‹ La guerre en ArtoisChapitre 86 sur 121 · C/est pour vaus · texte numérisé non relu

C/est pour vaus

A mes deux fils, Henri (4 ans), Paul (2 ans).

Oui, cette guerre est longue, oui, cette guerre est dure; Depuis de bien longs mois, implacable, elle dure. Et le plus clairvoyant des esprits, le plus fin Ne saurait présager quand en viendra la fin !

Ah ! si, comme jadis, .nous avions face à face

Les ennemis jurés de notre cher pays,

Ce kaiser, tout pétri d'orgueil et de menace,

Ses bandes de pillards, ses Allemands haïs.

Oui, la lutte serait rapide, glorieuse,

Et bientôt nous verrions (on le vit tant de fois !)

Sur les rives du Rhin, sur les bords de la Meuse,

Les fiers soldats français lutter comme autrefois.

Nous verrions s'élancer, en des charges épiques.

Nos hussards, nos dragons, chasseurs et cuirassiers

Fonçant comme un torrent sur les casques à piques,

Au galop furieux de leurs fringants coursiers.

Derrière eux, bondiraient, démons dans la fournaise, Nos poilus, nos spahis, nos alertes alpins, Nos zouaves sans peur et nos petits marins, Baïonnette en avant, chargeant à la fiançaise. Devant le flot vengeur qui passe et qui s'en va, Les morts de Reischoffen, Mars-la-Tour, Saint-Privat, Bapaume et Saint-Quentin avec ceux de Bazeilles, Auraient soudain surgi du fond de leurs tombeaux, Pour revivre à nouveau les luttes sans pareilles, Encourager leurs fils, saluer les drapeaux!!...

Mais cette gloire, hélas ! ne nous est point permise. Pas de clairons sonnants, pas de tambours battants. Pas même le drapeau dont la vue électrise Et qui porte en ses plis les cœurs de nos absents, Car l'armée ennemie, au fond de sa tranchée, N'ose risquer, au jour, des combats valeureux, Et dans ses souterrains reste toujours cachée, Comme seul peut le faire un peuple de peureux.

SUR LE FRONT d'aRTOIS 393

Cette lutte devient la longue et rude chasse Qu'on fait aux sangliers au fond de nos forêts. Nous sentons aujourd'hui que la bête se lasse Et que pour l'hallali tous les Français sont prêts.

Voilà pourquoi la guerre est si longue et si dure. Sans compter nos efforts, sans plainte, sans murmure, Nous irons jusqu'au bout, corps à corps, pas à pas. Et s'ils la continuent, inlassables, vos pères. C'est afin qu'elle soit la dernière des guerres Et que vous, mes enfants, vous ne la fassiez pas.

D'- F. GuiLiUY.

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