Le jour des morts au cimetière de Boulogne
C'était le jour des morts...; la foule était venue Recommander à Dieu l'âme des trépassés.
Chacun voulait redire à la tombe connue Des chagrins que le temps n'a Jamais effacés.
C'était le jour des morts... Suivi de ses fidèles, L'évêque était venu prier pour nos soldats; Il avait demandé les splendeurs immortelles Pour les braves tombés dans les nobles combats...
Et le soir, après eux, au fond du cimetière, Je suis allé porter la prière et l'adieu Aux vaillants qui tantôt donnaient leur vie entière, « Leur cœur à la Patrie, et leur belle âme à Dieu. »
Je n'ai point rencontré le haut cyprès funèbre, Ni le saule pleureur que tout peintre célèbre
Veut voir au champ des morts, Mais d'innombrables croix en lignes symétriques. De modestes tombeaux aux souvenirs mystiques.
Sans pierros ni décors.
Et j'ai vu se dresser non loin des lombes fraîches, Le dôme de Boulogne et l'ombre des deux flèches,
Sur ceux qui ne sont plus :
Affectueux salut, maternellle caresse Qu'apporte à nos vaillants, aux fils de sa tendresse,
La Reine des Elus.
Déjà la nuit tombait; les cieux étaient plus mornes; Ne voyant que douleurs à l'horizon sans bornes,
J'allais quitter ces lieux, Quand une femme en deuil parut dans une allée : Elle errait, s 'arrêtant à chaque mausolée,
Des larmes dans les yeux,
Elle étouffait ses pas dans le champ solitaire. Semblant craindre en passant de troubler cette terre
Oii tous dorment en paix.
Elle allait hésitante et revenait sans cesse, Comme fait près du port une barque en détre«se,
Par un brouillard épais.
Ses gerbes, ses bouquets, oii les poserait-elle ? Quel tertre préféré recevrait l'immortelle,
Ou le grémil perlé ?
Les Anglais sont à gauche..., à droite, ceux de France, Là-bas ceux d'outre-Rhin, qui semaient la souffrance
Dans l'Artois désolé.
Au milieu, la Française, à ma grande surprise, S'arrêta; puis, lançant au souffle de la brise
Ses fleurs de tous côtés :
(( Qu'un même souvenir, s'écria-t-elle, unisse (( Les braves qu'unissaient le même sacrillce
(( Et les maux supportes... ! »
Je la vis s'éloigner, étendre ses mains vides
Sur les tombeaux teutons, tous décents, mais arides;
Et blâmant leurs excès :
(( Qu'un des vôtres jamais, dit-elle, ne profane (( La tombe où vous dormez, et sur laquelle plane
(( Le respect des Français ! »
Dômes, clochers, beffroi disparaissaient dans l'ombre; La brume enveloppait les vieux remparts moussus. Mais je voyais encor, dans ce brouillard diffus. Le drapeau qui flottait, dominant la nuit sombre... Les plis de l'étendard semblaient frôler mon cœur; Je me sentis frémir de pieuse espérance.
SUR LE FRONT d'aRTOIS [\0'']
Une voix m'inspira : « Regarde, il est vainqueur!... « Debout, les morts!... Par vous. Dieu sauvera la France! « Debout ! Temples divins, par les Huns dévastés, « Vous serez reconstruits de pierres bien plus belles; « Vous aurez des murs forts, des voûtes éternelles : « Le sang de nos héros les aura cimentés!... »
P. Leccëur.
l\. A Notre-Dame de Boulogne (Fête de l'Inimaculôe Conception)
Les mains jointes, debout au blanc sommet, du dôme, Epiant l'horizon, tu veilles bien sur nous! Tu refoules au loin nos ennemis jaloux, Gardant inviolé ton comté, ton royaume.
Tes enfants, réunis en ce jour glorieux. Malgré les deuils, les pleurs de la triste vallée, Célèbrent ta puissance, ô Vierge immaculée, Et chantent ta bonté, douce Reine des cieux.
Tu sais ce que la guerre a fait de notre France : Jésus fuit, « avec nous », ses temples dévastés. Tout l'univers frémit de ces calamités Et s'épure au creuset de la « bonne souffrance. »
Maudit soit l'Attila, le « glaive du Seigneur »! Jamais pareil fléau n'a ravagé le monde : Ses feux souillent partout les airs, la terre et l'onde. Ecrase ce serpent! Chasse l'envahisseur!
De tout mal garde aussi la loyale Angleterre,
L'alliée accourue en nous tendant la main;
De ses fils sans défense écarte le Germain;
Pour eux, de plus en plus, montre-toi reine et mère.
En voyant ta nacelle, il jette l'ancre au port. Celui qui t'aime tant, le Pilote héroïque; Il s'agenouille au fond de notre basilique Pour chercher et donner amour, foi, réconfort !
4o8 LA GUERRE EN ARTOIS
Verse en son cœur navré le baume d'espérance. Aux fils de son Eglise, à Boulogne, à l'Artois, Enseigne les leçons de la divine croix. Toi-même les connus : redis-les à la France !