INTRODUCTION. XXXI
chaque instant qu'un peuple, loin de grandir, s'affaiblit par des conquêtes territoriales. Ces conquêtes ont toujours été les tombeaux des vainqueurs. La force d'un peuple n'est pas dans son extension matérielle , mais dans son intensité morale. Tout individu est un microcosme, un peuple en petit. Or, un homme de taille moyenne, mais bien conditionné, a plus de force morale et physique qu'un homme démesurément long , fût-il gros en proportion. La puissance de l'homme , ainsi que celle des nations, est dans leur liberté intérieure, dans l'ordre de leurs fonctions, dans la juste distribution des biens moraux et physiques, enfin dans l'aspiration passionnée vers les choses véritablement nobles et grandes.
La philosophie sait à priori que tous les puissants de la terre sont et resteront impuissants contre l'idée et le principe. On tuerait tous les penseurs, tous les écrivains, des peuples entiers même , l'humanité n'en avancerait pas moins vers son but divin. Qu'on torde le cou à minuit à tous les coqs qui, par leur chant, annoncent le jour; croit-on que pour cela le jour tarde plus longtemps à paraître ?
L'histoire , qui est la preuve à posteriori de la pensée