une confiance iteolua et dont l'autorité s'exerce avec autant de bienveillance que de fermeté, se sont montrés

d6 LES VICTOIRES SERBES

largement à hauteur de la tâche difficile qui leur incombait. i

« Leur esprit d'initiative, le vigoureux exemple qu'ils ont toujours donné personnellement en entraînant leurs hommes au combat et en supportant les mêmes fatigues et les mêmes privations que leurs troupes, ont été parmi les facteurs les plus importants des succès rapides remportés par les armées serbes.

« L'instruction des officiers d'îirtillerie, que j'ai eu l'occasion d'apprécier plus particulièrement, et l'habileté avec laquelle ils ont su employer leur excellent matériel de campagne expliquent la part très importante que cette arme a jouée dans les divers combats et surtout à Koumanovo.

« J'ai été également très frappé de l'organisation excellente et de l'efficacité du service des convois.

« Grâce aux attelages des bœufs serbes et au dévouement de leurs conducteurs, ces convois ont pu assurer le ravitaillement en vivres et en munitions des armées serbes d'une façon très satisfaisante, dans des conditions que rendirent très difficiles les mauvais chemins de la Macédoine. B

Les appréciations du général Herr et du lieutenant-colonel Foumier sont concluantes.

Ajoutons encore que le soldat serbe est aussi sobre que solide, et que la répression n'eut pour ainsi dire pas à s'exercer.

D'îdîleurs la discipline de l'armée serbe, à rencontre de la discipline allemande, toute de raideur et de rigueur, est, comme dans l'armée française, paternelle et bienveillante. Ette a pour base non la violence ni la crainte, mais une autorité amicale et attentive d'où naissent un dévouement sans bornes et une confiance absolue à tous les degrés de la hiérarchie.

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