‹ La guerre des paysans [microforme]Chapitre 19 sur 22 · LETTRE DU GENERAL COLAUD · texte numérisé non relu

LETTRE DU GENERAL COLAUD

Quartier général .de Bruxelles, 16 frimaire

/ an VII de la République française, une

et indivisible, :

Le général de division Colaud, commandant en chef des

neuf départements réunis, à l’administratio., centrale du département des Deux-Nèthes.

. “Citoyens administrateurs!

“Je vous annonce avec ia plus grande satisfaction

que les troupes que j'ai fait-partir de Louvain, le 14 de ce mois, sous les ordres du général de brigade Jardon et de l’adjudant général Lacroix, ont attaqué les insurgés près de Hasselt. :

“ Les troupes républicaines ont donné une telle bravoure qu'après une première

été forcés de $e réfügier en désordre Hasselt.

sur eux avec défaite ils ont dans la ville de

“ Assaillis Pour Ja seconde fois, ils ont ville; inais ils ont subi une défaite de Tongres, où, en s’enfuyant vers laissé plus de sept cents

‘ Couvert de leurs cadavres, lieue.

complète sur la route

cette ville, ils ont morts sur place. Là sol était sur unê étendue de plus d’une

este des brigands a jeté bas les arm à pris leur caisse, leurs bagages, un drapeau marqué d’une croix plusieurs prêtres parmi les morts.

“ Le célèbre

roir, agent Municipal de cette Commune, et nombre d'autres officiers ont été faits prisonniers, “ Différentes sortes de drapeaux, des Chasubles et d’autres vêtements sacerdotaux, leur ont été pris, 1e mé- Mme que deux chariots de munitions. ; “ Vive la république !

rouge. On a reconnu

“ Salut et fraternité.

€ Colaud.”

Au bout de six semaines. Bruno avec Viève ct son fidèle ‘omestique Je Pour Waldeglièm, Je cher vil]

Il devenait impossible de Mort du notaire à sa femme :

secret...

sa mère, Gene.

°n, partirent en voiture !

age natal.

cacher plus longtemps. 13

il fallut révéler É terrible

abandonné la .

chef des insurgés, Constantin de Roumi- ”

Lai

be.”

Avec les plus tendres ménagements que puisse inspi- . rer une fervente affection, Bruno amena par degrés sa melheureuse mère à l’entière connaissance de la catastrophe qu’elle avait à déplorer. :

I informe aussi Geneviève de l’état déplorable dans lequel il avait vu son pauvre père, et la prépara ainsi à subir le coup le plus affreux sans mourir de désespoir.

On comprend que le retour au village natal fut un douloureux voyage accompagné de soupirs, de lamentations et de larmes. :

A Parrivée à Waldeghem, Geneviève apprit que son père étaït mort effectivement peu après la fuite dés conscrits. ‘

Les morts bien-aimés furent pleurés longtemps; peu à peu cependant la profonde douleur de Jeurs enfants se changea en une calme tristesse.

Bruno et Geneviève devinrent époux et vécurent pendant de longues années à Waldeghem, aussi heureux qu’on peut l’être quand on est condamné à contempler, sans espoir de délivrance, la servitude de la patrie et à en dévorer en silence l’humiliation.

Bruno devint père de trois enfants.

La mort lui enleva successivement quelques-uns de ses parents et de ses amis. Ce fut d’abord Jean, le bon et fidèle serviteur, puis le vieux brasseur, puis la mère même de Bruno. Et après avoir fait nommer son fils aîné notaire à sa place, à son tour il s’endormit doucement dans le Seigneur.

Geneviève vit encore; c’est une vénéable vieille de soixante et quinze ans, mais alerte encore et ayant gardé . toute la lucidité de son intelligence.

Un jour qu’elle me parlait de la guerre des paysans et qu’elle captivait mon attention par les éclairs de courage et d’enthousiasme que le souvenir allumait dans ses yeux, elle finit son récit par cette conclusion pleine de vérité :

sait ce qui en est. I1 jugera chacun non d’après e ses actions, mais d’après Pintention dont é au moment Où il agissait.”

Fin de la Berre des paysans.

Liu

Fr ED

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