PREFACE
J'ai peur qu'il n'y ait en ce livre-ci pas mal de disparate.
C'est que d'abord j'ai voulu savoir ce que l'hoinme était véritablement à la guerre ; j^ai prémédité une étude psychologique, et longtemps j'ai conduit mon travail dans cet esprit scientifique, notant de l'homme guerrier, selon qu'il m'apparaissait, tantôt le bien, tantôt le mal, et, de la guerre, les grandeurs et les horreurs. Les horreurs, l'emportant à la fin, m'ont obsédé.
Puis j'ai vu, à n'en pas douter, que la guerre était l'exact contre-pied de tout ce que l'homme fait ailleurs, le rebours de tout ce dont il se vante : religion, sagesse, économie, civilisation ; bref, la rétrogradation absolue. Alors, convaincu du rôle excellement funeste de la guerre et l'esprit endolori de ses images, j^ai décidé que je parlerais contre elle de toutes mes
Il PREFACE
forces. J'ai projeté d'agir contre elle sur Tesprit de mes contemporains.
Or, j'avais constaté que mes contemporains — je ne parle que des Français — sont infiniment plus sensibles à l'expression des sentiments ijLï'à celle des idées. Pour les convaincre, il laut tes émouvoir, non les raisonner. Mais rojnjiirnl les émouvoir ? En se montrant soimême (imu, c'est le vieux précepte. Et puis, en laissant percer dans son ouvrage l'accent indivitliK 1, en découvrant sa personne librement ; c'est le procédé qui actuellement réussit à presque luut le monde. Mais ceci n'était plus de la 8ri(M[( û, c'était de la littérature, laquelle est capilalement communication d'émotions.
J ;ii donc été conduit à combiner un exposé scient i II c]ue avec un projet littéraire ; défaut nmnJfVste, au point de vue artistique, péché coiilit^ Tunité de composition. Néanmoins j'ai pL^rsisié; je me suis dit que, grâce à ce défaut [vri' ci sèment, j'aurais peut-être quelques lecleiii\s tic plus. — (Quel dommage qu'on ait toujotirs en écrivant cette idée bizarre de se faire lire!)